‹ Dans la ville eternelle pendant que se discutait au Canada la question des écoles du Manitoba. Journal de voyageChapitre 69 sur 76 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Troisième lettre aux paroissiens de Saint-Lin

Saint-Lin, 24 janvier 1897.

Mes CHERS FRÈRES,

Je vous lis ces quelques mots, tels que écrits sur ce papier, parce que je sais que depuis quelques mois mes paroles sont épiées, et trop souvent travesties,

Mon voyage a été on ne peut plus heureux. Je vous remercie des bonnes prières que vous avez faites à mon intention. Croyez que je ne vous ai pas oubliés dans les pieux sanctuaires que j'ai visités.

Je vous avertis, pour une troisième fois, de ne rien croire aux rumeurs diverses, contradictoires, qui curculent à propos de ce que je serais allé faire à Rome. Personne ne le sait, que les premiers intéressés. Je vous félicite de ne vous être pas laissés ébranler en général par ces souffles de vertige qui passent, d’avoir gardé à votre curé que vous connaissez votre confiance illimitée, et de n’avoir pas douté, en ces conjonctures difficiles, de sa prudence et de sa moilération : modération et prudence que je veux pousser jusqu'à leur extrême limite ;

c’est pourquoi ne soyez pas surpris si, d'ici à quelque temps,

je ne parle pas volontiers de ces choses, afin d’être plus libre, et de ne pas prêter flanc à des interprétations qui ne seraient pas exactes. Du reste, les événements parleront pour moi assez haut,

Dans ces conditions, de la plupart de ces rumeurs, je ne m'occupe guère. Je n’en relèverai qu’une seule, parce que, si elle était crue, elle pourrait porter scandale dans ma paroisse, que je tiens avant tout à édifier,

Depuis que le vénéré et regretté archevêque de Montréal, Mer Edouard Charles Fabre, est descendu dans le silence du tombeau, (on ne l'aurait pas fait impunément, s’il pouvait encore parler ) on a dit en certains quartiers, comme en secret, comme à voix basse, que j'étais allé à Rome contre la volonté de mon supérieur. C’est le contraire qui est vrai. Au reste, pour s’en convaincre, sans autre preuve, il suffit d’un peu de réflexion ; il suffit de savoir qu’un prêtre, surtout un curé qui est à la tête d’une paroisse considérable, ne peut s’absenter du diocèse sans la permission de son évêque. Or le mien, évidemment pour tous, non seulement m’a donné cette permission, mais, pour faciliter mon voyage, m'a nommé un desservant, et m'a donné un vicaire supplémentaire. J’ajouterai, pour aujourd’hui, que pendant mon absence j'ai tenu une correspondance suivie avec mon archevêque ; il m’a écrit, de son côté,

plus d’une lettre ; je les ai toutes par devers moi. Dans ces.

lettres, ou par quelque autre voie que ce soit, ni directement, ni indirectement, ni par volonté, ni par le moindre désir, il ne

m'a fait connaître que ses intentions étaient changées sur ce.

qui avait été arrêté entre nous avant mon départ au sujet de ce voyage. Donc, rumeur aussi peu bienveillante que peu vraie.

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