QUATRIEME PARTIE. PS. cxxxvi 3oi
Imprecation centre Babylone :
Quant d Babylone, elle m6rite la mine. Bienheurevx qui te Tout le mal qae tn nous as fait I [rendra
Bienheureux qui empoignera
Et /rocassera tes petits enjants contre le roc !
Explication du psaume
En termes touchants, que nous ne voudrions pas affaiblir par un long com men taire dont le besom, d'ailleurs, ne se fait pas sentir, tant le texte est clair par lui-meme, le poete sacre decrit les souffran ces de 1'exil en pays profane : 11 a la nostalgie de Jerusalem, et la douleur arrete sur ses levres tout chant de joie. Gette peine de la privation de Jerusalem, il 1'entretient soigneusement en lui : sinon toute sa vie religieuse s'ecroulerait. Tout plut6t qu'un lei malheur !
Ainsi 1'dme du purgatoire, retenue loin de son Dieu par les necessites de 1' expiation, privde des joies du culte liturgique d'ici-bas, et non encore admise a celles de la liturgie celeste, attend dans la souffrance la fin de son exil.
Et nous autres qui vivons sur cette terre. n'oublions pas la Je'rusalem celeste vers laquelle nous tendons : mieux vaudrait ne pas agir, mieux vaudrait ne pas parler, que de faire un geste ou de dire un mot capable de nous rendre indignes pour toujours de cette J6rusalem qui est notre veritable patrie. Que notre plus grande joie soit de songer a nos deslinees surnaturelles !
Apres ces effusions, voici que le psalmiste songe soudain a ses ennemis. Alors, 1'indignation le saisit, il demande a Dieu leur cha'timent.
Nous avons deja expliqu6 plus haul (p. 55-67) comment un tres louable sentiment pouvait animer ces demandes de chStiment contre les ennemis de Dieu. II s'agit ici des ennemis d'Israel, mais qui, par le fait qu'ils s'acbarnaient a d^truire le peuple de Dieu, se montraient les ennemis de Dieu lui-meme. Ce vif sentiment des exigences de la
justice divine portait a ces imprecations dont nous avons dit qu'elles 6taient justes, bonne tes, Men qu'on put eprouver des sentiments plus nobles et plus g^nereux.
Ici pourtant, une gene nous saisit devant ce texte :
Bienheureux qui empoignera
Et fracassera tes petits en f ants centre le roc I
Gette cruaut6 nous revolte. Aussi bien a-t-on peut-etre le tort de ne pas tenir compte, pour Interpretation de telles paroles, de plusieurs elements qui donnent a ce souhait son exacte portee.
II y a, croyons-nous, dans 1'expression de ce VCBU, la part de ce qu'on pourrait appeler le procede descriptif. L'auteur du psaume, pour decrire la prise de Babylone, s'inspire de ce qui a gen6ralement lieu dans ces circonstances. Or en Orient c'etait, belas, chose commune, quo d'englober dans le massacre des vaincus les petits enfants eux-memes. Parler, par consequent, des enfants que Ton brise contre les rochers, pourrait etre une fagon vive, pathetique, de resumer d'un trait expressif toute la scene de la prise de Babylone. II se peut done que cette formule, si barbare en apparence, corresponde tout simplement a cette autre : oui, bienheureux qui fera capituler Babylone sans conditions et qui 1'aura a sa merci ! Et peut-e" tre (c'est une hypothese que nous nous permettons de suggerer) le desir du psalmiste pourrait-il porter directement sur cette capitulation de la ville, en se contentant de prevoir cette consequence ineluctable, vu les mceurs de I'Orient, du massacre des enfants.
Faut-il en appeler plut6t a 1'hyperbole et au style m6taphorique, comme lorsque nous disons : Va-t-en aux mille diables! ou autres am6nites de ce genre? Peut-etre encore. Gar il est bien certain que, tres souvent, la portee reelle d'une imprecation est de beaucoup mfe"rieure a ceile que parait tout d'abord exp rimer la formule. G'est le contexte psycbologique qui en precise le sens exact.
II faut aussi remarquer que la formule optative est parfois une fagon d'exprimer une proph6tie. Notre psalmiste ne ferait done ici que predire, tout comme Isai'e (i), le chatiment de Babylone qui devait coniporter ce massacre des enfanls.
(i) Is., xni, iS-i8; xiv, 21.
QUATR1EME PARTIE. PS. CXXV 3o3
Et pour nous baser plutot, cette fois, sur le texle meme du psaume que nous commentons, nous ferons observer les mots qui precedent : Bienheureux qui te rendra tout le mal que tu nous a fait! Si done le psalmiste envisage le massacre des enfants de Babylone, il n'y voit qu'une application rigoureuse mais meritee de la loi du talion : ceil pour ceil, dent pour dent . Assurement, un tel principe nous parait bien rigoureux ; mais nous devons a Notre-Seigneur Je"sus-Christ de pouvoir en juger ainsi; et J6sus avait bien conscience d'innover, le jour ou il proclamait sur la montagne un ideal inconnu jusque-la et conviait les coeurs a la charite (i).
Les exiles rentrent de la captivity de Babylone
Ps. cxxv (In convertendo)