‹ Dans l'trainChapitre 23 sur 30 · GROS VALET DE PII · texte numérisé non relu

GROS VALET DE PII

inel... Enfin!... c'e yntrant la foule qui yyablemeJit.) Pour c'q i t Presse », ça i'esl h

(VU Parmewte du 85 avril 1885.)

Au mois 'de mai dernier, les députés, distraits et préoccupés, s'interpellaient pendant la séance : — Quelle est donc cette superbe femme?... — Où ça?... — Là... dans la tribune du président... — Oh!... mâtin!... le fait est qu'elle est splendide ! . . . — Et un chic ! . . . — D'où diable sort-elle?... — C'est une étrangère!... — Probablement... — Est-ce que quelqu'un la connaît?... — Non. — Mais si...

C'est d'Encroutay qui lui a donné un billet

DiglIMbyGOO^IC

pour la tribune du président. — d'Ëncroutay n'a pourtant pas une tè naître des femmes comme ça?... — D le-lui... vous verrez bien?... — Il n'esl

Le fait est que, vue à une cert tance surtout, la belle étrangère de 1 était vraiment éblouissante.

Après avoir promené sa capiteuse 1 sa personnalité tapageuse dans toutes taies du monde, la belle Mf» de Kura^ eiftin s'abattre sur Paris, espérant créer une situation et s'y fixer définit on lui avait représenté la société p comme exceptionnellement tolérante < rivait pleine de confiance, espérant s( mager des humiliations et des déboi tés çà et là dans sa galante et déj carrière. A Londres, elle était pas perçue; à Pétersbourg, elle avait et contre la redoutable concurrence de du théâtre Michel; à Vienne, elle n< Be flatter, — si extravagante qu'elle I

piger avec les grandes dames indigènes; les noceurs les plus endurcis de Rome la déclaraient trop compromettante; à Berlin, la vertueuse autorité n'avait pas hésité à l'expulser; à Madrid, on s'était hâté de faire du potin, parce que le souverain semblait remarquer la beauté de la provocante étrangère. Berne, Copenhague, Stockolm, Téhéran, New-York, etc., ne l'avaient pas non plus appréciée comme elle le méritait. Restait Paris, où il importait de s'imposer dès le début.

La baronne de Kuraçao, veuve d'un baron problématique, avait autrefois connu à Vienne, le comte d'Encroutay, qui, légitimiste dans ce temps lointain, avait été fort heureux d'oubUer dans les lête-à-têle pleins d'abandon accordés par la baronne, la raideur et l'ennui respires à pleins poumons à Frosdorff, où il passait quinze jours par an.

Dès son arrivée à Paris, elle fit signe au comte et il s'empressa d'accourir. II apprit à iimo de Kuraçao stupéfaite que le légitimiste mi-

byGoogic

DAMS L TRAIN

durci et bruyant qu'elle avait connu il f' venu un député orléaniste et conisanl de la politique d'attente et tenant Il à ne pas gêner les autres partis, rail demandé à M. d'Encroutay de la ■ à la comtesse, mais si le brave légligeait quelque peu la tradition poi ses aïeux, il avait conservé intact te t des convenances sociales. 11 répondit

aventurière qui insistait, disant qu'on affirmé que M^o d'Encroutay recevait undis :

Il a beaucoup exagéré ! » sur un ton si passant, qu'elle comprit que de ce côté ait rien à attendre; le vieux monde ;t orgueilleux ne la tolérerait pas; il anger son fusil d'épaule et essayer de er dans le monde politique; par iroutay elle connaîtrait des hommes s ou autres; elle ne savait pas au nment elle s'y prendrait, mais elle

bien réussir.

DiglIMbyGOO^IC

Elle sollicita une entrée de tribune que d'Encroutay lui procura volontiers, pensant qu'il faudrait bien des entrées pour payer les heures charmantes que lui avait fait passer la baronne.

A peine installée dans la tribune présidentielle, Mmo de Kuraçao se rendit compte de l'effet produit par sa toute-puissante beauté.

Cependant, vers le milieu de la séance, elle s'ennuya. Hélant alors un huissier, elle le pria d'appeler un très joli garçon qu'elle apercevait à droite de la tribune et en qui elle flairait une sorte de personnage.

Stupéfait et ravi de cet appel, le monsieur se leva précipitamment, écrasa les pieds de ses voisins et s'élança vers M^e Je Kuraçao qui, toute honteuse et rougissante lui dit d'un ton embariassé : — Oh ! Monsieur, que je vous demande pardon ! ... je vous prenais pour le vicomte de Louëche !...

— Désolé, madame, — murmura le jeune homme très désappointé, — de n'être pas M. de Louëche!... aujourd'hui surtout... Mais

DiglzMbyGOO^IC

si, néanmoins, je pouvais vous et

— Oh!... Mon Dieu!... C'était t ment pour me nommer ce députa droite...

— Madame, c'est bien facile. Ces de Montjau...

— Et celui-ci, qui a l'air beaucc telligent que ses voisins?..,

— M. Andrieux...

— Et là-bas?...

— Pardon, .Madame, — dit le jei ravi de voir que cela pouvait durei comme ça, — permettez que je m'ic près de vous... i) y a une petite j s'assit, malgré les protestations des

— Et là-bas, dans cette tribune

— Les journalistes. Madame...

■ — Oh!!! les journalistes! que ^ en voir un de près!... Vous en conn

— Beaucoup...

— Est-ce que vous êtes jouma sieur?...

— Non, Madame, je suis attaché d'ambassade...

Et, se présentant lui-même ; — M. Faucher...

— Ah! — s'écria la baronne avec intérêt — le fils de celui qui était premier secrétaire à Pétersbourg... en... 65?...

— Précisément, Madame. ..Vous connaissiez mon père?...

M^s de Kuraçao se mordit les lèvres et demanda prudemment, sans répondre directement à la question posée :

— Est-ce qu'il est ici?

— Mon père est mort pendant le siège de Paris, Madame.

La baronne sembla soulagée et parla de choses et autres. Tout à coup, elle s'arrêta et écouta ce qui se passait, pour la première fois depuis le commencement de la séance.

M. Lambert-Fronsac, le nouveau ministre de l'intérieur, venait de prendre la parole.

M. Lambert-Fronsac n*est certainement pas

un oraleur. Il n'a ni la fougue de Ga la verve mordante et gamine de M.

ni même l'habileté incolore et per:

M. Ribot, mais il parle « propre»

français ou presque, sans ânonneu gants, ni hoquets fâcheux. 11 ne fail ni gaffes, ni gestes d'aliéné; il n'invf sonne et s'y prend de façon à n'êtr plus invectivé; bref, il est... relative rect; un rien en plus... ou en mt serait comme il faut.

Avec cela joli garçon, jeune, bien à peu prés bien habillé! Des vêten sur mesure et des chaussures. idei ministre!!! 11 faut bien reconnaître que ces diverses particularités lui or malveillance du gouvernement en du cabinet en particulier.

Heureusement M. Lambert-Fronsi gent et philosophe, se console avec l du mauvais vouloir des hommes i bien l'avouer, celles-ci mettent tout

sèment, toute l'ardeur possible à le dédommager autant que faire se peut.

Mme de Kuraçao, en apercevant le ministre, releva la tête et aspira l'air, l'œil brillant, les narines frémissantes, prenant le vent. Puis, ajustant sa lorgnette, lentement, minutieusement, avec des précautions infinies, la laissa définitivement braquée sur M. Lambert-Fronsac qui, attiré par cette lorgnette d'écaille toute endiamantée, s'aperçut, non sans une certaine émotion, que la femme qui le regardait avec une aussi flatteuse persistance était cette belle personne dont toute la Chambre s'occupait.

A partir de ce jour, la baronne de Kuraçao vint régulièrement à la Chambre et connut bientôt les huissiers, quelques députés et tous les journalistes.

Par exemple, dès que M. Lambert-Fronsac prenait la parole, elle ne connaissait plus personne. Braquant sa lorgnette sertie de diamants, elle écoutait attentive, la poitrine soulevée, l'altitude presque respectueuse tant que par-

lait le ministre. Et chacun précisément, le ministre pari souvent et plus longuement q eût dit qu'une sorte de fluide rait à cette tribune, où il ser ne monter qu'à son corps dé

Lorsqu'elle se vit bien pof quée, la baronne dressa son composa soigneusement le p voulait jouer et, vers le mille les hostilités.

M. Lambert- Fronsac trou son courrier une lettre d'uni ment contrefaite, qui l'intrigi

a Prenez garde, Monsieui a. plus habite? se laissent par « beaux yeux... C'est ce q « vous arriver... La jolie fem « à chaque séance, se susp' a. (au Hguré, en attendant « dangereuse espionne politi

DiglIMbyGOO^IC

Le ministre resta perplexe, cherchant d'où venait cette dénonciation qui le défrisait quelque peu; d'une femme jalouse sans doute? Évidemment, une de ses nombreuses amies s'inquiétait de l'assiduité avec laquelle la baronne suivait les séances de la Chambre, de sa persistance à lorgner le ministre et surtout de la persistance avec laquelle le ministre la regardait.

C'était, en réalité, M™* de Kuraçao qui avait écrit cette lettre à M. Lambert-Fronsac, qu'elle trouvait long à se mettre en mouvement.

Naturellement, le ministre se renseignerait et apprendrait lorcément qui elle était ; il saurait qu'elle arrivait de Vienne où elle avait été notoirement la maîtresse du fils d'un iidèle hôte de FrosdorfF. Eh bien mais, il n'y avait pas de mal à cela, au contraire!

M. Lambert-Fronsac se renseigna en effet et apprit tout ce que la baronne désirait qu'il sût. Au bout de quelques jours, elle s'aperçut qu'elle était constamment filée par un agent.

DANS L TRAIM

Elle remarqua vite un grand joli garçon très blond avec de longs yeux noirs caressants et doux, mis avec négligence quoique propre, qui s'attachait à ses pas et qui, le reste du temps, attablé chez un marchand de vin des Champs-Elysées en face de chez elle, surveillait la maison qu'elle habitait avec un soin jaloux. D'abord, elle crut que sa triomphante beauté lui attirait seule ce nouvel hommage et elle en fut ravie, peut-être même songea-t-elle vaguement, sans se l'avouer, à tàter de l'amour naïf ou tout au moins vrai, mais elle ne tarda pas à reconnaître à des signes certains, que son amoureux était un agent de la sûreté.

Dès lors, elle fut sûre du succès; il ne s'agissait plus que de mener habilement la campagne et de conduire l'agent cbargé de la filer dans les endroits les plus compromettants, les mieux faits pour induire davantage encore le ministre en erreur; il fallait à tout prix se faire passer pour une espionne royaliste. Elle offrit aux blessés de terre et de mer une somme

considérable, ce qui lui permit d'entrer en relatioa avec le plus beau des princes. Elle fit habilement offrir un Hobbéraa pour une collection royale connue de tout Paris, et l'offre de vente de ce tableau — qui n'existait que dans son imagination — amena des pourparlers sans nombre, des courses extravagantes, des allées et venues inquiétantes et en apparence mystérieuses, entre le château et l'avenue des Champs- Elysées. Trois fois en une seule journée, l'agent constata la venue précipitée d'un homme à la livrée du duc; des documents inédits, pouvant servir à écrire a l'Histoire des peuples heureux », furent offerts au prétendant qui, tout en se méfiant de leur authenticité, vint remercier courtoisement la personne qui croyait lui faire un immense cadeau. Les documents avaient d'ailleurs été expédiés à Eu dans une caisse imposante, bardée de fer, qu'un homme majestueux avait accompagnée jusqu'à destination. Ce jour-là, le bel j^ent avait suivi aussi le colis mystérieux et avait

.^■Googk/

de son zèle. Précieux, ce renseignei pouvait contenir cette caisse? de plans, des projectiles, de la dyna-

les casiers judiciaires des gens au . On n'était pas Usé; mais oa consxistence de la caisse, c'était déjà

Et ce n'était pas tout !... Après les Bs avec les princes eux-mêmes, on

que la baronne portait des ordres ux du parti. L'agent l'avait attendue inquart à la porte <l du Gaulois » et on •çue sur le boulevard extérieur caumimation avec M. Edouard Hervé, itait grave, très grave, il ne fallait issimulerl...

M™« de Kuraçao fut bien certaine istre était au courant de tout; que ches, surveillées par l'agent, lui ctement rapportées, elle lui écrivit imense feuille de papier correct et

DigiiMbïGoo^lir

« Monsieur le Ministre,

a Je prends la liberté de solliciter de Votre € Excellence une audience. Je suis étrangère « et mon plus vif désir est de devenir Fran- « çaise de fait, comme je le suis déjà de « cœur; or, il surgit une difficulté que, a paraît-il, le Ministre seul peut aplanir;

« Je sais que l'indulgente bonté de Votre « Excellence est aussi grande que ses insiants « sont précieux et j'ai l'espoir que ma prière « ne sera pas repoussée.

« Je suis avec respect, monsieur le Ministre, « de Votre Excellence la très obéissante ser- < vante.

a Baronne de Kuraçao. e

En recevant cette demande d'audience, formulée dans des termes à lui inconnus jusqu'à ce jour, M. Lambert-Fronsac fut à la fois flatté et ravi. Parbleu! elle avait de l'aplomb, la jolie espionne! Elle venait faire son métier

DANS L Tl

iqu'aii ministère!... On s

brin!... Elle ne se doul iseigné sur ses agissemi :t-Fronsac se livrai! à ichiavéliques, pour prei ■e au piège qu'elle ver r. Quelle victoire!.., C îer!... Et puis, le galant tl plus fâché d'examiner c i de loin lui semblait si lie.

[1 s'empressa donc d'à nandée et la baronne s 2 jamais, remplissant le *fum capiteux et du ft nvolaient de toute sa trie \.vec son flair merveilieu

incessant exercice, M™ jmptement l 'Excellence elle, avait sous les yeux;( is le ministre; le bon ■çail malgré tout sous la

elle prit aussitôt un ton tout différent de celui auquel, d'après la lettre pompeuse qu'il avait reçue, M. Lambert-Fronsac s'attendait.

S'installant sans façon dans un grand fauteuil, le dos bien appuyé, les jambes croisées, montrant un pied très habilement chaussé, la baronne s'écria délibérément :

— Monsieur le Ministre, je suis au désespoirl!!

— Vraiment, — Madame, — dit M. Lambert-Fronsac un peu décontenancé.

— Ouil... Imaginez-vous qu'on me refuse la naturalisation, si je ne présente pas l'acte de décès de mon mari I...

— Ce sont, Madame, des formalités que...

qui... D'ailleurs, il n'est pas bien dîfUcile, ce me semble, de donner l'acte qu'on réclame...

— Pas difficile!... Ah! bien!...

— Vous ne... l'avez pas?... demanda timidement le ministre, pensant que le mari de la baronne n'avait peut-être jamais existé.

— Naturellement si, je l'ai!... Seulement, il

est à Kuraçao!... Ne cherchez pas, vous ne savez pas où c'est...

— Mais si — s'empressa de rëpondre M. Lambert- Fronsac, enchanté de prouver qu'il n'était pas un ignorant... — C'est aux Antilles, pas loin de la République de Venezuela...

— Mais non!... Kuraçao, avec un K... C'est un château à moi... au fin fond de la Russie!... Vous comprenez que je n'ai pas envie de faire le voyage pour aller chercher cet acte...

— Ne peut-on vous l'envoyer?...

— Impossible!... je n'ai là-bas que des moujicks.... des brutes...

— Mais on peut en demander une copie...

Où est mort M. le baron de Kuraçao?...

— ■ En mer...

— Dans quelle ville êtes-vous débarquée?...

— Je ne sais pas... je n'y étais pas...

— A bord de quel bâtiment?...

— Le Merle Blamc.,.

— En quelle année?...

— En 1870...

— Une année bien troublée. Enfin!.., On doit néanmoins trouver facilement trace de ca décès et je vais, Madame, faire mon possible pour...

— Comment assez vous remercier... que faire pour vous exprimer ma reconnaissance?..,

— Ne plus nuire aux affaires de l'État...

— En quoi ai-je pu nuire aux afiàires de l'État? — s'écria Mmo de Kuraçao, jouant la stupéfaction, tandis que le ministre ravi pensait :

— Elle se trouble elle croit que j'ai

des soupçons!..,

Et, après avoir joui un instant de l'embarras présumé de la baronne, M. Lambert-Fronsac reprit :

— En donnant de continuelles distractions à un pauvre ministre, chargé de défendre devant un Parlement tapageur et irrévérencieux des intérêts très graves.., des...

Mme de Kuraçao éclata de rire.

UNE COTiSPIBATIOM 309

— C'est que, si je ne vais plus vous entendre à la Chambre, vous viendrez causer de temps en temps chez moi... Voyons, c'est convenu, n'est-ce pas?... Est-ce donc si pénible, ce que je demande là?..,

— Non, en vérité! — s'écria M. Lambert- Fronsac, se disant avec satisfaction que pas une des femmes officielles qui lui distribuaient sans compter leurs faveurs, n'arrivait à la cheville de cette belle étrangère blasonnée, qui avait un château au fin fond de la Russie «t un mari mort sur un bateau!... Positivement, tout cela avait beaucoup d'œil! Espionne tant qu'on voudrait, mais très chic, celte femme-là!... Et les princes!... toujours les mêmes! Employant les services et l'appui de l'étranger!... L'émigration ne les a pas guéris !

Puis, pour rassurer sa conscience, qui lui criait de ne pas aller chez Mme de Kuraçao, il se dit qu'au contraire, il y trouverait probablement l'occasion de se signaler, de rendre ser-

DglzMlnGoO^lc

Page 1