L'INCANTATION DES SIRENES
Bans l'antre de rochers, ou la vague verdâtre, Vient mourir, en jetant ses écumes au vent, Les sirènes, au corps aussi blanc que l'albâtre, Dont le regard charmeur est un lac décevant ; Les sirènes — la femme et le serpent ensemble — Les filles de Circé, guettent les matelots, Et leur chant — un ~éphyr musical et qui tremble Semble se balancer à la cime des flots. C'est doux comme un accord de harpes séraphiques Rythmant une prière à quelque Dieu lointain. Ou comme le sanglot de ces lyres orphiques Que balancent dans l'air les esprits du matin.
— « Nous consolons l'âme qui pleure,
» Dit la Voix — la Voix mensongère — » Et nous sommes celles que leurre » Une infortune mensongère ; » Nous consolons l'âme qui pleure. »
— « Nous apaisons tous les désirs Par l'inconnu de nos baisers ;
Et dans l'ardeur de nos plaisirs, Les morsures sont des baisers Qui savent calmer les désirs. »
La voix se dissipe en l'azur, presque mourante. Et semble se pâmer en des frissons lascifs ; La nuit descend, et le sortilège qui hante Les marins, conduit le vaisseau sur les récifs.
Le navire est brisé. . .
... Pour les noces funèbres, La lune sur la mer sème ses diamants ; Les sirènes clament, en chant, dans les ténèbres Leur victoire sur les trop crédules amants.
Les phares très lointains s'allument en l'espace Comme des yeux de feu, guetteurs de naufragés, Et sur le flot qui dort, un souffle de mort passe.
La vague, en déferlant sur les rocs ravagés,
Au milieu des varechs et des algues marines,
Dit Je De Profond is des marins invengés,
Morts, parce que des cœurs battaient en leurs poitrines.
fr
— fil —