ACTE IV
M A D A II B DB TH03AEREL, s'astejtnt <1ans lè fauteuil fc gauche
de la cbemim'e.
Voilà bien des pn rôles étourdies, monsieur le baron 1 Vous questionnez et je ne puis répondre; vous parlez et je dois me taire. Suivez-moi si bon vous semble; mais eu me comparant tout à l’heure à une reine, vous avez rendu la chose i)resquo héroïque ; ordinairement les reines s’en vont seules en exil !
LE BAROy.
Écoutez-moi, madame, je ne vous demande que beaucoup d’indulgence et un peu de franchise. Me les accordez-vous?
MADAME DE THOMERËL.
Je vous écoute.
LE BARON
Je vous nin\e ! (Ma<oiat« Thonerei •• lère.) Jo VOUS uimc d’un amour profond et réel, bien que je vous l’avoue aujourd’hui pour la première fois» Lors |u’il s’adresse à une personne comme vous, .Madame, un sentiment vrai n’a pas besoin d’ètre formulé; il se dégage toujours de celui qui aime un je no sais quoi qui dit à celle qui a été choisie qu’elle est aimée. C’est comme une voix invisible qui ne parle que pour eux un langage qu’eux seuls comprennent»
MADAME DE THOMEREL.
Une déclaration , monsieur le baron ? Vous me traitez déjà en provinciale!
LE BARON
rermetloz-moi d’achever, madame. J'habite peu Pari.s, vous le savez, et je suis assez mauvais juge des chroniques qu’on y débile. Quelle foi dois-je avoir en celle-ci? Me faut-il tout nier ou tout croire ? Veuillez prononcer. Une jeune femme du meilleur monde, t)ién née et belle à désespérer un madrigal, a fait la rencontre d’un de ces gén'es incompris et incompréhensibles qui remplis.sent l’univers de leurs imprécations ; les imprécations ne feraient pas ^rami mal, aussi ont-ils soin d’y joindre leurs productions. Figurez-vous quelque chose d'outrecuidant jusqu'à la sottise; un nain qui a chaussé des bottes de géant et qui dit qu’il est chaussé trop juste; un monsieur qui, pour excuser son chapeau bosselé, parle sans cesse des étoiles que son front décroche, lorsqu’il lui plaît de se redresser un peu. Ils ne se servent jamais, ces gens-là, que de
mots ^ mille faoelles : le monde doit è-tre leur humble serviteur, car l’avenir appartient k eux seuls; dans l’intimité, je parierais qu’ils tutoient le bon Dieu ! Malgré tout, ces artistes font d’épouvantables ravages : comment résister k deS regards inspirés, à des visages pâles, marqués de l’empreinte implacable du génie I Notre héros est-il poêle, peintre ou musicien ? Je l’ignore. Mais. la jeune femme l’a distingué au milieu de la foule ; elle a consenti d’abord à le recevoir, puis à être reçue par lui, jusqu’au jour où, comprenant enfin la faute qu'elle allait commettre, elle prit le parti de congédier ce monsieur poliment, ce qui était peut-être encore une faute. Mais la calomnie avait déjk fait son œuvre ; un éclat était imminent; la jeune femme allait se trouver compromise fatalement et pour toujours, lorsque — (n »»rdie.)
UADAMË ÜK T HOME BEL.
Continuez, monsieur le baron, j'aime beaucoup les histoires.
LE BARON
Lorsqu’un homme d’honneur, ayant confiance en son honneur, se pré.senta franchement devant elle et, sans lui demander des explications, lui lendit sa main loyale et lui dit : — Voulez -vous être ma femme ?