PREMIÈRES EXPÉRIENCES
Peu à peu, au bout de quelques séances, des lettres apparaîtront parmi les signes incohérents, puis viendront des mots et des phrases. Le médium obtiendra des messages, d'abord brefs et consistant en quelques lignes, mais qui s’allongeront de plus en plus, à mesure que sa faculté progressera. Enfin viendront des instructions plus précises et plus étendues.
Pendant la période des exercices, le médium pourra travailler en dehors des réunions, chaque jour, à heure fixe, afin d'activer le développement de sa faculté; mais aussitôt que cette période aura pris fin, des que les manifestations revêtiront un caractère intelligent, il devra éviter l'isolement, ne plus travailler qu'en séance et soumettre les productions de sa main au con trole du président et des guides du groupe.
11 existe dilTérents procédés pour faciliter la communication alphabétique. Les lettres sont tracées sur un cadran à la surface duquel glisse un triangle mobile. Il suffit du contact des doigts d'un médium pour transmettre à ce petit meuble la force fluidique nécessaire. Sous cette action, le triangle se déplace rapidement et va désigner les lettres choisies par l’esprit. Dans certains groupes, les lettres sont indiquées à l’aide de coups frappés dans l'intérieur de la table. D’autres se servent avec succès de la corbeille à écrire ou de la planchette américaine. Les systèmes sont nombreux et variés. On peut les mettre à l’essai jusqu’à ce que l’on ait trouvé celui qui s’adapte le mieux aux ressources tîuidiques et au goût des expérimentateurs.
DANS L INVISim.E
Nous ne saurions trop insister sur les dangers que présente l'intrusion des mauvais esprits dans les séances d’un groupe en formation ou les essais d’un médium isolé. Trop souvent, ce sont nos pensées qui les attirent.
Ecartez donc, dans vos réunions, dirons-nous aux chercheurs sincères, toute préoccupation d’allaires ou de plaisirs. Ne laissez pas flotter vos pensées vers des objets divers, mais fixez-les sur un but élevé ; mettezvous en harmonie de vues et de sentiments avec les âmes supérieures. En vous maintenant dans cet état d esprit, vous sentirez peu à peu des courants puissants descendre sur vous, vous pénétrer, augmenter la sensibilité de votre organisme fluidique. D’abord passagère, intermittente, cette sensibilité s’accroîtra, deviendra permanente. Votre périsprit se dilatant, se purifiant, aura plus d’affinité avec les esprits-guides et des facultés ignorées S3 révéleront en vous : médiumnité voyante, parlante, auditive, curative, etc. C’est par le perfectionnement, l’élévation morale, que vous acquerrez cette sensibilité profonde, cette sensitivité psychique qui permet d’obtenir les manifestations les plus hautes, les preuves les plus convaincantes, les identités les plus précises.
Priez au début et à la fin de chaque séance; au début, pour élever vos âmes et attirer les esprits sages et éclairés ; à la fin, pour remercier quand vous aurez obtenu des faveurs et des enseignements. Que votre
FORMATION ET DIRECTION DES GROUPES
prière soit courte et fervente, et bien moins une formule qu’un élan du cœur.
La prière détache Lame humaine de la matière qui l'emprisonne et la rapproche du foyer divin. Elle établit une sorte de télégraphie spirituelle par laquelle la pensée d'en haut, répondant à l’appel d’en bas,descend dans nos obscures régions. Nos explorations dans les abîmes de l'invisible seraient pleines de périls si nous n’avions au-dessus de nous des êtres plus puissants et plus parfaits pour nous diriger et éclairer notre chemin.
Il n’est pas indispensable de se livrer à des évoca tions. Dans notre groupe, nous les pratiquions rarement. Nous préférions adresser un appel à nos guides et protecteurs habituels, laissant à tout esprit la liberté de se manifester sous leur contrôle. Il en est de même dans beaucoup de groupes de notre connaissance. Ainsi tombe de lui-même le grand argument de certains adversaires du spiritisme, qu’il est coupable de se livrer à des évocations et de contraindre les esprits à redescendre sur la terre. L’esprit, comme l’homme, est libre et ne répond que s’il lui plaît aux appels qui lui sont adressés. Toute injonction est vaine ; toute incantation, superllue. Ce sont là procédés faits pour en imposer aux simples.
Il est bon d’ouvrir les séances par une lecture sérieuse et attrayante, puisée dans des ouvrages ou revues spirites choisis. Cette lecture doit être l’objet de commentaires et d’échanges de vues entre les assistants, sous la direction du pr ésident. Il arrive fréquemment que les communications données par les esprits,
à la suite de ces lectures, se rapportent aux sujets traités et les complètent en les développant. C’est là un mode d’enseignement mutuel qu’on ne saurait trop recommander.
On peut aussi poser des questions aux esprits sur tous les nombreux problèmes qui se rattachent au domaine de la philosophie et de la vie sociale, sur les -conditions de l’ètre dans l’au-delà, les impressions ressenties après la mort, l’évolution de l’esprit, etc.
Toutes ces questions doivent être posées par le président. Simples et claires, elles seront toujours d’ordre moral et désintéressées. En interrogeant les invisibles sur des intérêts personnels, des trésors cachés; en demandant la révélation des événements à venir; en se livrant à des pactes cabalistiques ; en faisant usage d’emblèmes, de talismans, de formules bizarres, non seulement on donne prise à la critique et à la raillerie, mais on attire à soi les esprits moqueurs et l’on s’expose aux pièges dont ils sont coutumiers.
Au contraire, en abordant les cotés élevés du spiritisme, on s’assure la collaboration d’esprits sérieux, qui se font un devoir de coopérer à notre avancement et à notre éducation. En s’engageant dans cet ordre d’études, on reconnaîtra bientôt la richesse et la variété des enseignements spirites et combien il devientfacile de résoudre, avec leur aide, mille problèmes restés jusqu'ici obscurs ou indéchiffrables.
Si le concours des esprits supérieurs est désirable et doitêtre recherché, celui des espritsvulgairesetarriérés .a quelquefois son utilité. Il est bon de leur laisser une ,place dans les travaux des groupes fortement consti-
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tués et assurés d’une protection suffisante. Par leur infériorité même, ils présentent un sujet d’étude caractéristique ; leur identité s’affirme parfois par des traits qui forcent la conviction. La situation qu’ils occupent dans l’espace et les conséquences qui résultent de leur passé sont des éléments précieux pour la connaissance des lois universelles.
Quelques groupes s'imposent comme tâche spéciale d’évoquer les esprits inférieurs et, par des conseils, de les instruire, de les moraliser, de les aider à se dégager des liens qui les rattachent encore à la matière. Cette mission est parmi les plusméritoires; elle exige l'union parfaite des volontés, une profonde expérience des choses de l’invisible que l'on rencontre seulement dans les milieux depuis longtemps acquis au spiritisme.
Dans le cas où les médiums font défaut ou sont improductifs, le groupe ne doit pas pour cela être réduit à l’inaction. A l’exemple des sociétés ou groupements scientiliques, il doit chercher un aliment dans toutes les questions se rattachant à l’objet de ses prédilections. Ces questions doivent être mises à l’ordre du jour et. de même que les lectures dont nous parlions plus haut, commentées, discutées au grand profit des auditeurs. ■De loin en loin, certaines séances peuvent être consacrées à des conférences ou causeries, à la suite desquelles chacun présentera ses objections et ses arguments. Par ce moyen, les travaux d’un groupe deviendront non seulement un excellent moyen d’instruction, mais aussi un exercice oratoire qui préparera ses membres à la propagande publique. En s’armant pour les discussions et les joutes de la parole, ils pour-
ront devenir d’utiles défenseurs et propagateurs de l'idée spirite.
C’est toujours par des débats de cette nature que se tonnent les orateurs; c’est par là qu ils acquièrent l’éloquence, ce don de remuer les âmes, de s’en emparer, de les entraîner vers un but. Les adeptes du spiritualisme ne doivent négliger aucun moyen de se prépareraux luttes à venir, de s’appropriercette double puissance de la parole et du savoir qui permet à une doctrine de s’aflirmer dans le monde.
XJ. — Application morale et fruits du spiritisme.
En terminant la première partie de cet ouvrage, il ne sera pas inutile de rechercher quelles ont été les conséquences du phénomène spirite sur l’état d’esprit de notre époque.
A première vue, les résultats ne paraîtront pas très considérables. Ne faut-il pas l'action du temps, la lente incubation des siècles, pour qu’une idée produise tous ses fruits ?
Et cependant, en considérant les choses de près, on reconnaîtra bien vite que le spiritisme a déjà exercé une influence énorme sur l’état d’esprit de nos contemporains. Non seulement il a ouvert à la science tout un domaine inconnu ; il l’a forcée de constater la réalité de faits : suggestion, extériorisation, télépathie, qu’elle avait longtemps niés ou rejetés; mais encore, il a tourné les pensées vers l’au-delà; il a réveillé dans les
application morale et fruits DU SPIRITISME 1
consciences brumeuses et endormies de notre temps, le sentiment de l’immortalité; il a rendu plus vivante, plus réelle, plus tangible, la croyance à la survivance des disparus. Là où il n’y avait que des espérances et des croyances, il a apporté des certitudes.
Sous l’écorce du phénomène, toute une révélation se cachait. Une doctrine est née de la communion des âmes. Et par elle, le problème de la Destinée, tourment éternel de l’humanité, a revêtu un aspect nouveau. Avec les éléments d'une solution définitive, elle lui apporte des moyens de vérification et de contrôle qui avaient complètement manqué jusqu’ici.
Les révélations d’outre-tombe concordent sur un point capital. Par delà la mort, comme dans le vaste enchaînement de nos existences, tout est réglé par une suprême loi. La destinée, heureuse ou malheureuse, esl la conséquence de nos actes. L’âme crée elle-même son avenir. Par ses propres efîorts, elle se dégage des basses matérialités, progresse et s'élève vers la lumière divine, s’unissant toujours plus étroitemenl aux sociétés radieuses de l’espace et participant par une collaboration grandissante à l'œuvre universelle.
Le spiritisme présente cet avantage inappréciable de satisfaire à la fois la raison et le sentiment. Jusqu’ici ces deux puissances de l’âme ont été en lutte, en perpétuel conilit. De là, une cause profonde de soufïrance et de désordre pour les sociétés humaines. La religion, en faisant appel au sentiment et en écartant la raison, tombait souvent dans le fanatisme, dans l'égarement. La science, en procédant dans le sens contraire, restail sèche et froide, impuissante à régir les mœurs.
Quelle ne sera pas la supériorité d’une doctrine qui vient rétablir l’équilibre et l’harmonie entre ces deux forces, les unir, leur imprimer une impulsion commune vers le bien? 11 y a là, on le comprendra, le principe d*uue immense révolution. Par cette conciliation du sentiment et de la raison, le spiritisme devient la religion scientifique de l’avenir. L’homme, affranchi des dogmes qui contraignent et des infaillibilités qui oppriment, recouvre son indépendance et l’usage de ses facultés. Il examine, juge librement et n’accepte que ce qui lui paraît bon.
Le spiritisme élargit la notion de fraternité. 11 établit par des faits qu’elle n’est pas seulement un pur concept, mais une lui fondamentale de la nature, loi dont l’action s’exerce sur tous les plans de l’évolution humaine, aussi bien au point de vue physique que spirituel, dans le visible comme dans l’invisible. Par leur origine, par les fins qui leur sont assignées, toutes les âmes sont sœurs.
Ainsi, cette fraternité, que les messies ont proclamée à toutes les grandes époques de l’histoire, trouve dans l’enseignement des esprits une base nouvelle et une sanction. Ce n’est plus la froide et banale affirmationinscrite au fronton de nos monuments; c’est la fraternité vivante des âmes qui, ensemble, émergent des obscurités de l'abîme et gravissent le calvaire des existences douloureuses; c’est l’initiation commune par la souffrance; c'est la réunion finale dans la lumière.
Avec le spiritisme, cœur et raison, tout a sa part. Le cercle des affections s’étend. Nous nous sentons mieux soutenus dans l’épreuve, car ceux qui nous
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aimaient durant la vie nous aiment encore par delà la tombe et nous aident à porter le fardeau des terrestres misères. Nous ne sommes séparés d eux qu’en apparence. En réalité, les humains et les invisibles cheminent souvent côte à côte à travers les joies et les larmes, les succès et les revers. L’amour de nos bienaimés nous enveloppe, nous console, nous réchauffe. Les terreurs de la mort ont cessé de peser sur nous.
Le spiritisme, sagement pratiqué, n’est pas seulement une source profonde d’enseignement; c’est aussi un moyen d’entrainement moral. Les avis, les conseils des esprits, leurs descriptions de la vie de l’audelà influent sur nos pensées et sur nos actes; ils amènent une lente modification de notre caractère et de notre manière de vivre.
Kien n’est plus impressionnant que d’entendre, au cours des séances d’évocations, le récit, l’aveu des angoisses éprouvées par l’esprit qui a mal employé sa vie terrestre; de l’égoïste, qui ne trouve que l’indifïérence et le vide autour de lui; de l’envieux, qui est plongé dans une sorte de nuit produite par l'accumulation de ses mauvaises pensées, de ses propos méchants.
Parmi de nombreux faits, nous citerons celui-ci qui s‘est produit dans notre groupe d’études : l’esprit d’une ancienne marchande de légumes d’Amiens aimait à nous rappeler son anxiété et son trouble
lorsque, après décès, elle se trouva au milieu d’épaisses ténèbres, effet des médisances et des disputes aux quelles elle se livrait fréquemment. Longue et pénible fut son attente. Enfin, après des années d’incertitude, de morne isolement, elle entendit des voix : « Prie, Sophie; prie et repens-toi », lui disait-on. Sophie pria. Et sa prière fervente, comme une pâle lueur, éclairait la nuit lluidique qui l’enveloppait. Suivant son expression : « le noir devenait gris », d’un gris qui allait s’atténuant de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle eut recouvré la liberté relative des esprits peu avancés.
N’y a-t-il pas là un exemple à retenir? Remarquons surtout que la descente de l’esprit dans le mal entraîne fatalement une diminution proportionnelle de liberté. Les pensées et les actes créent autour de l’âme coupable une sombre atmosphère lluidique qui se condense, se resserre peu à peu et l’enferme comme dans une prison.
Nous voyons sur terre une application de cette loi d’équilibre moral et de justice dans les infirmités cruelles, la privation des sens, les paralysies prolongées qui, souvent, sont les conséquences du passé, la répercussion lointaine des fautes commises.
Revenons à Sophie. Durant cinq années, cet esprit a participé à nos travaux et, quoique peii avancé, ses communications et ses jugements n’étaient pas dénués d’intérêt. Longtemps à l’avance,elle nousannonça sa réincarnation dans la ville qu’elle avait déjà habitée. Aujourd’hui, elle a repris un corps terrestre; elle est devenue le premier enfant de pauvres artisans, l’aînée de toute une suite de petits êtres dont elle a prédit la
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venue, se préparant ainsi une existence obscure et laborieuse qui facilitera son avancement et dont les vicissitudes seront tempérées par la possession d’une belle faculté médianimique.
Bien souvent, au cours de nos séances, des orgueilleux venaient nous exprimer leur dépit, leur humiliation de se retrouver, dans l’espace, au-dessous de ceux qu ils avaient méprisés. Des avares se désolaient de la dispersion de leurs biens. Des sensuels regrettaient amèrement d’être privés de tout ce qui les charmait ici-bas.
Des suicidés nous exposaient leurs tourments. Ils éprouvaient depuis bien longtemps la sensation du genre de mort qu’ils avaient choisi. L’un d’eux entendait la détonation continuelle d’un coup de pistolet. Un autre subissait les affres de l’asphyxie. Tous étaient plongés dans un abattement profond. Ils comprenaient tardivement que l’épreuve qu’ils avaient cru éviter, c'était la réparation due, le rachat du passé, et qu’il faudrait l’afïronter de nouveau, dans des conditions plus dures, par le retour dans la chair.
Plus désolée encore est la condition de ceux qui ont entaché leur existence de meurtres, de spoliations, qui ont fait de la vie, des biens, de l’honneur, delà dignité des autres, le marche pied de leur gloire passagère et de leur fortune. Ils se retrouvent sans cesse en présence de ce tableau accusateur, avec la perspective de la répercussion des actes sur les vies à venir et les nombreuses existences d’effacement et de douleur qu’il faudra subir pour les réparer.
Mais, au-dessus de ces plaintes, de ces aveux trou-
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blants, à l’issue de chaque séance, s’élevait la voix de .Jérôme notre guide, qui dégageait les conséquences de ces révélations, faisait ressortir les grandes lois de la destinée et montrait les voies du repentir et de la réparation ouvertes à tous. Tous, après les fautes et les chutes, retrouveront, par l’épreuve et le travail, la paix de la conscience et la réhabilitation.
Toutes ces peintures, toutes ces descriptions des récompenses ou des peines exercent à la longue une influence sensible sur l’état d’esprit des expérimentateurs. Elles les amènentà considérer la vie etses responsabilités sous un aspect plus grave, à soumettre plus étroitement leurs actes à la règle austère du devoir.
Souvent ce sont nos proches : un père, une mère, un frère aîné, qui viennent de l'au-delà nous guider, nous consoler, appeler notre attention sur les imperfections de notre nature, nous faire sentir la néces sité de nous réformer. A côté des exhortations touchantes de ceux qui nous furent chers, ils paraissent bien froids les enseignements de la sagesse humaine !
Notre groupe était placé sous la protection de deux esprits élevés, l’un Jérôme, notre guide habituel, dont j’ai parlé plus haut; l’autre, esprit féminin, dont la personnalité se dissimulaitsous un vague pseudonyme, | « Esprit bleu » (1), était doué d’une pénétration merveilleuse. Il lisait au fond des cœurs, en scrutait les replis les plus cachés et, avec un tact parfait, d’une voix douce et pénétrante, par le médium entrancé, il nous
(ij Nous le nommions ainsi parce que nos médiums le voyaient revêtu d’un voile bleu.