RUE CASSETTE, TO I
Ami lecteur,
On t'a appris, dans ta jeunesse studieuse, b. chercher et a reconnaitre avec quelle beaute poetes et prosateurs ont su s'exprimer. Veux-tu, aujourd'hui, penetrer avec moi dans la beaule ragonnanle des psaumes ? C'est un domaine que tu n'as peut-e'tre jamais explore : des psaumes, tu sais qu'on les chante a 1'eglise dans un latin qui parle peu a ton coeur. Et pourtant, il doit y avoir sous cette gangue un metal des plus precieux. L'Eglise, desireuse de beaute pour mieux prier (1), n'aurait pas choisi ces poemes pour constituer le fonds de sa priere liturgique si elle ne leur avait trouve une splendeur incomparable.
Au point de vue litteraire, certains psaumes sont de veritables chefs-d'oeuvre, capables de supporter avantageusement la comparaison avec les poemes les plus reputes. Te laisser ignorer les psaumes serait priver d'un aliment de choix ton esprit avide de beaute..
Tu saisiras bien vite pourtant, ami lecteur, que la seduction exercee sur toi par ces psaumes leur viendra moins encore d'un langage eclatant et image que de 1'intensite du sentiment religieux dont ils sont tout vibrants. C'est un elan impetueux de 1'ame vers Dieu, ou une elevation paisible et confiante, qui t'entrainera audessus des mesquineries dont toute vie se laisse si facilement envahir.
Pour peu que tu savoures lentement ces formules touchantes, tu sentiras s'eveiller en toi des sentiments plus genereux k Pegard de ton Dieu. Ta vie en sera transformee. Et c'est avec Pespoir de
(i) C'6tait une pensee chere 5t Pie X.
te faire gouter la consolation des ficritures (1) que ces feuillets te sont adresses.
Ami lecteur, toi que je ne connais pas et pour qui je suis un inconnu, viens done demander aux x psalmistes de te bercer de la beaute de leur priere pour te conduire a la contemplation dternelle de la beautd de Dieu.
Loue soit Dieu I
(0 Rom., xv, 4.
Desiinalaires de Ge livre s'adresse a tous ceux qui, ignorant 1'he- I'ouvrage. breu et le grec, ou meme le latin, et qui, n'ayant pas regu d'initiation specials aux questions d'Ecriture Sainte, se trouvent desempares devant les ouvrages, 'excellents d'ailleurs, des savants specialises dans 1'etude des saints livres. Les notes e'rudites qui bourrent les pages serrees de leurs articles ou de leurs commentaires leur paraissent un maquis impenetrable; ou du moins estiment-ils qu'il leur faudrait pour s'y ouvrir un chemin un travail si considerable qu'ils y renoncent, decourages. Et pourtant, cette lecture des livres saints leur serait si profitable et si agreable qu'on ne peut se resigner a les voir prives de cet avantage.
G'est pour eux qu'a 6te re"dige le travail que nous presentons aujourd'hui au public. Les specialistes n'y chercheront done pas ce que 1'auteur n'y a pas voulu mettre. Us n'y trouveront aucune contribution nouvelle pour la partie proprement technique de 1'etude des psaumes. On n'a pas vise a ddcouvrir des terres inconnues ou a prendre une connaissance plus approfondie d'un domaine acquis depuis longtemps. Mais on a voulu montrer comment les richesses accumulees par de nombreux chercheurs, admirables de patience et d'abn^gation, pouvaient fructifier au profit de toutes les intelligences eprises de beaute et de toutes les ames de bonne volonte.
Le but poursuivi commandait la methode. Avec une rigueur impitoyable, nous avons ecarte tout appareil critique et scientifique, toute discussion prolonged d'opinions. Tout au plus, dans quelques cas
particulierement importants, avons-nous brievement indiqu6 une divergence de traduction ou d'interpretation.
Nous le savons, c'est un inconvenient assez grave que de placer ainsi sur un meme plan une explication incontestable et d'autres donnees qui peuvent etre objet de contro verse. Mais ceux-la surtout le sentiront qui sont deja au courant des debats et qui ont a leur disposition des ouvrages de valeur ou sont discutes tout au long ces problemes. Us ont done toute facilite pour se renseigner. Nous nous sommes resolument interdit, en nous faisant parfois violence, de nuire a la clarte de notre expose en le chargeant de tous ces details, qui seraient ici hors de saison, et de rendre ingrate la lecture de ces pages, sous pretexte de noter scrupuleusement la justification de chacune de nos assertions. On voudra bien nous croire lorsque nous dirons que nous n'avons pas choisi sans reflexion tel sens de preference a tel autre.
Texteet versions des psaumes. L'on sait que les psaumes, ecrits en
Caracteristiques de notre hebreu, ont ete traduits en di verses lan-
traduction. gues ; parmi ces versions, la version grec-
que appelee version des Septan te (i) et la version latine dile Vulgate (2) meritent une particuliere attention.
La version des Septante n'est pas toujours a 1'abri de tout reproche. Neanmoins, elle est generalement assez bonne. Le texte hebreu qu'avaient sous les yeux les traducteurs differait en certains points de celui que nous possedons aujourd'hui. Ge texte ne comportait que des consonnes (3), et Ton peut conslater des divergences dans la maniere dont ces auteurs et les Juifs qui ont e"crit plus tard les voyelles dans le texte hebreu ont lu certains mots.
D'autre part, le manuscrit qu'ils traduisaient portait, par endroits,
(1) Ainsi appelee parce qu'elle serait Pceuvre de soixante-dix traducteurs. Sur cette version, voir PeYennes, Lemons d'ficriture Sainte, p. 169-184.
(2) G'est celle qui est contenue dans les editions officielles de la Bible latine et du Breviaire romain.
(3) On n'ecrivait pas les voyelles. Ce n'est qu'au VI" siecle de notre ere que les Massoretes ont commence a fixer par ecrit, a 1'aide de points-voyelles inscrits audessous, au-dessus ou a 1'interieur des consonnes, la prononciation en usage a leur epoque des textes bibliques.
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des membres de phrase qui ne correspondent pas exactement a ceux de notre texte h6breu.
Enfin, devant un texte obscur pour eux comme il Test aussi pour nous, leurs conjectures peuvent aiguiller nos recherches et guider notre choix entre diverses hypotheses.
La Vulgate contient un des trois psautiers de saint Jerome.
Le saint docteur ecrivit d'abord, vers 383, le psautier romain, native revision des vieilles versions latines qui s'6taient repandues dans 1'Eglise. II utilisa, pour les corriger, la version des Septante.
En 386, parut une nouvelle revision, appelee psautier gallican, qui utilisait pour mettre au point le texte latin 1'edition plus soignee des Septante qu'Origene venait de publier dans ses Hexaples (i).
Enfin, en 3gs, parut le psautier hebra'ique, traduction faite directement par saint J6rome sur le texte hebreu.
G'est le psautier gallican qui figure dans la Vulgate et dans le breviaire. Malgre les tres reelles qualit6s qu'on doit lui reconnaitre, on ne peut se defendre de regretter qu'il contienne en si grand nombre des passages obscurs, parfois incomprehensibles, des traductions approximatives ou inexactes, et des hebrai'smes conserves d'une maniere si litterale que leur veritable sens n'en est pas degage.
Nous avons garde, dans ce livre, la designation des psaumes d'apres la numiSrotation que leur donne la Vulgate.
La traduction que nous offrons des psaumes suit, d'une maniere generate, le texte h6breu actuel. Peut-etre trouvera-t-on m^me que nous avons ete trop fidele 4 nous en tenir a ses indications. Nous n'avons pas hesit6 pourtant, assez rarement il est vrai, a accepter le sens ofiert par les Septante, et meme a adopter, une fois ou Tautre, une conjecture vraiment plausible et appuySe sur de bonnes autoritSs. Mais n'ayant pas Tintention de faire une etude critique des psaumes, nous avons pense que la meilleure fac.on de les faire connaitre a nos
(i) On appelle Hexaples (c'est-k-dire Sextuples) un ouvrage dans lequel Origene, g4neralement en six colonnes paralleles, comparait au texte hebreu differentes versions grecques. Get ouvrage parut vers Tan a4g. Gf. Perennes, Lefons d'Ecriture Sainte, p. 178-181.
lecteurs 6tait encore de nous en tenir avec une fidelit6 assez constante a ce que saint Jer6me appelait la Verite hel>raique .
Toutefois, nous n'avons pas cru que la traduction la plus mat6rielle fut necessairement la plus correcte : c'est pourquoi nous n'avons pas hesite a rendre, a 1'occasion, certains hbraismes par un Equivalent en frangais (i); c'est pourquoi egalement, lorsque c'etait n6cessaire pour rendre la traduction intelligible, un mot ou deux ont et6 ajoute"s pour rendre d'une maniere explicite ce que le texte hebreu disait avec une concision un peu obscure (a).
On a evite aussi-, autant que possible, les mots etranges qui arretent a la lecture celui qui n'est pas coutumier de ces termes (3). On estimera peut-etre que nous avons pousse le scrupule un peu loin en ne citant jamais les noms de Yahweh et d'Elohim qui designent Dieu, et en mettant partout, d'une maniere uniforme, le seul nom de Dieu. G'est moins exact, il est vrai. Mais il y a si peu de gens qui soient accoutumes a voir dans Yahweh ou Elohim le vrai Dieu auquel s'adresse leur priere, qu'il a semble que 1'emploi de ces termes dans la traduction aurait pour effet de les empe"cher d'y trouver un aliment pour leur pi6te personnelle.
La structure poetique
des psaumes. i) Le parallGlisme
La traduction est disposee par stiques, ou membres de phrase paralleles ; c'est en effet en utilisant le proced6 du parallelisme que les H^breux composaient habituellement leurs ecrits.
Le parallelisme consiste a exprimer une idee par deux membres
(1) Exemples : tes allies et venues (pour : ton entree et ta sortie); il \& son chemin (pour : allant il va); il a la mainmise sur les extr^mit^s du monde (au lieu de : il a dans la main).
(2) En voici un exemple entre autres : La coupe qui contient le salut que tu donnes, au lieu de : la coupe de ton salut.
(3) Le Shdol devient : les Enfers; I'Abbadon (autre terme pour designer le Shol; mot a mot : Perdition) est rendu par la formule : le Pays de ^'Abandon. Nous avons laissS une fois le mot Rahab, a cause de 1'indecision sur le sens exact du terme dans ce contexte : e"tait-ce une personnification du chaos ou de rEgypte?
spPiTip^il^^
de phrase construits sur le meme rythmc. Le second membre de phrase peut correspondre au premier en procedant par termes Equivalents : et c'est alors le paralUlisme synonymique. Ainsi lit-on dans le livre des Proverbes (i) :
Acque"rir la sagesse vaut bien mieux que Tor ; Acquerir Fintelligence est bien preferable & 1'argent.
Le paralttlisme est antiih&tique s'il precede par termes opposes :
Le fils sage fait la joie de son pere,
Le fils insense fait le chagrin de sa mere (2).
Enfin, le parallelisme est synthttiqne si le second membre de phrase a pour r61e d'achever la pen see ebauchee par le premier membre, ou de la prSciser :
Gelui qui honore son pere sera rejoui par ses enfants, Et il sera exauce au jour de sa priere (3).
Le parallelisme n'est pas necessairement par lui-meme un indice de po^sie. C'est souvent un procede de composition ou un moyen mn6motechnique. D'apres le R. P. Jousse, cette loi du parallelisme serait une consequence de ce qu'il appelle le style manuel. Ge balancement de la phrase, cette alternance bien reguliere, serait nee de la tendance instinctive de rhomme a faire succeder ses gestes, et par suite ses paroles, suivant un rythme binaire ou ternaire.
, Mais en meme temps que c'etait un instinctif procede de composition, c'6tait aussi un singulier adjuvant pour la memoire : ii sufflsait de se rappeler les deux ou quatre termes mis en parallele pour etre capable de reconstituer la sentence composee suivant un procede connu et d'usage courant.
Si le parallelisme n'est pas sufflsant, il est pourtant necessaire pour constituer la po6sie hebraiique : pas de poesie hebrai'que sans parallelisme.
(i) Prov.,
(a) Prov., i, i.
(3) Eccli., in, 6.
a) Le vers hebreu (r).
Le vers est constitue de deux stiques paralleles. On a parfois un groups constitu6 par un vers de deux stiques, accompagnd d'un demi-vers.
Dans le distique, I'element important est la ensure, qui marque la separation entre les deux stiques d'un meme vers. L'origine du vers ainsi scande pourrait venir du precede de composition lors des processions ou des danses rythmees : Le chorege en tonne une phrase. Le choeur la repete en la scandant avec les mains ou avec le tam-tam. Mais souventil repondpar une acclamation toujours la meme... Le vers est la resultante de cette action combinee du chantre et de son entourage. La cesure marque le point d'arret entre la phrase et son echo (a).
A I'inte'rieur de chaque stique, il y a g6n6ralement une ensure secondaire.
Ge qui importe pour le vers he'breu, c'est que chacun des deux stiques paralleles comporte un nombre caracUrist de syllabes accentuees (deux au minimum, cinq au maximum, trois habituellement). Le vers hebreu n'exige pas comme en fran^ais (au moins avant notre poesie ultra-moderne), un nombre determine de syllabes. En soi, peu importe le nombre de syllabes atones intercalees entre les syllabes accentuees. Pourtant une certaine egalite dans le nombre des .syllabes des deux stiques a souvent tendance a s'introduire. Le vers hebreu ne s'occupe pas, comme le vers latin, de la fac.on dont se succedent syllabes longues ou breves (dactyle, spondee, troche'e).
3) Proc6d6s de composition
Les poetes h^breux ont su, a 1'occasion, utiliser certains precedes que ne requiert pas leur po6tique mais qu'elle accepte : assonances, alliterations, rimes, contre-rim.es (le premier mot du second stique rimant avec le dernier mot du premier stique).
(1) Nous nous inspirons particulierement pour la redaction de cet expos6 des indications du R. P. Dhorme, dans son introduction au Livre de Job, et du R.P. Vaccari, Institutiones Biblicae, vol. II, fasc. Ill, p. 6-12.
(2) Dhorme, Le livre de Job, p. CXLVII.
L'alphab6tism& est un proc6de tres curieux : Un psaume alphabetique est celui ou Ton voit venir successivement, dans leur ordre, les lettres de Falphabet, au debut de chaque membre de vers (Ps. ex, cxi), ou de chaque vers (Ps. xxiv, xxxm, CXLIV) ou de chaque groupe de deux vers (Ps. ix, xxxvi) ou de chaque groupe de huit vers (Ps. cxvni). Dans ce dernier psaume il y a plus : chacun des huit vers de chaque strophe commence par une seule et meme lettre(i). L'alphabetisme n'est pas particulier aux psaumes. On le trouve dans les Lamentations de Jeremie, dans 1'eloge de la femme forte (2).
L'etude des psaumes nous amenera a decouvrir en plusieurs d'entre eux des refrains, ritournelles (par exemple aux Ps. XLI-XLII, XLV, xLvm) ou des formules encadrant nos psaumes a la maniere de nos antiennes (voir Ps. vm).
4) Strophes.
On s'accorde a reconnaitre 1' existence de strophes. Elles sont parfois faciles a discerner, mais parfois aussi leur determination est assez conjecturale.
Un groupe d'auteurs (3), qui n'a pas reussi a entrainer la masse des hebraisants, pense que le poeme hebreu se deVeloppe de cette fagon : strophe et antistrophe (qui se correspondent), strophe alternante (d'un genre different), strophe et antistrophe (qui se correspondent entre elles et qui correspondent a la premiere strophe et a la premiere antistrophe) et ainsi de suite tant que le poeme se continue. Gette opinion est assez generalement contested.
Le R. P. Dhorme, apres avoir rappele 1'ignorance ou Ton se trouve des lois de la strophique hebra'ique, si tant est qu'elle obeisse a des regies tres precises, conclut en ces termes : Au fond, la repartition qui se rapprocherait le plus de celle des vers et hemistiches de lapoesie hebrai'que, c'est la disposition en laisses ou couplets d'inegale longueur, telle qu'on la trouve dans les Chansons de Geste (4).
(1) D'apres Perennes, Les psaumes tradaits et commentes (librairie Brunet, Arras), p. xvii s.
(2) Prov., xxxi, i o-3 1.
(3) Entre autres : K. Zenner, A. Gondamin, H. Perennes.
(4) Dhorme, Le livre de Job, p. CL. Cf. Revue Biblique, 1924, p. 4i? s.
Nous avons estime parfaitement inutile, pour le but que nous poursuivons, de chercher a. reconstituer les strophes. Nous avons prf6r6 marquer les subdivisions d'apres le sens. Ces indications portees soit au centre de la page soit en marge de la traduction, permettront de saisir dans son ensemble la marche generate du psaume a premiere lecture, sans rendre indispensable le recours au commentaire.
Les Hires des psaames. C'est a dessein que nous n'avons pas traduit
les titres des psaumes (i), dont 1'obscurite et parfois les indications nous conduiraient a des digressions et des discussions que nous avons voulu ecarter du present ouvrage. Nous preferons grouper ici les principaux renseignements que Ton possede sur ces titres, leur antiquitd, leur valeur.
Tous les psaumes ne possedent pas de litre : ceux qui en sont depourvus sont appeles psaumes orphelins.
Les titres des psaumes sont anciens, car deja lorsque se fait la version des Septante, non seulement ils existent, mais leur sens exact parait difficile h. retrouver. Les Septante, bons traducteurs du texte hbreu, ne donnent plus ici qu'une traduction conjecturale, et se contentent parfois de decalquer materiellement le texte h^breu. On se trouve done a une periode notablement inferieure a celle de leur redaction. II est difficile de preciser la date ou ils furent rediges, mais rien ne laisse supposer qu'ils soient 1'ceuvre des auteurs des psaumes eux-memes. On admet generalement qu'ils ne font pas partie de la Bible, qu'ils ne sont pas inspires. C'est ce qui nous a permis de nous decider plus aisement a ne pas les traduire. Ils ne figurent d'ailleurs pas non plus dans le psautier du Br6viaire remain.
Ces titres contiennent des indications qui peuvent se grouper sous les chefs suivants : auteur; recueil dont le psaume fait partie; genre litteraire ou valeur litteraire; indications musicales (air, voix de soprano ou de basse, instruments de musique devant servir a 1'ac-
(i) Nous n'avons pas indiquS la numerotation en versets qui, souvent, affecte le litre lui-me'me comme point de depart, et dont les indications ne concordent pas toujours exactement avec la repartition des stiques.
compagnement) ; usage liturgique ; circonstances de composition. L'antiquite des litres, 1'accord des manuscrits et des versions dans leur transmission, la conformite de leur temoignage avec 1'argument interne, telles sont les raisons qui les accreditent et les font recevoir, si par ailleurs il n'y a pas de raison grave contraire. Mais le desaccord des textes ou des versions; une opposition evidente entre le contenu d'un psaume et son titre; ou meme des indices laissant soupconner que tel et tel titre ont ete ajout&s a une epoque plus recente, permettent de mettre en discussion Ja portee exacte qu'il convient de leur donner (i).
Les autenrsdes psaumes. Nous n'avons pas voulu nous engager non
plus dans le probleme relatif aux auteurs
des psaumes. Nous n'avons signale 1'auteur que pour les principaux psaumes de David et dans les cas ou 1'explication du psaume 6tait interessee par la question d'auteur. On ne peut douter que David soit 1'auteur principal du psautier; et Ton est certain, d'autre part, qu'il n'en est pas 1'auteur unique. D'autres psaumes sont dus a Mo'ise (Ps. LXXXIX) et a Salomon (Ps. LXXI) peut-etre; a Heman, a Ethan, a la famille d'Asaph, aux descendants de Core et a d'autres auteurs anonymes. Plusieurs psaumes de David ou d'un autre psalmiste ont regu, a une epoque posterieure, quelques additions faites par un auteur inspire plus recent, pour les adapter aux circonstances historiques ou aux solennites liturgiques du peuple juif (a).
II nous sufflra d' avoir esquisse, en quelques traits rapides, cette etude dont on voudra bien chercher les developpements dans les ouvrages de earactere plus technique.
L'auteur divin des Les psaumes font partie de la Bible, de la
psaumes. L 'inspiration. Sainte Ecriture. Gelle-ci est tout entiere I'o3uvre
de Dieu et I'o3uvre des hommes qui en sont
(i) Consulter sur tous ces points la Reponse de la Commission Biblique, du i" mai 1910; Enchiridion Biblicum, n. S&o-Siy. Traduction frangaise en Perennes, Lemons d'Ecriture Sainte, p. 296-297.
(a) Voir la note precedente.
DA.NS LA BEAUTfi RAyONNANTE DES PSAUMES. 2i
12 DANS LA BEAUTlS RAYONNANTE DBS PSAUMES
les auteurs. Considerons, a litre d'exemple, David inspire par Dieu dans la composition de ses psaumes. II y a la un cas de collaboration tres etroite et'bien mysterieuse entre David et Dieu.
David apporte, pour 1'execution de son travail, toutes ses qualit6s naturelles, ses talents de poete, la vivacite de son imagination, 1'ardeur de ses sentiments. Dieu va agir sur sa volonte pour la decider a entreprendre son oeuvre. Puis il a illuminera 1'intelligence de David, c'est-a-dire qu'il lui donnera une acuite speciale, la faisant saisir sous le jour particulier dont Dieu les eclaire, parmi les idees, les images, les mots (i), qui meublent son intelligence et son imagination, ceuxla precisement et ceux-li seulement que Dieu veut faire ecrire. L'intelligence les saisit, les juge a la lumiere de Dieu; puis la volonte de David, sous 1'impulsion que Dieu lui imprime, les choisit et commande de les ecrire.
Voila comment Ton peut rendre compte, dans les grandes lignes, de cette collaboration entre Dieu et 1'auteur sacre, qui fait de Dieu Yauteur principal, le principal responsable de tout le contenu d'un ecrit inspire, et qui assure a toutes ses paroles le benefice de 1'inerrance. Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper; tout ce qu'il ecrit est & 1'abri de 1'erreur.
L'auteur humain est I'instrament de Dieu. II imprime bien sa marque sur 1'ouvrage, tout comme la nature du pinceau dont se sert 1' artiste n'est pas sans influer sur le tableau qu'il compose. David n' ecrit pas comme le prophete Ezecbiel. Mais Dieu, en inspirant David et Ezechiel, eleve leurs paroles humaines a la dignite de paroles divines, dont elles possedent toute la veracite et I'autorit6.
II nous faut signaler ici, puisque le cas se rencontrera dans les psaumes, que Dieu ne se refuse pas a parler selon les apparences, en matiere de sciences physiques et naturelles. On dit sans erreur que le soleil se leve, bien que 1'expression ne soit pas scientifiquement exacte. Tout ce que Ton veut affirmer, en effet, c'est que apparemment, pour les sens, le soleil se leve. Ainsi, dans les livres saints,
(i) Ce dernier point, 1'inspiration des mots, n'est pas admis de tous; la discussion reste libre. Les arguments qui militent en faveur de 1'inspiration verbale nous paraissent absolument convaincants.
trouvera-t-on fr^quemment le monde exterieur presente non pas selon sa nature intime, mais d'apres la maniere dont il parle aux sens ou a 1'imagination. II n'y a la aucune erreur, car ces phrases sont exactes par rapport aux apparences, qu'elles concernent uniquement, sans se preoccuper de la structure scientifique du monde.
Utilisation de cette Ne pouvant songer a traduire et a commenter anthologie. les cent cinquante psaumes, ce qui eut donne a cet ouvrage des proportions trop considerables, nous avons pref6re en presenter une anthologie. On peut toujours, dans les recueils de ce genre, regretter certaines omissions, et parfois aussi envisager la possibilite de quelques suppressions. Aussi bien cette anthologie ne pretend-elle pas constituer un recueil parfait. Nous avons essaye de grouper par ordre logique (i), d'apres les sujets trait6s, des modeles des differents genres de psaumes ; nous nous sommes etendu beaucoup plus longuement sur ceux que leur importance doctrinale, leur valeur de priere ou leur utilisation liturgique plus frequente signalaient particulierement a 1'attention. 11 est bien evident que 1'auteur s'est laisse guider par des questions d'opportunite ou de gout personnel, sans vouloir pour autant imposer ses preferences a ceux qui auraient compos6 leur recueil de fagon differente.
Pour utiliser cet ouvrage avec fruit, le lecteur ferait bien de prendre connaissance en tout premier lieu de la traduction meme du psaume, dont les subdivisions et les sous-litres lui permettront de saisir les idees directrices. Qu'il parcoure ensuite le commentaire pour mieux comprendre la porte des enseignements du psaume ou les applications qu'il en peut faire. Une deuxieme lecture du poeme le lui fera alors gouter dans toute la beaute de sa forme litteraire et dans toute sa plenitude de sens. Le commentaire n'a d'autre but que d'aider a bien comprendre le psaume; 1'auteur serait desole qu'on s'attachat a
(i) A la fin du volume on trouvera, apres une table analytique des matieres, une table numerique et une table alphabetique des psaumes, enfin une table des psaumes grouped d'apres leur place dans le Breviaire remain.
ses explications au point de n6gliger la parole de Dieu dont il donne la iraduction.
Remerciements et En achevant cette introduction, nous devons ren-
exhortation. dre hommage et presenter nos remerciements a tous
ceux qui nous ont aide dans la realisation de cet
ouvrage.
Les uns 1'ont fait a leur insu : ce sont tous ceux qui avant nous ont etudie les psaumes et dont les travaux nous ont fourni des conclusions bien etablies (i).
D'autres nous ont encourage avec bienveillance, nous ont menag6 les loisirs indispensables, ou nous ont prete un concours precieux. Comme le psalmiste, nous savons desormais par experience tout ce que peut le calame du scribe diligent (2) ; car des secretaires b6nevoles ont permis, par leur zele empress^, une rapide transcription des feuillets au fur et a mesure de leur redaction.
JNous sommes particulierement reconnaissant a notre collegue, M. 1'abbe A. Gestin, qui a bien voulu nous aider dans la revision des epreuves, et nous eclairer de ses avis judicieux.
D'avance, nous remercions aussi tous ceux qui accueilleront notre ouvrage avec sympathie et nous feront beneficier de leurs observations et de leurs critiques.
Que notre dernier mot a 1'adresse de notre lecteur soit cette
(1) Nous avons mis a profit les divers commentaires sur les psaumes et de nombreux articles de revue. Signalons particulierement en langue latine : KNABEN- BAUER, Comm. in psalmos ; ZORELL, Psalterium ex hebraeo latinum ; YACCARI, Institutiones Biblicae, De libris didacticis; en langue frangaise, divers articles de LA.GRA.NGE et PODECHARD (en Revue Biblique), de GONDAMIN et GAL^S (en Recherches de Science Religieuse) ; le livre de LES&TRE sur les psaumes, dans la sainte Bible de Lethielleux.
Nos lecteurs pourraient utiliser, comme nous 1'avons fait, les ouvrages suivants, qui sont d'un abord plus facile pour ceux qui ne sont pas specialises dans les etudes bibliques : Fouvrage de E. PANNIER sur les psaumes; PILLION, Le nouveau psautier da breviaire romam; HUGUENT, Psaumes et cantiques du breviaire romain; H. PERENNES, Les psaumes traduits et comment^ ; H. MEISS et G. HOUDE, Les psaumes traduits de I'htbreu ; G. GESLIN, dans : la demi-heure d'Ecriture Sainte ; R. COM- PAIKG, Priere inspiree et priere de I'Eglise (adaptation des psaumes en vers francais).
(2) Psaume XLIV, v. 3.
reflexion de saint Bernard : De mehne que c'est la bouche qui savoure les mets, ainsi c'est le coeur qui savoure les psaumes. Mais il faut que 1'ame fidele et prudente ait soin, par le travail de 1'intelligence, de les broyer comme sous la dent ; de peur que, si elle les mange par morceaux entiers, elle ne se prive du plaisir qu'il y a a les gouter, plaisir si agreable qu'il surpasse en douceur le miel, oui le rayon de miel le plus doux (i).
(i) 7' sermon sur le Cantique des Canliques.