‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 66 sur 198 · LA9CASES ET BONAPARTE · texte numérisé non relu

LA9CASES ET BONAPARTE

mier grand drame est absolument nécessaire à l'intelligence de celui qui suivra»

Mais pendant que je la place ici devant vous, mes amis, je ne puis m'empêcher de reporter ma pensée à celle qu'en traçait, il y a vingt-cinq ans , sur le rocher de Sainte-Hélène, l'ami de Bonaparte. Je vous ai dit qu'elle est presqu'en tout semblable à la mienne; et je vous ai fait admirer déjà comment Las Cases y parle en interprète de Daniel.

A cette pensée, je me prends à regretter qu'en faisant son Atlas près de Napoléon, Las Cases n'ait pas connu Daniel. — O, s'il en avait su parler à son maître, pendant qu'il lui montrait ses tableaux coloriés ! — Vous avez lu l'histoire de ce moderne Attila. — Je me le figure, lorsqu'à Sainte-Hélène , dans le rez-de-chaussée du pavillon Balcombe , assis sur ce petit lit de fer aux rideaux de soie verte qu'il avait apporté de Marengo et d'Austerlitz, il écoutait Las Cases lui montrant sur ses cartes la marche des rois goths et la division de l'empire des Latins; à lui Bonaparte, qui avait possédé Rome comme Alaric, remué comme Attila jusque dans ses entrailles tout le monde germanique , et conduit de la Loire au Boristhène toutes les nations de l'Occident! Et je médis :0, si ces deux hommes avaient su voir, comme les enfants de cet oratoire, que Daniel avait tracé les mêmes tableaux qu'eux , il y a 2,400 ans, et qu'il nous y avait décrit les siècles à venir comme aujourd'hui l'Histoire nous décrit les siècles passés 1 — Quelle admiration chez ces deux hommes, s'ils avaient pu reconnaître ensemble que l'ami de l'empereur Nébucadnetsar à Babylone, dans les tableaux de sa vision, divisait à l'avance ces vingt-quatre siècles, comme l'ami de Bonaparte à Sainte- Hélène les divisait encore après coup dans les tableaux de son Atlas! Alors peut-être qu'adorant ensemble celui qui mène le monde et qui donne les diadèmes ou les enlève à son

4M leço* xxxm. — das. vif, 49, ÎO.

gré, ils eussent parlé, dans leur Ile, d'autres objets que de leurs guerres et du sang répandu. Peut-être qu'alors ee Nébuchadnetsar moderne, exaltant, comme l'ancien , a le Dieu « dont les voies sont justes et qui sait abaisser ceux qui mar- « chent avec orgueil , » eût appliqué sa vie mourante et son cœur blasé à de meilleures pensées qu'au vain ressouvenir de ses campagnes sanglantes et qu'aux souhaits haineux de sa vengeance (i)! Peut-être qu'en voyant comment Dieu menait les Alaric , les Odoacre , les Genséric , les Alboin , les Radagaise et les Attila , il eût compris que ce Monarque des deux l'avait conduit aussi lui-môme dans ses marches conquérantes, de l'Italie au grand Caire, du Nil au Mançanarès et de là jusqu'à la Moskwa , pour être chez les nations , comme Attila , « le bâton de sa colère ; » et que, s'il l'avait ensuite renversé dans les plaines de Waterloo et jeté dehors comme un bâton dont on ne veut plus , pour aller finir son long drame sur un rocher du grand Océan , c'était afin d'y courber son orgueil de demi-dieu, et de lui demander raison de tant de sang humain répandu comme de l'eau. — Alors , reconnaissant la vanité de cette gloire qui se mesure par le nombre des hommes tués en un seul jour, il aurait peut-être, ô mon Dieu, porté ses regards sur la cinquième monarchie , sur le retour du Fils de l'homme , et sur ce royaume bienheureux qui doit succéder aux royaumes sanglants des Charlemagne et des Bonaparte. Alors ces deux hommes de Sainte-Hélène eussent demandé miséricorde à l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde , et au lieu de rendre un dernier culte à la pauvre gloire des César et des Attila, ils eussent ensemble invoqué ce roi « qui vient sur les nuées , » afin de pouvoir subsister devant sa face , et de « n'être pas confus de sa présence en

(1) Note h.

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