‹ Dans la ville eternelle pendant que se discutait au Canada la question des écoles du Manitoba. Journal de voyageChapitre 20 sur 76 · LAINE 4 ENT · texte numérisé non relu

LAINE 4 ENT

M. Picoche, aussi content de nous, parait-il, que nous l’avons été de lui, est venu passer l’avant-midi à ma chambre, fumant, causant : homme vraiment sympathique et intéressant. |

Notre famille canadienne vient de se briser, perdant un de ses membres, pas le parleur le plus loquace, mais l'auditeur le plus attentif. A 4heures, M. Ferland prenait le train de Naples, pour Brindes où il s’embarquera, dans trois jours, en destination de la Terre Sainte. Il ne sera de retour que dans quatre semaines, ou à peu près.

J'ai reçu une lettre de M. le Juge Dubuc, il y a quelques

jours, suit ma réponse ; toutefois, auparavant, je vous citerai un extrait de sa missive : ‘ “Mou cher ami, vous voilà de nouveau parti pour Rome. Voir la Ville Éternelle, s'agenouiller au pied du Vicaire de Jésus-Christ, communiquer avec les princes de l’Église, c’est toujours un avantage et une faveur très précieuse. Il parait cependant que vous ne vous êtes pas absenté pour une promenade d'agrément. On dit que vous êtes chargé d’une mission délicate et difficile.

“Avez-vous vu les journeaux canadiens qüi ont paru après votre départ ? On vous commente, on vous discute, on vous prête des intentions de toutes les couleurs. La presse anglaise et le télégraphe s’en mêlent à qui mieux mieux. Vous êtes l’homme le plus en vue du jour. Tout le monde semble s'émouvoir de votrer mission non officiellement divulguée, Rien de tangible n’étant connu, on se lance dans les conjectures, et les racontars\vont leur train.

Pour moi qui vous connait un peu, toutes ces histoires me

laissent un peu calme, A ceux qui m’interrogent à ce sujet, je réponds que la mission que vous avez acceptée ne peut être mauvaise, et que, si vous avez à vous occuper de nous, nous ne devons avoir rien à craindre du résultat de vos démarches. Votre position, votre caractère, vos états de service pour la cause de l'éducation sur un autre théâte sont une garantie complète que vous n'êtes, pas allé à Rome pour desservir des intérêts catholiques aussi sacrés que sont les nôtres. Les craintes qu’on exprime au sujet de votre mission me paraissent déplacées et tout-à-fait ridicules.

“Je vous dis ces choses pour vous assurer que vous avez à Manitoba, comme à Québec, des amis sincères qui ne jugent pàs comme le font quelques-uns. Vous n’avez pas besoin de ce témoignage sans doute, Vous êtes assez habitué à voir vos pensées travesties et vos démarches incriminées, Mais vous allez votre chemin, vous poursuivez l'exécution ‘des oeuvres bienfaisantes que le devoir et le zèle vous imposent, sans vous soucier des aboiemens qui retentissent autour de vous.” Passons à la réponse.

“ Mon cher Juge, Je viens de recevoir votre lettre du 24 septembre, du jour que je suis arrivé à Rome, après une heu-. reuse traversée de douze jours, de New-York à Naples, à bord du Kaiser Wilhelm II, le bateau qui a amené, il y à deux ans, Mademoiselle Legault, Je m’empresse de vous répondre, ne laissant pas l'intervalle de cinq minutes entre la lecture de votre lettre et ma réponse, Vous méritez bien ces égards, vous avez jugé avec tant d'intelligence, d'esprit et de tact. Excusez ces crudités. Les commentaires des journaux en général ne m'étonnent pas, je m’y attendais. J’ai vu bien d'autres tempêtes de paroles,

shxbfE rade

‘Je suis cuirassé de patience. Ma seule réponse sera le silence. Je ne permets pas aux reporters de m’aborder. Il serait peut-être à souhaiter que plusieurs autres en fissent autant. Ce n’est pas sur-la place publique que se traitent sérieusement les affaires sérieuses. Les meilleures paroles prêtent toujours flanc à mauvaise interprétation, quand elles deviennent la proie de partis dévorants qui se déchirent. Je tâche de vivre . de penser et de parler dans des régions plus sereines. Ma justification sera le résultat de mon travail. Il parlera tout seul, sans qu'il soit besoin de commentaires. En attendant, ces articles échevelés, ces appréciations à la légère sur une mission . dont oa avoue ignorer même l’existence, sont tout à fait propres à me faire du bien ici, où l’on juge sur des choses et non sur des suppositions. Je vous remercie de m'avoir envoyé le Manitoba du 23 septembre. Des articles comme celui qu’il renferme à mon endroit sont mieux calculés, quand bien même on ne les croirait pas tout entiers, à règler des questions délicates qu’un amas de soupçons, un fatras de dénonciations, une ‘avalanche de paroles sans preuve. Personne, surtout dans le monde des gazettes, ne sait ce que je suis venu faire ici. Je me garderai bien de le leur dire, de sorte que, me faisant le but de leurs coups, elles continueront à tirer à côté de la cible. Croyez-moi, pas une balle n’a encore été logé dans le rond. C’est pénible de voir des gens, sensés sérieux, partir en guerre sans savoir pourquoi ; tout de même, cela a bien son côté plaisant, généralement cela m'amuse.

“A Rome, à St Lin, à St Boniface, partout j’éprouve les même sentiments pour mes neveux et nièces, et leurs vénérés parents. Je leur suis dévoué de toutes manières, Qu'ils ne craignent pas que je les maltraite, les trahissent ou les vende, Pour ima-

cr O0

giner de pareïlles choses, vraiment il ne faut avoir jamais ressenti les intérêts de la parenté. Qu'ils ne craignent pas. non plus, que l’on coule mon navire. Ilest bâti de vrai, enduit de dévoument, matériaux impénétrables supérieurs au fer blindé des politiciens. Fluctuat mec mergatur. Il rentrera au port sain et sauf, vous invitant à son bord pour fêter les joies du retour et du repos. Sans allégorie, je suis, avec une très haute considération, Monsieur le Juge, votre tout dévoué serviteur.”

Les Germes de la Moisson.

Mardi, 13 octobre. —Je suis couché sur mon. lit blanc, les mains croisées sur la poitrine, sous un ciel de rideaux qui s'élève en forme de tente ; à mon chevet, sur un guéridon, se trouve une théière vide dont j'ai ingurgité le contenu délicieux. M. Desrosiers, toujours obligeant, après m'avoir fait une longue et intéressante lecture, veut bien tenir la plume en mon lieu et place : ce qui veut dire que je ne suis pas très bien, sans cependant être très malade.

Quelles sont les causes de cette indisposition : Io le temps humide et pluvieux qu’il fait depuis hier matin. Quand les orages redoublent de violence, que la pluie tombe à torrents et que le tonnerre gronde avec éclat, cela me soulage un peu, mais il ne peut toujours tonner. 2o le siroco, vent du sud, vent d'Afrique qui a pour effet d’affecter surtout les étrangets. 30 Astaroth. Je n'oublie pas que les anges du couvent

MNÊTEeS

de St Lin sont en neuvaine à mes intentions, que cette neuvai-

ne se terminera jeudi de cette semaine, fête de la séraphique Ste Thérèse, et, j’ajouterai, que mes affaires arrivent à ce

point de tension qui précède toujours l’entrée dans une phrase

nouvelle, Naturellement, l'ennemi qui n’a pas l’occasion de me

jeter sur le côté pour me casser les bras, fait tout de même ce

qu’il lui est permis et me renverse sur le dos par une détente . nerveuse.

Il faut bien se conformer à la volonté divine, d'autant plus que Dieu laisse l'espérance que cela ne sera pas long, et qu’il me donne un infirmier (M. Desrosiers remarque que j'ai de beaux sentiments), un infirmier (M. Desrosiers ajoute : vous ne voulez pas que je parle, donc!}, un infirmier (M. Desrosiers, sans parler, éclate de rire), un infirmier (c’est la dernière parenthèse, parce que M. Desrosiers. vient de s’écrier : écoutez done, il y a toujours un bout, allez-vous me laisser tranquille), un infirmier, disje, qui monte du réfectoire thé, café, sucre, pain, beurre, ete, enfin dont l’habileté dépasse même celle de M. M.

Mercredi, 14 octobre.— Il était onze heures. Je paressais “sous mes couvertures, M. Desrosiers et M. Picoche m'intéressaient par leur vive eb pétillante conversation, lorsque Philomène, suivie d’une liasse de journaux, frappa à la porte, m'apportant les nouvelles du 30 septembre et du ter octobre. At- . tendez un peu. Pour recevoir une aussi grande demoiselle, je vais me lever. Et pour jouir mieux de sa visite, je prendrai le temps de me raser, et de faire ma plus belle toilette. Puis, assis dans le grand fauteuil blanc, j'écoute, le sourire sur les lèvres et la joie dans le cœur, l’écho des dires et des choses

de là-bas. La cloche du dîner sonne. Mais, c’est trop tôt, je

ET NES EU TIMES CE A ER TE AR ET Cr RTL ET ÉNEX ES é NE ! h SR AUS SAT D

n’ai pas encore lu M. Martel, qui m'envoie huit pages. “Huit pages, s’écrie M. Desrosiers ? —Oui, huit grandes pages. — M. Martel a écrit huit pages. Eh bien ! c’est trop rare, attendez !” Il monte sur une chaise, et, avec le tuyau de ma

longue pipe, il fait, à dix pieds de terre, une croix sur la che-

minée,

M. Picoche avait rencontré à l’Église St Pierre Mgr Gravel,

habillé en simple prêtre, qui lui avait donné maints renseignements d’une manière charmante, Sachant par moi qu'il était évêque, et voulant lui faire visite, il me demanda d’aller avec lui au Collège Canadien le présenter à l’aimable prélat: M. Desrosiers nous y accompagna. Nous en rentrons après une heure d’agréable conversation.

Le soleil est revenu, m’apportant la niet Je suis bien, très bien je serai demain. Mon système nerveux est deven u un baromêtre d’une extrême délicatesse : hélas, signe de vieillesse, avertissement que la vie s’use et nous échappe, invitation de penser davantage à cette vie meilleure qui ne connaïtra ni la souffrance, ni les temps pluvieux, ni les séparations, et que je vous souhaite de tout mon cœur. Ainsi-soit-il.

Jeudi, 15 octobre. —Fête de Ste Thérèse, qui fut ma patronne paroissiale pendant 19 ans, dont j’étudiai la vie et prâchai les vertus, avant que la Providence ne m’eut placé dans les mêmes rapports surnaturels avec St Lin. A 7 heures, ici messe en union anticipée avec les communions qui dormaient encore aux Laurentides, mais qui réveillées bientôt devaient se faire six heures plus tard.

M. Picoche est parti pour Naples. Il m’a demandé, pour les lire durant le trajet, les deux fascicules que j'ai du voyage de Californie; j'ai cru ne pouvoir les lui refuser.

pa.

Cet après-midi, j’allai faire avec M. Desrosiers une promenadée au centre de la ville, arrêtant en passant à l'Hôtel du Quirinal, chez M. Drolet, visitant les églises de St Marcel au Corso, de Sainte Marie de la Minerve où un chœur de Dominicains chantait Vêpres, dans une harmonie céleste de voix fortes et fraîches qui se promenaient mystérieuses, ronflantes, expirantes, toujours mélodieuses, sous les voûtes, autour des ar-

ceaux, au fond des chapelles : symphonie d’un autre monde,

. écho d’une musique insaisisaple, vibrations à l’unisson des sen-

timents de l’âme avec les aspirations de l'infini,

Veillée jusqu'à minuit. Que peuvent dire deux hommes seuls, continuellement en face l’un de l’autre ? Je vous le demande. : Toujours est-il que parle, parle, les heures passent

inaperçues et agréables.

Vendredi, 16 octobre.—Avant-midi, travail.

Nous avions projeté d'aller À Ste Cécile, mais l'après-midi presque toute entière fut consacrée à entendre M. D, Promenade du côté de la Porte Pia. |

Je ne manquerai pas à la discrétion en disant que plusieurs

personnes sont excessivement nerveuses sur ma présence ici, | qu’elles se perdent en conjectures et en suppositions plus ou moins bizarres qui se succèdent de jour en jour, informes, inconsistantes, variées, variables, reflétant toutes les nuances du prisme, Je leur dirais clairement pourquoi je suis à Rome qu’elles ne le croiraient pas. Il y a dans cette disposition d’esprit un côté amusant. On croyait, ou l’on faisait semblant de croire que je serais coulé. Voici la quatrième semaine que je suis ici, on voit que je file mon petit bonhomme de chemin

tranquillement, on n’y comprend plus rien, il faut bien se reje-

ter sur d’autres hypothèses. Mystères pour ceux qui ne peu-

vent croire que je ne connais qu’une voie, la droite, ,

A. M. G. D.—“M. X., à l'adresse qui lui a été présentée à son retour, a fait une réponse dans la note. Les interviews ont beau lui faire dire qu’il ne change pas d’attitude. Il en change, ou en changera. Au printemps il lui fallait une loi fédérale, et telle loi en particulier. Aujourd’hui il se contentera d’une loi locale qui réparera les injustices. Très bien. Toutefois il est à regretter que les reporters lui mettent dans la bouche, sans qu’il proteste, des paroles qui ne sonnent pas à l'unisson de sa réponse. Il y a sur la terre différentes maladies ; une d’elles, toute moderne, pourrait s’appeler l’intervioumanie”…

Samedi, 17 octobre.—En remontant du déjeûner, je dis à M. Desrosiers : “J'attends des nouvelles de Saint Lin, aujourd’hui ou demain, D’après le calcul des années passées, ce ne devrait être que demain, mais j’ai constaté que cette année le service de la poste est bien plus rapide.” Nous fumons une petite pipe, nous lisons la gazette ; ayant besoin d'écrire un brouillon,

M. Desrosiers se sert d’une enveloppe qui git là, au milieu d’autres papiers sur ma table ; je m'en sers moi-même ; à la fin, je m’écrie : “Mais, cette lettre n’a pas été ouverte ” ! C'était la prose de Philomène du 2, 3 et 4 d’octobre, déposée en cet endroit pendant le déjeûner. Vite la mine est ouverte, il en sort une autre perle M. du 4.

On m’y charge de compliments pour . M Desrosiers, s’il est encore auprès de moi. M. Desrosiers se plait tant à Rome qu’il n’en sortira que comme les loups sortent du bois, que quand la faim, ou la disette, l'y forcera. Pendant que je passe la journée au bureau, il est allé, cet après-midi, au Transtevère, voir Ste Cécile, Ste Marie ete.

Dimanche, 18 octobre, —Après diner, visite au Collège Ca-

10 De

nadien où nous rencontrons, entr'autres, Mgr Tarnassi et M. Archambault. Mgr Ha et Mgr Labrecque sont allés dîner avec M, Tardivel.

À cinq heures, Mgr Accaramboni confirmait ici, dans la chapelle du couvent, cinq ou six enfants, qui tous n’ont pas fait leur première communion. Aussi, au Catéchisme, dans l’énu- | mération des sacrements, l’Eucharistie vient après la confirmation : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, etc. - La confirmation donne instantanément le St-Esprit, et une abondance de grâces, les unes qui agissent immédiatement, les autres

à l’état latent qui souvent sont appelées à n’avoir or plein effet que dans le cas de besoin.

Plaisir toujours le même, plaisir toujours nouveat : seul à seul, deux, nous veillons jusqu’à minuit.

Lundi, 19 octobre. —Journée de causette, de travail et de pluie. Les Romains.se plaignent d’avoir un triste mois d’octobre. Il ne fait pas froid, mais les jours sont humides. Les chênes voient leurs feuilles tomber une à une, se dépouillant de leur orgueil petit à petit, sans qu’on s’en aperçoive. Les autres arbres conservent leur verte parure encore comme au printemps : arbres fins, dirait le sauvage.

À quatre heures P. M. toujours avec M. Desrosiers, je vais à la place du Gesu, 13 via Celsa, chez l’ancien M. Befani, porter de la copie : mauvais signe pour ceux qui croyaient que je serais coulé. Nous revinmes par une pluie battante, un déluge. Il nous faisait plaisir de marcher sous cette averse, c'était la première fois depuis le départ que mon capot ciré et mon chapeau d’américain me servaient. Tont-à-coup, M. Desrosiers me dit : “Vous ne trouvez pas qu’il y a apparence de pluie ?— Ah! ah! ah?”

NC

Comme il faisait bon, au retour, de se reposer, en dégustant

un cigare, près de la cheminée, M. Desrosiers, qui a toujours le compliment prêt, remarqua : “J’ai rarement vu d'homme qui sache mieux jouir de la vie.—La jouissance mène-t-elle au ciel ?— Ah! vous aurez bien le tour d'y prendre vos aises.— Hélas, ma vie est un exil continuel.—Exil que vous aimez.— Oui, le retour est si bon.”

Mardi, 20 octobre. —Il a fait toute la nuit un vent à jeter les chiens à terre.

La maison est grande, surtout ma chambre n’est pas petite. Je n’ÿ entends que marcher les mouches et trotter ma plume ; heureusement qu’il m'arrive du dehors les cris chantants des vendeurs de “verdura”, sans cela je me croirais dans un désert, Maïs où donc est mon loquace compagnon ? En route pour Naples,

Lundi dernier, arrivait ici M. Philippe Lamarche, curé de l'église canadienne à Toronto, frère de Madame H. Gauthier, parti du Canada à la fin’de septembre, ayant traversé comme une flèche la mer, l'Angleterre, Paris où il vit le Czar, la France, VItalie ; il s’échoua à la Minerve, de là il amarra au Collège Canadien. Dimanche, avant-hier, il avait la faveur d'assister à la messe du Pape et d'ê tre admis à ses pieds, comme

l'a été M. Desrosiers. Vous pourrez ‘en donner des nouvelles à Madame Gauthier, et lui dire que la santé de son frère fleu-

rit toujours comme une rose sortant de son bouton. Il est parti.

ce matin pour Naples, et M. Desrosiers l'accompagne.

J’ai succombé, je l'avoue, et gravement. Il y avait plusieurs jours que je détournais la tête en passant, près de la gare, devant un étalage de certaines choses qui m’ex posent à de fortes tentations. Cet après-midi, j'ai regardé, je me suis arrêté, j'ai

a Ole

hésité, j'ai résisté : oui, non. A la fin, vlan, me voilà vaincu. J'ai acheté l’histoire romaine par Rollin, 22 volumes petit in-12, et l’histoire des Empereurs romains, par Grevier,

- 9 volumes, grand in-12, propres, bien reliés, dos en veau : 31,

volumes pour 15 francs et demi, monnaie italienne ; valeur réelle, cours canadien, $2.75. Ajoutez 14 lyre pour les faire transporter ici en voiture, et disons 4 lyres pour les rendre au Canada, en tout $4.00, ce qui fait à peu près 20 sous pour les grands in-12, et 10 pour les petits.

De chez Befani, chez Giomini : “M. letailleur, une soutane

de votre meilleur mérino : entendez-vous, en mérino, pas en

drap; car, en drap, M. n’en veut plus, c’est trop difficile

, à brosser.”

Je passai la veillée, seul comme un ermite, à lire de 75 hrs. 104 heures, Bon soir !

Mercredi, 21 octobre. — Avant-midi, travail, seul. Après diner, fumer un cigare, seul. Seul, je descends, chez Befani, corriger de la mise en page. de revins lentement seul, et seul j'attends le souper, et la veillée que je passerai seul.

J’espérais que mes amis de Saint Lin viendraient égayer mon

isolement. Non. Voici près de cinq longues journées que la

malle ne nous a rien apporté. (C’est ennuyeux. Je ne suis

pas inquiet ; les malles précédentes étaient venues si vite que, pour peu que les suivantes retardent, elles se trouvent séparées par un long intervalle. Si le vent de la semaine dernière a secoué l'océan comme il l’a fait de mon chassis, il n’est pas étonnant que les bateaux soient en retard. Ce qui me rassure encore, c'est que le Star, qui est expédié chaque jour de Montréal, brille par son absence tout comme la correspondance : donc il n’y a pas de raison de croire que celle-ci ait été sus-

DRE Te PE

pendue par quelque accident fatal. me Jeudi, 22 octobre.—Mier soir, comme je venais de jeter

mon journal à la poste, arrivait celui de Philomène du 5 et 6 :

octobre. Je lui répondis de suite, M. Desrosiers arrive. ‘ Vite, allez souper, vous nous conterez cela.” Ce ne fut pas long à conter ; ils n’ont été que 24 heures à Naples, toujours à la pluie battante. Une course à travers la ville, le musée, l'aquarium, St Janvier, une couple d’églises, Pompéi parcouru sous l’averse, et c’est tout. M. Desrosiers est très content de

pouvoir. dire qu'il a vu Naples, content surtout d’en être

revenu, Il a trouvé ici, au retour, tous les vœux et souhaits

qu’on lui faisait, aux bords de l’Achigan, en la fête de St Placide ; et, des bords du Tibre aux flots dorés, il renvoie à qui de droit ses remerciments chargés de prières, |

Après dîner, au Collège Canadien, Devant deux témoins, j'eus une longue discussion et argumentation à mots couverts avec X., que je prolongeai à dessein, parce que cela me fournissait l’occasion, comme à travers un voile, de résoudre bien des objections, de détruire des préjugés, de rassurer des personnes inquiètes, de laisser entrevoir de bons résultats à obtenir, si seulement on voulait y mettre la main.

Vendredi, 23 octobre.—M. Lamarche passa l’avant-midi ici,. dina avec nous, fuma jusqu’à trois heures, revint après souper :

c'était à laisser croire que nous sommes aimables,

À quatre heures, j’allai, avec M. Desrosiers, à l'imprimerie : deux mémoires sont tirés au clair, à cent exemplaires, et l’impression du troisième est commencé.

Après être entrés Gans quatre églises, dont l’une me rappela uue petite sœur qui a vécu et est morte comme un ange, Ste Julitte, nous revinmes lentement par la rue Nationale, ornée,

pavoisée à profusion, pour voir à loisirle mouvement de la foule compacte, tranquille, paisible, digne et ayant: un cachet de raison et de pondération qui fait plaisir. Vous n'ignorez pas que tout Rome est en fête pour le mariage du Prince de Naples, l'héritier du Royaume d'Italie. Les églises seules, sans décorations extérieures, font contraste sur ce déploiment, de banières, de drapeaux, de lampions et de joie: protestation calme, silencieuse et grandiose contre les injustices commises envers la Papauté. L'esprit italien accepte cela comme allant de soi ; aucunes récriminations, et les prêtres, en grand nombre sur la rue, sont respectés comme auparavant.

Samedi, 24 octobre.—Pluie, Il doit y avoir bien des toilettes de contrariées : : toilettes de princes et de princesses ici

réunis pour les noces royales; toilettes de curieux qui se

pressent sur des estrades élevées tout autour de la place des

Termes pour voir défiler le cortège des nouveaux. époux ;. toilettes de la foule qui encombre les rues. La bénédiction nuptiale se donue à Ste Marie des Anges, l’église de mon goût, où j'ai dit longtemps la messe, à laquelle on a fait, non. sans besoin, un portique pour la circonstance, Je ne vous. donne pas de détails sur toutes ces fêtes, les jcurnaux vous les racontent plus au long. Seulement, je vous envoie, par la même poste, les portraits du Prince héritier et de la Princesse Héléna. J’y ajoute celui de M. Picoche, qui ia laissé, en pattant, de lui ce souyenir avec bien d'autres de tout-à-fait bonne impression.

La Princesse Héléna, 23 ans, brunette, a fait, elle aussi, sur

la population romaine une. impression favorable. Son sort

m'intéresse, d’une manière platonique il est vrai. Elevée loin

des cours bruyantes, au fond d’une petite principauté, grecque

convertie au catholicisme depuis trois jours, étrangère ne parlant pas encore l'italien, la voilà tout-à-coup élevée sur un des trônes les plus en vue du monde entier, avec des perspectives d'avenir brillantes aux yeux de la foule, chargées de problêmes et de mystères aux yeux des hommes qui pensent, Sera-ce une Marie-Antoinette, avec la guillotine en moins ? sera-ce une Marie-Thérèse, à la hauteur de circonstances qui portent dans leurs flancs les solutions les plus importantes ? oui et non, selon que la maison de Savoie, dorénavant, s’efforcera, oui ou non,‘de rentrer dans les voies de la justice et des réparations. Le monde est un combât où luttent conttnuellement l'esprit du bien et du mal. Pour nous, la lutte actuelle est sur le terrain des Ecoles. (C’est par là que je reviens à la réalité, et au Canada.

, Un des évêques du Canada, Mgr Fabre, m’écrivait hier de Paris, et entr’autres choses me disait ; “C’est un fait accompli, la maladie m’a atteint. Une jaunisse que l’on dit bénigne est venu me punir d'avoir persisté pendant un mois à promener un malaise et une absence d’appétit qui auraient dû me faire comprendre mon état, d'autant plus que mon compagnon me demandait de voir un médecin. Je crains que cette avanture me retienne longtemps à Paris.”

Monsigneur, de plus, m’apprend que M. Bourgoin est mort en se faisant extraire une dent sous l’ifluence du chloroforme. C’est plus triste qu’une mort subite par apoplexie ou maladie de cœur. Si jeune, si fort. C’est le cas de dire que les desseins de Dieu sont insondables, Notre vie ne tient qu’à un fil, hélas!

Samedi, 24 octobre. —A. M. J. G. P.— “Mon cher ami, je viens de lire le livre de M. L. O. David. Bien que l’auteur me soit sympatique à cause de ses nombreuses belles qualités,

we

son vos

Dir-oi à Dvens

son travail ne me l'est pas autant. Le commencement est bien, je ne puis admettre les principes du milieu, et la fin renferme plus d’une inexactitude. Evidemment, l'écrivain dépasse le but qu’il s'était proposé. Qui trop embrasse, mal étreint”

Dimanche 25 octobre. —Hier soir, à une heure indue, m’arrivait le journal du 7 et 8, et ensemble du 9, 10, 11, m'annonçant que mes trois premières lettres étaient arrivées en même temps,

Mgr Bégin est entré à Rome hier.

Ce matin, de bonne heure, m’arrivait quelqu'un évidemment pour me pomper. Il ignorait probablement qu'il tombait dans

mon désir, J’ouvris tous les robinets du réservoir, et il partit inondé. ;

Cette après-midi, avee M. Desrosiers, j'allai à la Pension Française rendre sa visite à M. Hurtubise, de Montréal. Il me demanda si j'aimerais à voir M. Tardivel, son compagnon de voyage, le rédacteur de la Vérité, “Certainement” Nous eûmes une longue conversasion, comme entre bons amis qui n'auaient jamais eu ensemble maille à partir. De là, chez le Père Tenaillon, qui était sorti. De là, au Collège Canadien, où, j'allai présenter mon respect à Mgr Bégin. Je passai le reste de l'après-midi avec Mgr Gravel, engagé dans les plus sérieuses et les plus abstraites discussions d’affaires délicates et arides.

Hier soir, M. Desrosiers et moi, après souper, à 74 heures, allâmes à l’illumination qui était superbe, tunnel de lampions, arçeaux de lumières, figure en jets électriques, arches en feu rouge, bleu et vert, mottos frissonnant sous la brise, ciel noir, rues éblouissantes : portés sur les flots de la foule, souvent à l'encontre d'autres vagues humaines qui faisaient conflit, au milieu d’un murmure puissant et calme, nous descendimes len-

tement le courant de la rue Nationale, et revinmes par les rues

du Quirinal et du Vingt-Septembre. A 94 heures, nous ren

trions, pour ne plus y retourner, des noces du Prince.

Lundi, 26 octobre. —Travail, toute l’avant-midi, avec mon secrétaire. M. Payette, ayant demandé à M. Desrosiers de dire à son intention, si possible, une messe à St, Georges, nous allàmes, cet après-midi, examiner les lieux. Chemin faisant, nous entrâmes dans six églises, dont une St Charles in Oatinari, priant pour Saint Charles in Santo Lino, Nous cireulâmes longtemps dans un dédale de ruelles, avant de tomber sur Saint Georges. Il est aussi difficile de découvrir l'église secrète du Patron que les secrets du protégé. | Temple froid, hunnde, sans parures ou richesses aucunes, ouvert au eulte seulement le 23 avril; impossible d’y dire la messe un autre jour, il n’y a pas même d’ornements : c'est ce que nous apprit la gardienne

de céans.

Philomène m'attendait au Ieione avec les nouvelles du 12 et 13 octobre. :

A. M. G. D.--“Mon cher ami, … Vous nêtes pas sans remarquer comme depuis quelque temps certaines personnes changent de position, passent l'arme à gauche, font sans le dire des right about turns. Elles ont beau dire qu’elles sont conséquentes avec elles-mêmes, seule la galerie inattentive peut. le croire, ceux qui ont de l'oeil percent bienle rideau et entrevoient ce qui se passe sur la scène, Il suffit de comparer Y'attitude du présent avec celle d'il y a trois mois. Pour moi, je ne parle pas, personne ne sait ce que je dis ou fais, je marche droit, franc et sans dol, sans peur ni reprochs, Le malheur “est qu’il y en à qui ne savent pas se taire, d’un côté comme de l'autre. Ils sont pris de la maladie de chanter le coq, ou de

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