‹ Dans la ville eternelle pendant que se discutait au Canada la question des écoles du Manitoba. Journal de voyageChapitre 22 sur 76 · PAT · texte numérisé non relu

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“tout, est le but et le tout de notre vie sacerdotale, Avec “lexpression de mes vœux les plus sincères pour votre succès “dans la carrière où vous entrez, veuillez accepter celle du “respect et de la considération avec lesquels je suis de votre “Excellence, Excellentissime Seigneur, le très humble et très “dévoué serviteur.”

Journée passée à la maison, à écrire. Visite de M. le curé de Roberval. Sur la brunante, nous irons faire notre promenade, en allant jeter cette lettre à la poste. Je puis dire comme M. R. le répétait dix fois par jour: “Mon Dieu, j'ai

ty donc de la joie !”

Nous perdons des compagnons de table, M. Picoche, le père du chapelain, M. Carrozzi, qui est venu passer à Rome le temps des fêtes royales. Nous en retrouvons d’autres : M. Pouan, chanoine de Tours, l’auteur de l’histoire des Sœurs de la Présentation, un gros volume que j’ai dans ma bibliothèque ; M, Lefay, chapelain de la maison-mère à Tours. Il est arrivé cette

& nuit, en compagnie de la Mère Générale et de son assistante.

Jeudi, 29 octobre.—M. D, vient passer une partie de l’avantmidi ici. Pour nous, nous passons l'après-midi entière au Coilège Canadien, alors qu’un monsieur nous expose tout au long une situation, ne m’apprenant rien de nouveau quant au fond, mais me précisant dans leur forme actuelle les plans, les desseins et les moyens d'action de toute une diplomatie dernièrement éclose.

Vendredi, 30 octobre. —A onze heures, j’allai faire une longue visite au Quirinal, pas au Palais, mais à l’hôtel, pas chez le roi Humbert, mais chez M. G.

Vers trois heures, nous partimes pour aller rendre visite au Père X.: d'abord grande réserve. Il s’informa de Mgr

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Grandin, (il devait en savoir plus long que moi sur son compte,) des écoles du Manitoba : je parlai librement. Il revint, dans son assiette. La mienne est toujours solide, reposant, je crois, sur une fondatiou de vérité. Je déteste les petits moyens, . les explications boiteuses, les excuses diplomatiques : ma seule diplomatie, si j'en ai une, consiste à me taire et à parler en son temps, mais à parler la vérité, quand je parle, clairement, modérément, tâchant d’en tirer des fruits de bénédiction pour tout le monde, oubliant les fautes du passé, n’ayant en vue que les solutions du présent, et les fruits salutaires de l'avenir. Qui potest capere, capiat. |

Chemin faisant, nous revoyons encore une fois St-Pierre-aux Liens à loisir, et le gros Moïse de Michel-Ange, rayonnant du génie du maître, que je ne puis me lasser d'admirer. Nous descendons dans la prison Mamertine, remplie des souvenirs du chef des apôtres. ÆEn passant au Gesu, pendant que jécoute un prédicateur italien qui parle en gesticulant et en se promenant sur son estrade, M. Desrosiers va chercher chez M. Befani les épreuves de tout le troisième mémoire, que nous corrigeons à la veillée. .

À l’Honorable Juge J. D.—“Mon cher Monsieur, j'ai reçu hier votre lettre du 10 d'octobre. Je vais vous maller, à la première occasion, les images du Bambino que vous me demandez, et vous direz à la bonne Sœur Laurent, la grand’mère à tout le monde, que ce me sera un plaisir de faire cela pour elle, |

“Vous me paraissez préoccupé de la question des écoles, c’est bien naturel. Quand cette lettre vous parviendra, il y aura bien des détails de connus, s’il faut en croire les journaux, Oiseux, dans ce cas là, pour moi de faire des réflexions qu

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seraient de la moutarde après dîner. J’ose espérer que M, Laurier vous obtiendra ou imposera des provisos qui couvriront les besoins essentiels du cas, qui vous donneront tout ce que vous signalez dans votre dernière lettre, et même quelque chose de plus. Cependant j'admets que lon ne connait bien les choses, que quand elles sont arrivées. Vous me dites que vous n’avez pas de nouvelles du voyage de Gustave à St Lin, | € VOICI eus.

“Un autre sujet d'intérêt pour moi est de voir comme l’administration romaine juge les choses de haut, les dépouillant de tous les intérêts transitoires et des passions qui aveuglent. Ce ne sont pas les Cardinaux qui se laisseraient emporter à … défendre la vérité avec une fougue qui nécessairemeñt doit dépasser les limites, qui regarderaient comme absolu ce qui est matière libre, et qui embrouilleraient, les confondant, le nécessaire et l’accidentel. La sagesse est composée de pondération et de prudence, Il importe d'avancer pas par pas, conime une vis entre dans le bois. Les sauts et soubresauts épuisent les forces et désarçonnent le cavalier, La tortue est arrivée avant le cerf, Il ne faut jämais s’exposer à contredire, à courts intervalles, ses paroles par des actes, parce que les actes parlent plus haut que les mots. Après tant de vérités de La Palisse, Je terminerai en disant que, n'ayant plus rien à dire, je me tais. Avec une haute considération, Honorable Monsieur, votre très dévoué serviteur. | : Samedi, 31 octobre.—Je revois mes épreuves, et les porte à l'imprimeur, à qui je paie mes deux premiers mémoires, 833.00, - Nous entrâmes en même temps que le facteur qui m'apportait le journal de Philomène du 16, 17 et 18 d'octobre, une léttre de M. du 18, une d'A. du même jour, une de M. Payette

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du 19, et diverses copies. J’eus envie de prendre sur mon diner pour les parcourir. “Maïs, non, me dis je, il y a bien treize jours qu’elles sont écrites et que je ne les lis pas; je puis encore attendre quelques quarts d'heures, afin d’en goûter

la lecture à loisir.” Bien m'en a pris. Ce nous fat une véri-

table délice de savourer cette longue corresponlanez, pendant

la récréation de digestion, assis les pieds sur une chaise, dégus-

tant en même temps un cigare de deux sous, qui n’en est pas

plus mauvais pour coûter bou marché.

Le temps est cru, le siroco souffle détendant le systême nerveux, il tombe une pluie lente, le ciel bas donne au jour une teinte de nuit. Pour la première fois cette année, j'ai fait faire du feu dans ma cheminée ; j'ai approché ma table de l’âtre flamboyant, j'ai allumé ma chandelle à trois heures de l’aprèsmidi, et, pendant que M. Desrosiers est allé faire nn tour au Collège Canadien, je réponds à ma récente correspondance. Mon Dieu, j'ai t'y donc de la joie ! joie douce et mélancolique.

J’arrête ici mon journal. La vie tranquille que nous menons de ce temps-ci n’est pas féconde en événements. Tant mieux, peut-être dira le lecteur.

À. M. F. K.—“Mon cher ami, j'ai reçu hier soir votre lettre du 20 octobre, dans laquelle vous me dites que “tout le monde s’est rué sur vous à l’occasion de votre départ subit pour Rome, et vous attaque d’une manière brutale sous prétexte de défendre la réligion et l’autorité.” Bien dit, Prétexte, car mon départ ne menace en rien l’autorité, puisque je suis parti avec le plein consentement de l’autorité. La raison est qu'ils croient menacée l'exploitation qu’ils font de la religion. Vous ajoutez : “Je me suis permis de répondre à ceux que j'ai rencontrés qu'il me paraissait de première justice d’at-

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tendre, pour vous juger, que nous connaissions au moins le but de votre voyage.” Parfait. C’est comme cela qu'on raisonne, quand on n’est pas aveuglé par la passion.

“ Vous continuez : “ Je ne puis admettre, leur ai-je dit, que M. Proulx consentirait à renier son passé qui n’est pas sans gloire, et qui a été marqué au coin du dévouement à l’épiscopat pour se jeter, pieds et mains liés, entre les bras d’un chef politique.” Très bien, vous avez eu le mot juste, la réponse vraie, |

“Je me tais, parce qu’il y en a assez qui parlent, Les affaires sérieuses et délicates ne se traitent pas sur la place publique. Le public, accoutumé au reportage des gazettes, semble croire qu’il a droit de connaître le secret des gens. Halte-là.

La discrétion est de premier levier de succès en toute affaire.

Quand on ne peut pas tout dire, on ne dit rien. [El est facile

de supporter une avalanche d’injures, quand on sait que l’avenir està soi. Ona répété sur tous les tons que j'étais, que je serais coulé. On doit commencer à s’apercevoir que cela n’en a pas beaucoup l'air. On ne connaît pas Rome et sa sagesse. Je suis très bien. Merci pour vos bonues prières; car, en effet, comme vous le dites, “les questions auxquelles vous pouvez être mêlées sont excessivement délicates,” j'ajouterai toutà-fait honorables, sacerdotales et salutaires du côté par lequel je les aborde et les touche.—Avec beaucoup d'amitié, votre tout dévoué serviteur.”

Dimanche, 1 novembre.—Pluie presque toute la journée, pas moyen de nous rendre au cimetière où nous nous proposions d’aller faire un tour ce soir pour y voir illuminées toutes les tombes, spectacle féérique, mélancolique et touchant.

Nous nous en consolâmes en passant l'après-midi au Collège

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Canadien, 5 heures durant, en conversation avec Mer Gravel

et Mgr Labrecque, M. le Grand Vicaïire Thibaudier, M. le cha-

noïine Archambault, M. Rouleau, principal à l'Ecole Normale

de Québec, M, Lizotte, curé de Roberval, etc.

À. M. G, D.—“J'ai l'honneur de répondre à votre lettre en.

date du 17 d'octobre, Vous y tirez une belle trade sur le terre à terre de certains journaux. En effet, ce serait à désespérer de l’avenir de notre race, si Dieu ne nous avait toujours jusqu'ici sauvés malgré nous. Le secret de cette protection n’est pas dans la finesse de nos finots qui gâtent tout, mais dans la foi des bonnes femmes et de nos familles patriarchales, Si nous pouvons conserver vivace la piété de nos populations, il n’y à pas lieu de désespérer.

Lundi, 2 novembre.—Je réponds à cinq lettres. M.

Dupuis vient nous voir, jasette devant la cheminée pétillante,

Après diner, M. D. passe ici une heure et quart. Je vais corriger la mise en page du troisième mémoire. Nous rentrons à la pluie. Peu d'événements. Nous menons, à deux, une

vie de famille on ne peut plus paisible, Au moment que je

vous écris, assis d’un côté de la table, M. Desrosiers, de l’autre côté, revoit les gazettes pour en découper les articles que j'y ai marqués ; la lampe trône au milieu, entre nous d’eux. Le feu de la cheminée brûle en amortissant, une douce chaleur remplit l'appartement qui n’est pas clair comme la salle de devant, au presbytère de St Lin, avec ses cinq ou six lampes ; dans le coin se dessine mon lit blanc, dans un mystère de pénombre ; c’est à peine si jy distingue le guéridon surmonté de la chandelle qui chaque soir, à onze heures, minuit, ou plus tard, éclaire la lecture, chargée de faire descendre sur mes paupières les pavots du sommeil.

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