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digne d’être élevé ce que l’histoire registre de ce très renommé Prélat { Giudice Caracciolo )} Lui chanoine dans la métropolitaine, très savant en lois, devint très cher au premier roi Charles
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an
‘ d'Anjou, qui le distingua avec la charge de son familier et con-
en
‘ seiller intime d'état. Il fut de ce Roi-là envoyé orateur au Pape “en Viterbe en rt71, et depuis en Florence à la République de ‘“ Pise. Ascendu au trône archiépiscopal de Naples, et survenue “ dans le même temps la mort de roi Charles I d'Anjou et la capti-
‘ vité de Charles IT, son fils, il intervint avec les premiers Seigneurs ‘ du Royaume dans le célèbre Parlement de Melñ, où beauzoup de À capitres s'établirent pour le bon gouvernement du Royaume ‘ En achevant cette relation il est utile de faire relever que de ‘ incontestable célébrité de la chapelle Minutolo pour le mérite “ de tant d'œuvres artistiques, et d’anciennes peintures historiques, “;l y a en grand nombre des écrivains de tous les temps aussi “ italiens que étrangers, comme on peut les voir soit du discours ‘ historique. de Sersale, soit de la relation du Celano, avec les “ additions y faites par Jean-Baptiste Chiarini en 1856. — Naples, ‘ 30 mai 1894. ”
A 3 heures, départ pour Rome. Je lis deux heurës, je pense trois heures, de 5 à 8 : car, que faire autre chose que penser dans un compartiment, faiblement éclairé au plafond par une lampe qui ne donne guère plus de lumière qu’une veilleuse.
‘ A 84 heures par une pluie battante, j'entre à la Milazzo recu à la porte par la supérieure et son chapelain. Bou feu dans la cheminé, contentement au cœur, joyeuses conversations sur les lèvres. Huit lettres m’attendaient : trois de P., journal du 16 au 22 novembre avec le quatrième fascicule du voyage de Californie, une de sœur S., une de mademoiselle H., une de M. Payette, deux de M. Dugas : régal de bonues nouvelles qui me servit de réveillon, comme la veillée devait se prolonger jusqu’à onze heures et demie. Bon soir !
Les fruits verts
Lundi, 7 décembre. — Lecture des journaux arrivés ici pendant mon absence jusqu’à dix heures, alors que, avec M. Desrosiers, je me rends chez M. Drolet. De là, M. Desrosiers porte chez le relieur mes livres de sainte Philomène, apportés de Mugnano, que je fais relier en quatre volumes, pendant que, en compagnie de M. Drolet, je me rends à l’ambassade anglaise,
Après dîner, alors que M. Desrosiers, en bon romain, (car on n’est pas pour rien chapelain dans la Ville Eternelle, sur le Viminal, près des Esquilies, en vue du Vatican) en bon romain, prenait sa stesta, le facteur me fit demander au parloir et me remit, enregistrée, cachetée sur toutes les coutures, une lettre TOSSE ........ de Choses.
M. Desrosiers revient’ à sa connaissance, et à ma chambre. Il savait que le facteur devait venir, comme il s’était présenté avant-midi durant mon absence, et avait dit qu’il reviendrait vers deux heures. ‘“ Votre lettre n’est pas arrivée ? ” Je ne voulais pas interrompre par une distraction qui aurait pu être longue mon travail, ni le sien, je répondis : “ A deux heures, pas de facteur. ” En effet, il était venu à trois heures. “ Qu’allez-vous faire, s’il ne vient pas ? — Si je n’ai pas ma lettre ce
soir, j'irai la chercher demain. ” Puis nous remîmes la main à
la plume, le nez sur le papier, et griche, griche pendant deux
heures, sans qu’il se doutât que la lettre attendue gissait éven-
trée dans le tiroir de la commode. Après souper, j’expliquai cet-
te réticence. Voilà bien des lignes pour dire peu de choses. Much ado for nothing. Mais la conversation n'est-elle pas com-
Le
posée de riens? paillettes d’or dans le sable, grains de blé dans le son, étincelle dans les veines du caillou, électricité dans la motte de charbon de terre.
À M.J. @. P.—“Mon cher ami... Les gazettes viennent de nous apporter la bonne nouvelle de l’heureuse traversée de Mer Fabre, et de lagrande amélioration produite dans l'état de sa santé. Si elles peuvent ne pas nous tromper ! ma foi diminue, de jour. en jour dans la véracité de leurs informations. Ceci ne s'adressent pas à toutes les gazett?s, mais malheureusement à un trop grand nombre, Quoiqu’elles en disent, mes affaires sont bonnes, ma position inattaquable, ma . ligne de conduite droite, mon petit canot glissant sur l’eau si doucement que personne n’en entend le bruit, si bien qu’à la fin ceux qui ont la vue courte se disent entr'eux : il n’y a pas de canot... Es
M. G. D. — “ Mon cher ami, j'ai été absent cinq jours du côté de Naples, etc; en rentrant à la Milazzo, je trouve vos deux lettres, celle du 20 et celle du 23 de novembre dernier.
D’écoles séparées, après les deux jugements du Conseil Privé il n’y avait pas à y penser, du moins quant à la juridiction ( absolue et incontestable ) qu ’aurait le gouvernement d'Ottawa pour les rétablir : la loi Greenway avait été déclarée intra
vires.
Seulement, d’après ces jugements, le gouverneur général en conseil avait le ‘droit de supplémenter ( ou autre chose semblable } la loi scolaire du Manitoba, de manière à réparer les griefs
des Catholiques à qui on avait enlevé des privilèges reconnus depuis 1870.
Le règlement actuel est-il le meilleur que l’on pourrait désirer en principe ? Aucun catholique ne répondra oui.
En pratique, étant données les circonstances, est-il acceptatable ? oui, répondront un très grand nombre. Ils penseront qu’il apportera une grande amélioration à la situation pénible du moment pour les Catholiques du Manitoba, et qu’il pourra servir de base pour des améliorations futures, Accepter, avec entente de revenir à la charge, quand les passions seront calmées.
Si on n’accepte pas, que va-t-il advenir ? Konder des écoles paroissiales ? pourra-t-on les soutenir longtemps ? Renverser le gouvernement actuel ? le pourra-t-on ? Supposé qu’on y réussisse, aura-t-on mieux du gouvernement qui lui succèdera ?
Est-il permis de trouver ce règlement insuffisant, et de l’opposer ? mais sans doute, les libertés sont libres ; et si, dans cette opposition, on se fait du bien, tant mieux ; sion se fait du mal, tant pis.
Les évêques peuvent-ils l’opposer, même au nom de la grande influence qui s'attache à leur caractère et à leur haute position sociale ? Personne ne le niera in se. (C’est affaire de prudence, de sagesse, d'opportunité : en résultera-t-il du bien ?
Doivent-ils, dans la circonstance, l’opposer au nom de la conscience, du péché grave, de la damnation éternelle 2... trois petits points.
Mon Dieu, donnez-nous votre esprit de conseil, de modération et de force. Votre ami dévoué.”
Mardi, 8 décembre, — Immaculée Conception, grande fête.
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LA SEX EEE 2 AT Lans
Nous avions projeté une promenade, les imprévus en ont décidé autrement et ont fait que ce fût une de nos jouruées les plus occupées à la maison.
Je rentrai de ma promenade avec dix livres nouveaux, bien reliés, “ Le voyage d’Anacharsis en Grèce ? et le “ Roland Furieux d’Arioste ”, 3 francs.
Nous avons reçu une bien mauvaise nouvelle. Un télégramme arrivait ce matin à Rome de Montréal: “ Mgr Fabre, en danger, demande bénédiction papale. ” Le Pape l’a accordée de suite, et de suite le cable l’a fait savoir au Canada. Je ne puis pas dire que j'ai été pris par surprise, mais nous nous plasiions à espérer, et les derniers journaux reçus nous confirmaient dans nos espérances. Nous aimons à compter sur la forte constitution de Monseigneur l’Archevêque, et surtout sur les nombreuses prières qui doivent se faire pour le rétablissement de sa santé. Je regrette qu’il ne se soit pas rendu jusqu’à Rome. Le voyage aurait été moins fatiguant de Paris ici que n’a dû l'être la traversée; il aurait trouvé à la Milazzo Les soins qui ont ramené Mgr Larocque, Le voyage sur mer, par le détroit de Gibraltar, se serait fait dans une latitude plus douce. De ce côté-là, je n’ai pas à me faire le reproche d’avoir caché ma pensée. Dieu en a décidé autrement, ses desseins sont insondables. C’est peut-être mieux que d’autres conseils aient triomphé. S’il eut fallu que les miens prévalussent, et qu’un danger fût survenu à Rome, j'aurais porté une bien grande responsabilité. Nous ne pouvons nous faire à l’idée qu’il n’y à plus d'espoir. Que se passe-t-il à lheuré qu’il est ? Quand cette lettre vous parviendra, quel changement se sera produit ? Sera-ce pour le pire ou pour le mieux ? L'inquiétude est chose
eruelle. Nous n'avons qu’un recours à cette distance, la prière,
prière que nous avons tâché de faire fervente à la bénédiction du Saint Sacrement que M. Desrosiers vient de chanter.
Salvum fac, Domine, servum tuum.
Mercredi, 9 décembre, — A 10 heures, nous entrions au Quirinal pour en sortir à trois, ayant dîné là, traités au Falerne. Petite visite au Supérieur du Collège Canadien, où il fut question exclusivement de la maladie de Mgr Fabre, la grande, la seule, la triste nouvelle qui inquiète le Canada de Rome.
En entrant, je trouve sur la table le journal du 23 et 24 novembre ; hier soir arrivait celui du 25 et 26. C’est la première fois que la poste cette année m’a joué ce tour de transposition ; encore est-ce celle de Rome, car évidemment les deux enveloppes ont fait la traversée ensemble.
Le reste de l'après-midi se passe: pour moi à parcourir 25 gazettes accumulées depuis mon départ pour Mugnano, et pour M. Desrosiers à ÿ découper les articles indiqués. Je m'amuse à voir les avancés contradictoires ou inexacts des journaux à mon endroit, L'un dit “ qu'ayant fait fiasco, j'ai cependant obtenu que le Vatican reste neutre. ” Drôle de fiasco tout de même. Un autre annonce le 25 de novembre “ qu'ayant secoué la poussière de mes sandales, j'ai quitté la ville aux Sept Collines, ” Cependant, quinze jours après, j'ignore moi-même quand j'en partirai, Pauvres lecteurs, comme vous êtes bien informés ! Quand je vois dans un journal un article qui n’est pas signé d’un nom responsable, je sus porté de suite à me demander : est-ce bien vrai ? La connaissance de la politique que poursuit le journal, m’aide plus dans ce cas-là à arriver À la vérité q'e les lignes que je Jiss Combien, chaque jour,
boivent tout ce qu’on leur sert, indistinctement, eau claire,
eau troublée, couleuvres et lézards. Et pourtant trompés toujours, toujours ils ne se fatiguent point de croire aveuglement,
Jeudi, 10 décembre. — Journée de pluie et d'écriture, du matin au soir, Une seule sortie, à la poste pour faire enregistrer une lettre pour un gros bonnet. Le jeune Prendergast vint veiller. M. Desrosiers d’abord, moi ensuite, nous lûmes d’un trait le quatrième fascicule de Ualifornie, la description de la mer et celle d'Oakland frappèrent tout particulièrement le
jeune canadien.
Vendredi, 11 décembre. — Grande journée d'écriture à deux. Il fait beau, nous sortons pour notre promenade. Pendant que M. Desrosiers est allé à la Banque, j’examine les livres dans un magasin de bouquins. Comme un ivrogne incorrigible, il me faut de temps en temps faire un excès, une fête de vieux livres, ce qui pour moi vaut mieux que le vieux cognac. Résultat de l'examen, 52 volumes in-12, reliés en fort cuir, pour le prix de $3 60, c’est-à-dire 5 centins le volume. M Desrosiers est content de lui. Après qu’il fut arriver de chez son banquier, il m’aida à fouiller ce fouillis ; tout en travaillant pour moi, il ne s’oubliait pas. 11 me subtilisa deux volumes, en cachette, Sous prétexte que nous achetions beaucoup, il se fit donner pour 5 cents “Rome et Lorette” de Louis Veuillot, et un choix des comédies de Molière, que je n’aurais pas dédaigné. Je ne puis lui eu vouloir, ayant eu pour 18 francs une valeur réelle d'au moins $80.00. Ah! si j'avais le temps et si j'avais de l’argent, quelle belle bibliothèque je pourrais me monter, Heureusement peut-être que temps et argent me manquent, le presbytère de St-Lin deviendrait trop petit.
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Samedi, 12 décembre, — Journée d’éternelles écritures. Visite de M. D. Arrivée de P. du 27, 28 et 29 de novembre, en compagnie de la lettre anglaise de Portland, sans compter le Dr Leclaire, et M. Dugas en double,
Promenade, dont le but réel était de prendre l'air et de nous redresser les reins courbés du matin au soir sur notre table, dont le but apparent était d’aller chez le relieur chercher les livres de Sainte Philomène : ils seront un ornement pour la bibliothèque du petit bureau. Voulant nous en revenir par un chemin nouveau, nous traversâmes les murs de la ville sans nous en apercevoir, et nous nous enfonçâmes dans les faubourgs du côté de Sainte Agnès, ce qui nous valut une marche d'au moins une lieue et demie, En entrant, il faisait bon pour moi de me jeter dans mon fauteuil, auprès du feu, avant de reprendre la plume, cette plume fatiguée, qui ne fait plus que tracer des caractères hyéroglyphiques. (Celle de M. Desrosiers tient bon, et continue à courir comme les premiers jours. Aussi la sienne n’a que vingt sept ans, la mienne passe la cinquantaine. Poursuivie par Astaroth, elle a attrapé bien des coups dans sa vie : elle a été cassée, épointée, ébréchée, heureuse encore, grâce à la vigueur de son acier, de n'avoir pas été décollée en maints violents accidents.
Dimanche, 13 Décembre.—FPluie, tristesse écritures sempiternelles, chambre gardée tout le jour, J’ai suspendu le mémoire, pour satisfaire aux devoirs journaliers de la vie et aux exigeances de ma correspondance. J’ai écrit, bien comptées, douze lettres à part ce journal : après quoi, j'ai décidé de me reposer jusqu’au soir, soir qui n’est pas loin.
Bien chanceux, après tout, de pouvoir travailler, Le travail
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vaut mieux que la maladie. Celle de Mgr Fabre nous inquiète, nous en parlons dix fois par jour. Les nouvelles viennent trop lentement, à notre goût. Nous n'avons les journaux que du ler de décembre, lesquels ne sont pas alarmants ; mais nous savons que, le 7, on a télégraphié qu’il y avait danger. Et depuis ?.… et quand vous arrivera cette lettre 2... O Dieu, maître de la vie et de la mort, conservez nous encore quelque temps au moins, dans ces jours difficiles, celui dont la conduite s’inspirait de votre sagesse et de votre conseil.
A M. G. D.—“Mon cher ami, vos deux lettres du 26 et du 29 novembre dernier sont arrivées en même temps : ce sont, ni plus ni moins, deux pages de philosophie historique, C’est bien dommage que ceux qui pensent ne soient pas toujours en position de faire passer leurs pensées dans les faits. Que voulez-vous ? les choses de ce monde sont de leur nature incomplètes. N'importe, pensez, parlez, il en restera toujours quelque chose. |
On s’emballe avec des riens. Il ne s’agit pas d'approuver ée qui n’est pas une justice complète, mais bien de voir si, dans les circonstances, il est mieux de l’accepter, avec modification, sous toute réserve. Pas plus malin que cela. Avonsnous gagné en une même année, dans la Province de Québec, toutes nos libertés civiles et religieuses ? nous les avons juxtaposées, successivement, pièce à pièce. On peut très bien protester, puis donner fuir play, attendant de meilleurs jours pour reprendre le terrain perdu. Pour croire que l'on peut rétablir actuellement au Manitoba les écoles séparées d'avant 1890, c'est ne pas connaître l'opinion publique, ni dans Ontario, où L'on est surrexcité, ni dans Québec où l’on est fatigué.
Entreprendre cette campagne, c’est marcher à une défaite
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Et puis. le bec à l'eau. Excusez, c’est la douzième lettre que j'écris aujourd’hui. Je suis plongé dans un grand, grand
mémoire. Votre tout dévoué.
Deuxième lettre aux paroissiens de Saint-Lin
13, via Milazzo, Rome, 13 décembre 1896.
MEs cHERs FRÈRES, |
Je pensais pouvoir retourner plus tôt au milieu de vous, voilà la raison de mon long silence. Mais comme je vois que le devoir va me retenir encore quelque temps dans la Ville Eternelle, je ne veux pas laisser passer cette circonstance solennelle du nouvel an sans vous écrire quelques mots...
Je suis loin de vous, mais je pense à vous, il ne se passe pas de jour que je ne prie pour vous dans quelqu'un de ces nombreux sanctuaires que renferme la ville des Papes, et que j'ai le plaisir de revoir en compagnie d’un ami fidèle, d’un prêtre qui vous est bien dévoué, M. Placide Desrosiers, ancien vicaire de Saint-Lin. Je suis loin de vous, mais je sais ce qui se passe au milieu de vous. Je sais que les exercices des Quarante- Heures ont été suivis avec beaucoup de piété, que les cérémonies y ont été aussi belles que d'habitude, qu’il s’y est fait 2,550 communions, que des hommes de bonne volonté ont passé en grand nombre la nuit devant le Saint-Sacrement. Je sais{que durant le mois de novembre vous n’avez pas oublié
vos défunts, et que les quêtes de la Toussaint, étant donnée la rareté de l’argent cet automne, ont été très généreuses. Que Dieu vous rende votre charité.
A propos de charité, vous avez dans votre village une maison de bénédiction, la maison des pauvres, que vous avez soutenue jusqu'ici libéralement, et personne n’en a été appauvri. Je ne doute pas que vous soyez prêts à lui continuer votre protection, et que vous saurez répondre dans la mesure de vos moyens aux appels que l’on pourrait vous faire en sa faveur. Je n'ai pas oublié le spectacle touchant que nous donnait l'hiver dernier une côte toute entière, dont chaque habitant apportait un voyage de bois aux pauvres de Jésus-Christ. Pourquoi une autre côte cette année ne suivrait-elle pas cet exemple ?
Vous écrivant, je ne puis pas ne pas vous mettre en garde, encore une fois, contre les rumeurs insensées que répandent à mon endroit des personnes mal informées ou pas informées du tout, Leurs nombreuses contradictions, du jour au lendemain, ont dû vous apprendre quel dégré de foi vous devez ajouter à leurs informations. Je ne suis pas dans l'habitude d’aller conter mes secrets à tout venant. Ma vie ne m'appartient pas, elle n'appartient à aucun intérêt humain; je lai consacrée au service de la vérité, et non des hommes quels qu’ils soient, au service de la pure doctrine épiscopale, la source de notre foi catholique, le soutient de la nation. Avec la grâce de Dieu, rien ne se fera dévier de ma voie, ni les insinuations, ni les mauvaises interprétations, ni les insultes ; au contraire, elles ont pour résultat de m'encourager, parce que je sais que sur cette terre de misère les œuvres de Dieu se font toujours
au milieu des difficultés. Je respecte mes supérieurs ecclésias-
tiques et je les aime ; je vous souhaite à tous le même respect pour votre curé que votre curé a pour son évêque, ni plus ni
moins.
Notre évêque, Dieu l’éprouve grandement dans sa santé.
Prions pour lui. Demandons au Seigneur qu'il nous conserve encore longtemps cette homme de bonté, d'humilité, de prière et de foi, afin qu’il puisse continuer et parfaire les œuvres qu’il a commencées, et poursuivies par sa plus grande gloire.
C’est une pieuse coutume de notre pays que, au jour de l'an, le père les mains levées au ciel bénisse sa famille agenouillée. Une paroisse est une grande famille, dont le curé est le père, et les paroissiens les nombreux enfants. Donc, avec bonheur, dans toute l’effusion de mon âme, je vous bénis, vous, vos enfants, vos biens, vos projets, vos espérances. Si, dans l’accomplissement de ce que je croyais être mon devoir, j'ai fait de la peine à quelqu'un, qu'il soit persuadé que je n'en ai pas eu le dessein ; si d’un autre côté quelques-uns (et ceux-là seraient bien peu nombreux) avaient eu l'intention de me peiner, je leur pardonne, je les bénis doublement. Qu'ils s'éloignent de leurs têtes ces malheurs, ces revers de fortune, ces insuccès qui poursuivent généralement en ce monde ceux qui ne respectent pas leur père : “Père et mère tu honoreras afin de vivre longuement.” Que la bénédiction du Pére, que l'amour du Fils et que la grâce du Saint-Esprit descendent sur vous tous, et y demeurent éternellement,
Les Fruits Mürs.
Lundi, 14 décembre.—Avant-midi d’écritures. Après-midi nous partons ensemble ; puis, nous séparant, M. Desrosiers se dirige vers St-Pierre, j'arrête à l'hôtel du Quirinal. Avec M. Drolet, je me rends au Palais Corsini, où un jeune peintre canadien, M. St-Charles, copie pour lui une madone de Dulci ; de là, à Montorio pour voir la caserne que le colonel habita lorsqu'il était zouave ; de là, au sommet du Janicule où trône la statue de Garibaldi regardant avec audace ce Vatican qui a résisté à ses coups ; de là, au Quirinal où je laisse le chevalier de St-Grégoire ; de là, à la Milazzo, où je trouve M. Desrosiers à écrire. Je fais de même jusqu’au souper.
Le Monde, du 28 novembre, dit que je dois rester à Rome jusqu’au mois d'avril. Il a bien changé d'opinion en peu de jours. Le 26, d’après lui, j'avais secoué la poussière de mes
sandales sur la ville aux Sept-Collines, et, disait-il, c'était mauvais signe. Maintenant, toujours d’après lui, que jen ai ici pour jusqu’au printemps, est-ce bon signe ? Non, pas du tout. Sicest noir, mauvais signe ; si c’est blanc, mauvais signe, Pauvres lecteurs, si vous êtes obligés de penser comme votie journal, je vous plains. Allons donc, messieurs, avouez que vous ne savez rien.
Mardi, 15 décembre.-—Hier soir, après souper, M. Prendergast vint veiller. M. Desrosiers me dit : “Contez-nous un conte. Je contai Jean de Calais, 25 minutes. M. Prendergast ajouta : “C’est trop intéressant, contez-en un autre.”
Je contai Parle, mon ami Parle, 25 minutes. “Encore un,
encore un.” Je contai Pofotoum, Pototoum, mais si long que le sommeil descendit sur tous les yeux, et nous nous séparâmes de guerre lasse, :
Avant-midi, écritures. Aprèés-diner, nous primes le chemin du Campo Verano, une demie-heure ; nous fimes le tour de la Cortile seulement, jetant un coup d'œil sur ces chefs d'œuvre de goût, de tristesse et de graves pensées, une demie heure :;
nous revinmes, une demie-heure : presque tout le temps en
silence. Je crois que nous faisions la même méditation. Où:
sont ceux qui nous ont devancés ? Pour moi, plus de père, plus de mère, aucun de ceux qui étaient l’objet de mes affections d'enfance et de jeunesse, Tous au cimetière. Partout l'isolement, l'indifférence, des attaches sans racines, des connaissances de passage, des relations d'intérêt, des rencontres de hasard. Heureusement qu’il me reste Saint Lin, petit coin où repousse la survivance des souveuirs enterrés, et se fortifient des liens qui rattachent à la vie,
M. Desrosiers entre dans ma chambre avant moi. Il met sur la table une vieille enveloppe de P. Comme j'ouvre la porte, il s’écrie : “des nouvelles, des nouvelles.” Il disait la vérité sans le savoir. Tmaginez- vous que M. Martel du 27 novembre, toujours humble, toujours sans bruit, s’était si bien blotti dans le coin de cette enveloppe, jetée au panier, qu'il était passé inappereu samedi dernier, Le voilà au grand jour, nous lui faisons fête. Il nous parle de Ste-Sophie, etc., etc. Je terminai par cette réflexion : “Allez dire maintenant qu'il n'y à pas de Providence ! — Oui, continue mon compagnon, une Providence qui s'occupe jusque des petites choses, des petites personnes, des petites pipes, des petites lettres.”
Nous reprimes la plume pour ne la quitter qu’au souper, et,
dat
après souper, jusqu’à 10 heures de nuit.
Mercredi, 16 décembre.—Ce matin à 4 heures debout, à l'ouvrage, à la plume. Après messe et déjeûner, plume jusqu’au dîner. Cependant, comme les travailleurs au champ,
- nous fumons une pipe de temps en temps ; c’esi ce que nous faisions, lorsqu’entra Philomène, du 30 novembre au 4 décembre, suivie de M. Dugas et de M. Payette : distraction qui remit notre main fatiguée et nos esprits tendus.
À 3 heures, avec un ami, chez Befani : “Combien pour un mémoire grand format de 150 pages, tant de copies, livrable au jour de l’an.—C’est bien vite, il n’y a plus que quatorze jours,
y compris plusieurs fêtes.—I1 me le faut.—Tel prix.—Trop
* cher.—Tel prix.—Trop cher.—Combien voulez-vous donner. —
150 piastres.—C’est bon.—Voici quarante pages de copie. Demain à 4 heures, je viendrai corriger les épreuves, et chaque jour la même heure me trouvera à votre bureau.” (Ça promet deux semaines on ne peut plus occupées, et une fête de Noël sans loisir.
* En entrant, je trouve au salon Mademoiselle Martin-Perret, “Nous sommes déjà venus vous voir deux fois. Comment est cette chère mademoiselle Legault ?” Je lui lus une de ses lettres. Elle ne tarissait pas d’éloges sur son compte. M. Desrosiers vint nous trouver. Parle, parle, sur les Montagnes Rocheuses, sur la mer, sur mon épaule luxée, sur ceci, sur cela, une heure se passe, Elle me quitte vingt minutes avant souper, juste à temps pour me permettre de finir cette page et vous dire bonjour avant l’henre de la malle.
Jeudi, 17 décembre, —Je me lève, ou plutôt je ne me lève pas, avec un mal de gorge, conséquence de mon ex-
cursion au Janicule, lundi, au grand air, trop légèrement ha-
tt |
billé, Je ne sortirai pas de la journée.
M. Desrosiers veut bien faire mes commissions : avantmidi, à l'Hotel du Quirinal ; après-midi chez Befani, d’où il rapporte les premières épreuves du grand mémoire en éclo-
sion. Nous les corrigeons ensemble,
Tout de même, j'ai pu faire encore une assez bonne journée d'écriture. Mr Tarnassi est venu me faire visite, il part demain à neuf heures pour La Haye. M, D, vint faire son tour, M. Desrosiers est allé au salon, et je me suis fait excuser, en-
terré que je suis dans l'ouvrage.
Hier soir, M. Prendergast vint veiller pour avoir un conte, Je lui contai d'abord l’histoire de Baptiste Surprenant : “Je parle ben, moé, hein ?” puis le conte de Jacob. Nous redevenons enfants. Les hommes sont de grands enfants, il n° y a de véritables grands hommes que les saints, parce qu'ils échappent en grande partie à la petitesse des mortels pour se rattacher à la grandeur du Dieu immortel,
A M. G. D. — “ Mon cher ami, reçu votre lettre du 2 de décembre, hier, et plusieurs découpures, dont une probablement de vous sur le bavardage des gazettes. Exemple : M. Proulx a secoué la poussière de ses sandales sur les Sept Collines et est parti de Rome, mauvais signe, ( Le Monde du 26 de novembre ). M. Proulx ne reviendra pas avant le mois d'avril, mauvais signe (Le Monde du 28 novembre ). Quoiqu'il arrive, toujours mauvais signe.”
A M.J. G. P.— “Mon cher ami. J'ai reçu hier votre
IE AUS PE D ce vos »
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de. !
lettre du 4 de décembre. Je vous remercie des détails que vous m'avez donnés sur la maladie de Mgr Fabre. Vous comprenez jusqu’à quel point nous sommes anxieux, nous n'avons rien appris depuis le 8 du courant, qu'arrivait un télégramme demandant une bénédiction papale pour Monseigneur en danger. Nous espérons toujours, je ne puis me faire à l'idée de le voir disparaître de la scène. Ce serait un grand vide dans mon existence, ajouté à d’autres vides. Ainsi Dieu nous prépare ‘
au départ
Vendredi, 18 novembre. — Journée de pluie, Mon rhume m'empêche de sortir. J'écris toute la journée. M. Desrosiers va porter des épreuves le matin, et en chercher le soir. M. D. vient faire une visite. M. Prendergast veille avec nous: je
conte “ L'enfant Perdu. ”
Samedi, 19 décembre. — Journée qui ressemble à celle d'hier comme une goutte d’eau à une goutte d’eau: pluie, écritures, rhume, deux sorties de M. Desrosiers, M. D. et M. Prendergast. Je reçois une visite de Philomène du 4, 5 et 6 décembre, de mademoiselle Harvey du 6, de M. Payette, de M.
Dugas et du juge Dubuc. C’est short, est-ce swveet ? Dimanche, 20 décembre. — Proverbe :
Qui veut être pratique
Ménage sa bourrique.
La mienne ne fera rien aujourd’hui, au balai le mémoire ; lais-
sons reposer le cerveau en travail continuel depuis douze jours,
RATOUEE
et livrons-nous à la paresse, à la prière et à l’amitié.
Je commence par la paresse. Comme la Mère supérieure m'avait demandé de ne dire la messe qu’à 8 heures, pour la commodité des sœurs qui ne peuvent assister à la messe de communauté, je dormis jusqu’à sept.
Continuous par la prière, Après mon déjeuner, je dis à M. Desrosiers : “ Allons à la grand’messe à l’église des Allemands,
là où l’on chante si bien le plain-chant, où je pris l’idée de faire
chanter à Saïint-Lin tout le peuple aux offices. ” A 10 heures, nous entrions à Sancta Maria de l’Anima. Un prêtre prêchait dans la langue de Goëthe. Je me plaçai derrière une colonne, et je lus et digérai une méditation sur la “ Vie du Juste. ” Voici les pensées qui m’en restent.
“ Le juste vit en Jésus-Christ. Vivre en Jésus, c’est une vie de foi. C’est croire en sa sagesse, en sa bonté, et s’y reposer, C’est ne se point troubler, car la protection qui couvre le juste est toute-puissante ; ne point se laisser ébranler, car on est appuyé sur un roc immuable. (C’est dormir dans les bras paternels de Dieu au sein de la tempête ; être tranquille et serein au fort de la persécution. Foin d’Astaroth ! C’est travailler pour Dieu, sous sa bénédiction ; c’est se laisser conduire par lui dans les entreprises, les voyages et la grande traversée de la terre au ciel. C’est le faire entrer dans no3 joies ; c’est souffrir avec résignation, avec allégresse pour sa gloire. (C’est ne former de desseins qu'avec lui et pour lui C’est vivre pour ses intérêts, Puisque les nôtres sont les siens, qu'il nous porte en nos faiblesses, qu’il prévient nos désirs, qu'il nous couvre de sa protection et prend de nous un soin jaloux, que pourrions-nous faire de mieux ? Le juste se livre à Jésus, et à nul autre avec son corps et ses membres, son
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