XVI. — Phénomènes spontanés. Maisons hantées
T VPTOI.OGIF.
Dès qu'on aborde l'étude des manifestations spirites, une première nécessité s'impose : celle d’un classement méthodique et rigoureux. Au premier aspect, la
PII ÉNOM K N ES SPONTAN ÉS
masse des faits est innombrable et présente une certaine confusion. Mais, lorsqu’on les examine de près, en suivant le développement du spiritualisme moderne, depuis un demi siècle, on remarque que ces faits se sont gradués, échelonnés, en suivant un programme tracé, une méthode précise, de façon à mettre de plus en plus en relief la cause qui les produisait.
D’abord vague et confuse dans les phénomènes des maisons hantées , la personnalité occulte commence à s’affirmer dans la typlologie, puis dans Vécriture \ elle se précise dans f incorporation médianimique et devient visible et tangible dans les matérialisations. C’est dans cet ordre que les faits se sont déroulés, se multipliant de proche en proche, de manière à attirer l’attention des indifférents, à forcer l’opinion des sceptiques et à démontrer à tous la survivance de l’âme humaine.
Cet ordre, que l’on pourrait appeler historique, nous t’adopterons dans notre étude des phénomènes spirites. On pourrait également répartir ceux-ci en deux catégories : les faits physiques et les faits intellectuels. Dans les premiers, le médium joue un rôle passif; c’est le foyer d'émission, d’où émanent les fluides et les énergies à l’aide desquels les invisibles agiront sur la matière et manifesteront leur présence. Dans les autres phénomènes, le médium joue un rôle plus important. Il est l’agent de transmission des pensées de l'esprit et, comme nous l’avons vu précédemment, son état psychique, ses aptitudes, ses connaissances influent parfois d’une manière sensible sur les communications obtenues.
DANS L’iNVISIBLK
L’histoire du spiritualisme moderne commença par un cas de hantise. Les manifestations de la maison hantée d'IIydesville, en 1848, et les tribulations de la famille Fox qui l’habitait, sont connues. Nous les rappellerons seulement par un court résumé.
Toutes les nuits, une intelligence invisible s’y révélait par des bruits violents et continus, ouvrant et fermant les portes, agitant les meubles, arrachant les couvertures des lits. Des mains froides et rudes saisissaient les jeunes demoiselles Fox, et le plancher oscillait sous une action inconnue.
Au moyen de coups frappés dans les murailles — chaque lettre de l’alphabet étant désignée par un nombre correspondant de coups — cette intelligence aflirmait avoir vécu sur la terre. File épelait son nom de Charles Hosna ; elle indiquait sa profession de colporteur et entrait dans maints détails sur sa fin tragique, détails ignorés de tous, dont l’exactitude fut reconnue par la découverte d’ossements humains dans la cave, à l’endroit précis désigné par l’esprit comme étant celui où son cadavre avait été enterré après l'assassinat (1).
Ces ossements étaient mêlés à des débris de charbon
(i) Voir, pour plus de détails, Emma Hardinge, llistory of modem american spiritualism, passim ; Aksakof, Animisme et spiritisme, pp. 255 , 293, 294 ; Lea Lfnderhill, The missing link in modem spiritualism. New-York, i 885 , p. 48; W. Capron, Modem spiritualism , its facls and fanatieisms, Boston, i 855 .
PHÉNOMÈNES S PONTAN ÉS
et de chaux qui démontraient l’intention évidente de faire disparaître toute trace de cet événement mystérieux.
Les curieux affluèrent ; la maison devint insuffisante à contenir la foule venue de toutes parts. 11 y eut jusqu’à cinq cents personnes réunies pour entendre les bruits.
C’est parcette manifestation si nouvelle et si étrange pour ceux qui en furent les témoins, dans une cliau mière d'un pauvre village de l’Ltat de New-York, en présence de personnes de la condition la plus modeste, que le secret de la mort fut divulgué par un être invisible, dans le silence de la nuit. Pour la première fois, dans les temps modernes, un peu de clarté filtra sous la porte qui sépare le monde des vivants de celui des décédés (1
Par sa nature spontanée, inattendue, parles circonstances émouvantes qui l'entourent, cette manifestation échappe à toutes les explications et théories que Ton a pu opposer au spiritisme. La suggestion, aussi bien que l'hallucination ou l’inconscient, est impuissante à en rendre compte. La famille Fox était d une honorabilité à toute épreuve, attachée à l’église épiscopale méthodiste, dont elle suivait les oflices avec régularité. Elevés dans la routine religieuse la plus étroite, tous ses membres ignoraient la possibilité de tels faits, et rien n’avait pu les y préparer.
Bien loin d’en retirer le moindre avantage, les ma-
(i) De 1837 à 18^0, une série de manifestations s’étaient déjà produites parmi les Shakers ; mais elles avaient eu peu de retentissement.
nifestations furent pour eux la cause d'ennuis et de persécutions sans nombre. Ils y perdirent santé et repos. Leur réputation et leur fortune furent détruites. Malgré tous les efforts qu'ils firent pour s’y soustraire, malgré un départ précipité et un changement de résidence, les phénomènes les poursuivirent sans relâche et iis ne purent échappera faction des esprits. Sur les injonctions répétées des invisibles, il fallut rendre les manifestations publiques, affronter la scène de Corinthian hall, à Rochester, subir les sévérités outrageantes de plusieurs comités d'examen et les avanies d’un public hostile, pour prouver la possibilité des rapports entre les deux mondes, le visible et l’invisible.
Revenons à la maison hantée d’Hydesville. Ch. Rosna n’était pas seul à s’y manifester. Un grand nombre d’esprits de toutes conditions, parents ou amis des personnes présentes, intervenaient, répondant par coups frappés aux questions posées, épelant leursnoms, fournissant des indications précises et inattendues sur leur propre identité, donnant des explications sur les phénomènes produits et la façon de les obtenir, explications qui amenèrent la formation des premiers cercles ou groupements où les faits furent étudiés et provoqués au moyen de tables, planchettes et autres objets matériels.
Les esprits frappeurs déclaraient qu’ils n’agissaient pasde leur seule initiative. Ces manifestations, disaientils, étaient voulues et dirigées par des esprits plus élevés, philosophes et savants, eux-mêmes exécuteurs d’ordres venus de plus haut, en vue d’une
PHÉNOMÈNES SPONTANÉS
vaste et importante révélation qui devait s'étendre au inonde entier.
En eflet, l’intervention de ces esprits et, entre autres* du docteur Benjamin Franklin fut constatée à plu sieurs reprises. Plus tard, dans les séances d'apparition d'Estelle Livermore, à New-York, ce même B. Franklin se rendra visible et reconnaissable pour plusieurs personnes.
Bientôt les manifestations se multiplient et s’étendent. Elles gagnent, de ville en ville, d’Etat en Etat, tout le nord de l’Amérique. Le pouvoir médianimique se révèle chez un grand nombre de personnes et jusqu’au sein de familles riches, influentes, à l’abri de tout soupçon de fraude.
Sans doute, il y eut, au début, beaucoup de tâtonnements et de confusion. Les acteurs invisibles n’étaient pas toujours sérieux ; des esprits légers et arriérés s’immisçaient dans les séances, dictant des communications puériles, absurdes, se livrant à toutes sortes de divagations et d'excentricités; maison obtenait aussi des faits importants et des messages d'une réelle valeur, comme l’attestent le révérend Jervis, ministre méthodiste de Bochester, le docteur Langworthy, lo révérend Ch. Ilannon(l)^ etc. Touscesfaits eurent leur utilité, en ce sens qu'ils apprirent à connaître les divers aspects du monde invisible. Grâce aux erreurs et aux déceptions, l’expérience des choses occultes put être acquise, et la lumière se fit peu à peu sur les conditions de la vie dans l’au-delà.
(1) Voiries ouvrages précités.
Le mouvement devint permanent et simultané. Ou peut dire que le spiritisme n’est point parti d’un point fixe; il a jailli spontanément de tous les points de 1 Union américaine, en dehors de l'initiative humaine et il a poursuivi sa route, malgré les obstacles de toutes sortes accumulés par l’ignorance et les préjugés malveillants. Dès son apparition, il a eu contre lui tous les pouvoirs constitués, toutes les iniluences, toutes les autorités de ce monde; pour seul appui, quelques humbles serviteurs de la vérité, gens obscurs pour la plupart, mais qu’une légion invisible soutenaitet encourageait. Rien de plus touchant queles exhortations et les conseils prodigués aux sœurs Fox par leurs esprits protecteurs, conseils sans lesquels, jeunes filles timides et tremblantes, elles n’eussent jamais osé affronter, au péril de leur vie. un public menaçant, ni supporter les scènes tumultueuses du Corinthian Hall.
Les injures, les calomnies, tout le déchaînement d’une presse en délire eurent surtout pour effet d'attirer l'attention publique sur ces phénomènes étranges et de démontrer aux observateurs sérieux qu’il y avait là en action des causes indépendantes de la volonté de l’homme. Un plan se déroulait, tracé par des mains puissantes et insaisissables, et dont rien ne pouvait empêcher la réalisation.
Des hommes éminents parle savoir, le caractère et la situation, se mêlèrent bientôt au mouvement spiri-