DEUXIEME PARTIE. PS. XXXI l
garde mon coeur pur? (i) EtTapotre saint Jean s'exprime ainsi sur ce sujet : Si nous disons que nous sommes sans pechd, nous nous seduisons nous-memes et la verite n'est point en nous. Si nous confessons nos pSches, Dieu est fidele et juste pour nous les. pardonner, et pour nous purifier de toute iniquite. Si nous disons que nous sommes sans p6che, nous le faisons menteur et sa parole n'est point en nous (a).
Pourtant, cette joie du pardon, tous ne 1'ont pas eprouvee avec la meme intensite. EHe se mesure, en effet, a la certitude que Ton peut acquerir de son pardon, a la delicatesse de sa conscience, et a 1'importance des fautes dont on s'etait rendu coupable.
Bienheureux sommes-nous de pouvoir entendre une parole autorisee nous dire : Je t'absous de tes peches , et de savoir que ces mots prononces sur nous par le pretre ont une efficacite garantie par Dieu lui-meme. Nous pouvons done acquerir aisement la certitude du pardon. David, lui aussi, entendit le prophete Nathan lui donner 1'assurance que Dieu avail pardonne son peche. Mais que d'angoisses chez ceux qui ignorent jusqu'a 1'existence du sacrement de penitence, ou au moins ne croient pas a son efficacite, et qui se demandent si Dieu a pris en consideration leur repentir! De telles ames existent hors du catholicisme, et nous devons avoir grande pitie de leur misere.
La joie du pardon se proportionne aussi a la delicatesse de conscience du pecheur. Je songe, en ce moment, a la vive allegresse de saint Francois d'Assise lorsqu'il rec.ut du.ciel'le temoignage que ses peches lui avaient ete pardonn^s.
Mais ce sont les grands convertis, ceux qui reviennent d'une vie plus mouvementde, plus orageuse, plus coupable, aux pratiques de la religion chretienne, qui pourraient surtout chanter avec David le bonheur de celui dont le peche est enfoui. Le pretre est le te'moin privilegie de ces resurrections qui arrachent au coupable d'hier des larmes de joie, et font eprouver au ministre de Dieu ces sentiments d'emotion dont on ne peut se defendre au retour de 1'enfant prodigue. Tout en chantant leur joie, ces convertis n'hesiteraient pas, comme
d) Prov., ix, 9.
(a) I Joa., i, 8-10. Trad. Crampon.
DAHS LA BEAUTfi RA.-YONNANTE DES PSAUMES. H
David, a attribuer a Dieu seul toute 1'oeuvre de ce pardon bienfaisant. Et saint Paul prenait acte de cette signification des premiers versets de notre psaume, ou l'homme n'est mentionn que comme beneficiaire, pour prouver que la justification est un don gratuit de Dieu, et non le fruit de nos ceuvres (i).
L'aveu prdalable
L'homme n'a qu'une condition a realiser : 1'aveu de celte faule du fond d'un coeur contrit.
Souvent Ton hesite a se reconnaitre coupable : on cherche des excuses, des pretextes. Et David n'en est pas venu des le premier instant a s'infliger un verdict de condamnation. Mais tant qu'il persista dans son aveuglement, il sentit la main de Dieu sur lui : le remords le rongeait, la maladie le minait; tant et si bien qu'il se decida a sortir de cette situation par trop penible, et il s'ecria : J'avouerai, a ma confusion, mes fautes a Dieu.
N'est-ce pas 1'attitude meme de 1'enfant prodigue, reduit a la plus noire misere, et disant enfin : a Je me leverai et j'irai a mon pere et je lui dirai : Mon pere, j'ai peche centre le ciel et envers vous (a) ? On sait quel accueil lui etait reserve. Pourquoi done tant de fils prodigues hesitent-ils a s'approcher du prtre et a lui dire, en commenc.ant a lui ouvrir leur conscience : Mon pere, pardonnez-moi, car j'ai beaucoup peche ? Gette sincerity ouvre les tresors de la misericorde divine : Celui qui cache ses fautes ne prosperera pas, mais celui qui les avoue et les quitte obtiendra misericorde (3).
Aller ct Dieu, avec con fiance
A la fin de ce psaume, au cours de son exhortation, Dieu nous adresse un conseil en termes impreVus et enigmatiques : Ne ressemblez pas au cheval ou au mulet stupides
(i) Rom., iv, 6-8.
(a) Luc, xv, 18.
(3) Prov., xxvin, i3.