P ARTIE. PS. XXVI
S'il me dissimule a Vabri de sa tente, C'est bien dans une forteresse qu'il m'enleve.
Et void que je dresse fierement la tete pour defier les enne-
[mis qui m'entourent.
Je veux lui offrir dans sa tente des sacrifices de triomphe,
Je modulerai cantiques et psanmes pour Dieu.
NE M' ABANDONEE PAS, 6 DlEU, ATJX ENNEMIS QUI ME GUETTENT
Pourquoi Dieu ne peut m'abandonner :
1) Je le prie avec instance :
Ecoute, 6 Dieu, la voix dont je t'implore :
Aie pHie" de moi, exauce-moi.
2) Je vis pieusement :
Mon cceur te parle ainsi : Recherchez ma presence, as-tu '(Lit : Eh bien! oui, je rechercherai ta presence, 6 Dieu!
Ne me dissimule pas ta presence,
Ne me repousse pas avec colere, moi ton serviteur.
3) Dieu est deja intervenu pour moi. Son role n'est pas fini :
Toi qui m'as secouru ne me rejette pas,
Ne m'abandonne pas, 6 Dieu mon sauveur.
Pere et mere peuvent bien m'abandonner, Mais Dieu est la pour me recueillir..
4) Je suis guette par des ennemis injustes :
Indique-moi, 6 Dieu, la voie a suivre
Conduis-moi par une route droite, car ~j'ai des 'ennemis. Ne me livre pas a la discretion de mes adversaires,
Car contre moi se dressent des calomniateurs et des gens
[qui respirent la violence.
Dialogue :
i) Les inquietudes :
Ah! si je n'avais pas la ferme confiance
De jouir de la b'onte de Dieu sur cette terre, ou sont les a) Reponse : appel a la confiance : [vivants /...
Espere en Dieu,
l62 DANS LA BEAUTE" RAYONNANTE DBS PSAUME5
a Aie un cceur courageux et inetirarilable, Oui, espere en Dien! n
Explication du psaume
Je comparerais volontiers ce poeme de David h une colline dont les deux versants, diff6remment exposes, se present a des cultures diverges. Et de fait, comment ne pas etre frappe de la difference des sentiments exprimes dans la premiere et dans la troisieme partie du poeme? Au debut, David se campe fierement devant ses adversaires, sur de son bon droit et confiant dans le succes ; mais k la fin, se tournant non plus vers ses ennemis mais vers Dieu, il reconnait sans hesiter sa faiblesse, son impuissance naturelle, et avoue que Dieu seul est capable de 1'arracher au peril.
Souvent, dans nos pays chr6tiens, une petite chapelle se dresse au sommet de la colline, dominant les deux versants et repandant autour d'elle une atmosphere de pieie recueillie. II y a dans notre psaume quelque chose de semblable : car la partie centrale du poeme est aussi le point culminant; et c'est la que nous verrons eclater cet amour du sanctuaire de Dieu qui est une des caracteristiques incontestables de la piete liturgique.
Le d&sir de vivre dans la maison de Dieu
Flagons-nous done d'abord sur cette crSte, et examinons ce point central du poeme, avant de scruter les deux aufres sections qui 1'encadrent.
Les desirs que formulait jadis David ne semblent-ils pas exprimer les sentiments intimes d'une dme consacree a Dieu? Je songe au pretre, je songe encore plus au moine ou a la religieuse contemplative, qui ne pourraient peut-etre mieux traduire leurs aspirations qu'en citant ces versets : Sejourner dans la maison de Dieu tout au long de ma vie, pour gouter la suavite de Dieu et frequenter son sanctuaire !
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Ge texte distingue la maison de Dieu, ou Ton habite, du sanctuaire que Ton fr6quente. G'est qu'autour du sanctuaire reserve exclusivement a Dieu, il y a les locaux attenants qui servent d'habitation aux ministres du culte et aux personnes consaciees a Dieu, ou de logement aux pelerins. Dans nos maisons religieuses, monasteres, noviciats, seminaires, il y a de meme la maison de Dieu blottie tout contre le sanctuaire.
Quel reve, n'est-ce pas, de -passer son existence sous le regard de son Dieu! On frequente souvent son sanctuaire : il n'y a pour cela qu'un pas a faire, et le desir en est tout spontane. Puis, meme hors du sanctuaire, que de facilites pour . gouter la suavite de Dieu , dans cette atmosphere toute recueillie! Sans doute, cesjoiesincomparables, que le monde ne saurait donner, s'achetent-elles par une vie austere et renoncee. Mais Notre-Seigneur ne nous a-t-il pas dit luimeme que son joug etait doux et son fardeau leger (i)?
On veut habiter dans la maison de Dieu pour jbuir de Dieu a 1'heure de la paix, mais aussi pour etre protege h. 1'heure de 1'epreuve et pour chanter 1'action de graces apres la delivrance. Telles sont les pensees que developpe le psalmiste : la hutte, la tente de Dieu (au temps de David, le temple n'etait pas encore construit, et Dieu logeait sous la tente), c'est une veritable forteresse d'ou Ton peut toiser dedaigneusement ses ennemis. Songez done avec quelle verite sainte Claire aurait pu repreadre ces versets de David, lorsque 1'assaut de soldats impies se brisa devant les portes du couvent dont elle avait confie la garde au Tres Saint-Sacrement. Et combien de fois, au cours de 1'histoire, les barbares envahisseurs ne reculerent-ils pas devant ces citadelles imprenables qu'etaient des monasteres en priere?
Et quand ces delivrances s'obtiennent, 1'action de graces eclate : c'est le Te Deam triomphal qui fait tressaillir de joie les robustes pierres de nos ^glises.
L'obligation de combattre les ennemis de Dieu Pour beaucoup de ses pretres et de ses religieux, pour le grand
(OMatt., xi,3o.
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nombre de ses fideles, Dieu a d'autres desseins; et il les arrache luimeme, a 1'heure voulue, au calme recueilli d'une vie de silence et de contemplation pour les jeter dans Faction. II leur dit, comme a 1'epouse du Cantique des cantiques, de sortir de la retraite pour aller d6truire les petits renards qui ravagent les vignes en flours (i) : il faut combattre, des leurs premieres manifestations hostiles, tous ceux qui saccagent roouvre de TEglise : her6tiques, schismatiques, politiciens acharn6s a 1'ceuvre de dechristianisation. Bien souvent, saint Bernard dut ainsi quitter sa cellule de moine pour aller pacifier l'glise ou hitter pour elle.
Mais quiconque veut exercer une action profonde, 6nergique, perseverante, doit s'attendre a la critique et a 1'opposition ouverte. Car bientot se fait centre lui la coalition des interets qui se croient leses, de 1'amour-propre vex6, des indolences fachees contre celui qui vient troubler leur repos, et que sais-je encore?
Alors, jete dans la melee, Ton pourra a certaines heures, avec une confiance tranquille et triomphante, reprendre ces cris sublimes de David qui composent toute la premiere partie de notre psaume. La guerre est dechainee contre moi, on m'assiege de toutes parts, on devore a belles dents ma reputation par d'inqualifiables calomnies. Mais Dieu est ma lumiere et mon salut : Qui craindrais-je? Dieu est pour ma vie un rempart; qui redouterais-je?
Parfois aussi le decouragement sera tout proche, et c'est avec une confiance angoissee que Ton s'adressera a Dieu, tout comme David dans la derniere partie du psaume. Comme lui, nous nous demanderons peut-etre si nous ne sommes pas delaisses de Dieu, et nous essaierons de nous rassurer.
Puissions-nous conclure de notre examen, a cette heure, que nous n'avons pas conscience d'avoir merite cet abandon en n6gligeant Tame de tout apostolat ! Heureux sommes-nous si nous pouvons proclamer avec David que nous avons recherche sans cesse la presence de Dieu , 1'intimite avec Dieu.
Puissions-nous aussi nous convaincre plus profondement de cette verite" que Dieu est un pere pour nous, un pere que ni la mort ni i'e-
(i) Cant. Cant., n, i5.