‹ Dans le camp ennemi [microforme]Chapitre 22 sur 22 · DANS LE CAMP EMMEMI · texte numérisé non relu

DANS LE CAMP EMMEMI

qu'autrefois elle ne lui rapportait que six à sept piastres ; qu’il avait maintenant plus de grains sur dix arpents qu'autrefois sur vingt, etc., etc.

—Mais, lui dis-je, êtes-vous plus riche qu'autrefois ?

—Non, mon père, me dit-il, moins riche et je vais vous dire pourquoi : Autrefois on vivait ‘avecrien” ; aujourd'hui ce n’est plus ça, il en coûte beaucoup pour vivre.

Autrefois on s’habillait à la maison, aujourd'hui on s'habille chez les marchands ; autrefois on allait en charrette à la messe, aujourd’hui il faut une voiture couverte et quand la famille est nombreuse, il en faut jusqu'à trois ; autrefois on se contentait d'un cheval qui allait au pas, aujourd'hui il faut un beau cheval qui trotte ; autrefois le harnais de travail suffisait, aujourd'hui il ne suffit plus pour aller veiller à dix arpents de la maison; autrefois les chaises empaillées à la maison suffi-

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saient, aujourd'hui on ne peut pas rester cinq minutes sur une chaise si elle ne vient pas des Etats ; autrefois nos “habits de dimanche ” faits à la maison, demeuraient propres cinq à six ans, aujourd'hui on ne va plus à la messe avec un habit que nos voisins nous ont vu sur le dos l’année précédente.—Que les temps sont changés, mon père, que les temps sont changés ! aussi que les terres changent de nom souvent!! Vous voyez chaque dimanche à la porte de l'Eglise ces trois cents belles voitures couvertes, ces beaux harnais argentés, ces beiles et laides demoiselles en belle robe tout flamblante neuve, ces garçons avec chacun une montre au côté! eh bien! mon père, vendez tout cela, puis la terre du bonhomme par-dessus le marché, et je ne pense pas que vous en ayez la moitié assez pour payer les dettes de la paroisse.

— Trop de “ fierté,” mon père, trop de

‘“ fierté” !! Voilà ce que me disait ce brave homme, et voilà ce que chacun de ceux qui me lisent, disent dans le fond de leur âme.

Un tel état de choses est bien triste !! Vous me permettrez de vous fairelire de nouveau ce que Jj'écrivais il y a dix ans, dans ma seconde ‘“ Mine ” : D'après le recensement, Ontario a produit 29 millions de minots de légumes de plus que Québec, pour nourrir ses animaux. Mais pendant, qu'Ontario sarcle ses betteraves, Québec se promène ; nous avons dans la province 230,000, oui, deux-cent-trente mille voitures à brûler pour devenir sur le même pied que notre voisine, c'est-à-dire dix millions de piastres que le démon du luxe arrache de ses esclaves.

En effet, presque tous les cultivateurs d'Ontario vont se promener et même vont aux noces, en voiture de marché

qu'ils appellent “express”; ils emploient le

DU LUXE Eï DE L’INTEMPÉRANCE 207

ave dimanche la même voiture dont ils se eux servent la semaine pour aller vendre leurs leur denrées. Mais, dans notre Province, on achète une voiture de marché (express) te!! qu'on paiesoixante-dix piastres, puis deux e de voitures—une pour “ les vieux ” et une ans, pour ‘ les jeunes,” qu'on paie chacune de s le cent à cent vingt piastres—voilà pourquoi lions nous avons deux cent trente mille voi- ‘bec, tures de plus qu'eux.

dant, Il y a deux ans nous avons acheté pour ébec un million de piastres de chapeaux ; les mnce cultivateurs doivent y être pour les trois voi- quarts dans ce chiffre: pourtant un ême chapeau de belle paille aux couleurs vadix riées est plus léger, moins chaud, plus luxe propre et ne coûte presque rien. Je parle ici de chapeau d'ommes, car je ne me eurs prendrai pis avec “la tête” des femmes, ême je n’en finirais plus ; il me faudrait ôter trop ché de rubans, d'aigrettes et de plumes avant

d'arriver à la tête ; je leur ferai remarquer

208 DANS LE CAMP ENNEMI seulement que tout cet attirail coûte bien cher et ne rend pas jolies celles qui sont lhides.

Réfléchissez, mes chers amis, aux dépenses inutiles que vous faites, car nous avons beaucoup de mauvaises récoltes dans le pays. Dieu estirrité de voir qu'on sacrifie tant au démon. Il veut nous faire voir que les récoltes qu'il nous donne, ne doivent pas être employées à satisfaire notre vanité. Avec de mauvaises récol-

tes, on ne paie pas ses dettes, ne payant pas ses dettes, on est obligé de passer à d’autres la terre, où l’on a versé tant de

sueurs.

Maintenant, un mot de l’intempérance.

Je vous en ai parlé longuement à ma dernière visite : cette fois-ci je ne veux qu'attirer l’attention sur ia conduite de nos ennemis à cet égard.

Les ennemis du PEUpIe veulent multiplier les auberges. Il n’y a pas à se le

cacher : le 1émon de l’ivrognerie est maintenant ne puissance dans ce pays; il cause des maux incalculables dont je ne retracerai pas le tableau. Si l'on ne veut pas combattre contre ‘“ l'antique serpent,” on est perdu.—Dans ce dix-neuvième siècle, on veut jouir et jouir encore. Les hommes de caractère doivent lutter pour arrêter ce torrent de sensualité qui menace d’engloutir notre jeunesse.

Si l’on en veut un exemple, le voici :

Une partie de la ville de Montréal se rend au parc Sohmer Ze dimanche, on reste là environ deux heures. Jusqu'ici on avait de ia liqueur de gingembre, de soda, etc; ceci ne suffisait pas, “il fallait avoir de la bière!” ce n'est pas le grand nombre qui le voulait, mais c'était ceux qui criaient le plus fort; onacédé; maintenant ils ont de la bière. Etre incapable de passer deux heures sans prendre de bière, n’est pas un signe d’un grand esprit

de pénitence : sera-t-il dit que le peuple canadien est un peuple de viveurs et de bambocheurs ? A nos conseillers d'y voir.

On a calculé que la ville de Montréal dépense inutilement dix mille piastres par jour, que les ennemis du peuple lui arrachent pour le retenir dans la dégradation et la misère. Aux grands maux, les grands remèdes ; l'Eglise et l'Etat doivent ici se donner la main. Il faut un programme : ne pas vendre de boisson le dimanche, n’en pas vendre aux enfants mineurs, ni aux ivrognes, et une amende à payer par ceux qui enfreindront cette loi En Suède, maintenant, ce sont les municipalités elles-mêmes qui vendent la boisson ; elles engagent un homme à cet effet; celui-ci n’est pas intéressé dans la vente, il peut refuser quand il le juge à propos, et le soir il réçoit toujours le même salaire. Quelques voyageurs m'ont dit que ce système avait produit de bons résultats.

Une chose est bien certaine : tant que le vendeur sera intéressé, il refusera rarement, soit aux ivrognes, soit aux autres.

Prions, mes bons amis, pour que ceux qui se rangent du côté du démon de l'ivrognerie puissent se convertir, et qu'ils n'aient pas à regretter pendant tou::

l'éternité, d’avoir favorisé le vice de l'ivrogaerie.

Mes chers compatriotes,

SE prends maintenant congé de vous

G J'ai cherché par ce petit volume, à

& > vousfaire connaître les ennemis du peuple—de tout le peuple, car, dans ce pays-ci, il n’y a pasde castes, nous sommes tous du peuple ou tous nobles, comme vous voudrez ; nos titres de noblesse nous ont été accordés par le Ror TRAVAIL; ces titres nous ont été décernés sur le champ de l'ouvrage ; notre écusson est gravé sur nos fronts où brille la croix du Saint Baptême et que la sueur a sillonnés—.

tant que la croix de Jésus y brillera et que la sueur du travail y coulera, nous pourrons dire que nous ne sommes point dégénérés de notre ancienne noblesse.

Mais, dès que nous permettrons au démon de venir de ses griffes déchirer sur notre front, le contrat que nous avons fait par notre baptême avec Dieu, à l'instant même nous serons désanoblis.—Cette noblesse, celle de l'âme, qui l'emporte de beaucoup sur celle du sang, les suisses et les francissons veulent nous l'enlever, pour cela ils cherchent à éloigner le peuple du clergé et de leurs aides, les communautés religieuses, c'est-à-dire de nos enfants, de nos frères, de nos oncles de nos tantes, de nos propres fils et filles. Quel est celui d'entre nous qui ne compte pas un parent parmi les prêtres ou les religieux, que dis-je? parmi nos évêques qui sont tous les enfants du peuple comme nous. La lutte est engagée ;

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d’un côté, ceux qui ne vont jamais à la messe ni à confesse, comme Chiniquy, tous les suisses, les francissons, les francmaçons et les juifs, et tous ceuxquisacrent contre les prêtres-qui ne leur ont pourtant jamais fait de mal; de l’autre côté, tous les Canadiens-français dignes de ce nom, tous ceux qui savent qu'il y a un Dieu, que ce Dieua établi une Eglise, que cette Eglise est celle à laquelle nous appartenons et hors de laquelle il n’y a pas de salut.

Il faut s'wir et s'organiser, c'est le devoir rigoureux de tout catholique de prendre l'arme qui lui va le mieux et de combattre. Il faut owô/ier le passé ; jusqu'ici les luttes que nous avons eues ont étéentre catholiques ; dans les limites de la foi, chacun abondait dans son sens, croyant que si ses idées prévalaient, un plus grand bien s’en suivrait ; il y a eu de rudes coups portés de part et d'autre, toutes

les blessures ne sont peut-être pas encore cicatrisées ; mais rappellous-nous que nous sommes chrétiens,qu'il fautoublier le passé et nous rallier autour du drapeau que nos chefs Nos Seigneurs les Evêques portent en main.—Sans doute, il y aura encore des divergences d'opinion, ‘autant de sentiments que de têtes ”, mais tous ceux qui aiment le peuple, tous ceux qui veulent le sauver dans ce monde et dans l'autre, ne doivent pas regarder comme ennemis CEUX qui ne pensent comme eux sur des questions secondaires. Quiconque désire que la Religion ait sa place d’honneur au foyer de la famille, à la tribune de l’école, au conseil de la nation, doit être regardé comme ## ami, un soldat de la grande armée canadienne-française-catholique. Là est la force, là est le salut.

Dieu tout-puissant ! faites qu'il en soit ainsi |! Que nos juges, nos médecins, nos

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avocats, nos notaires, nos journalistes viennent se grouper autour de nos Evéques dont l'autorité est méprisée ; ils trouveront là nos cultivateurs et nos artisans, et tous ensemble nous écraserons en bien peu de temps la tête du serpent qui, par la bouche des suisses, des francissons et de tous les voltairiens du pays, fait entendre ses sifflements de haine satanique contre le peuple canadien.

Vous, jeunes gens qui sortez de tous nos collèges, nous tournons nos regards vers vous ; deux drapeaux sont en présence : l’un est tenu par les francissons et les chiniquistes, il porte dans ses plis ces mots écrits en lettres de sang : haine à tout ce qui est catholique, en d’autres termes, “ canadien-français.” L'autre est la croix de Jésus portée par nos Seigneurs les Evêques, glorieux drapeau qui a essuyé toutes les tempêtes, affronté tous les

orages, subi toutes les haines ; drapeau

qui a reçu tous les repentirs, abrité tous les indigents, soulagé tous les malades, fortifié tous les défaillants ; drapeau quia éclairé toutes les intelligences, guidé toutes les volontés, enthousiasmé tous les cœurs : drapeau qui a pour base, le mont du Golgotha, pour hampe la croix du Calvaire, pour écusson, l'image du Christ ; drapeau rougi du sang de tant de martyrs, embelli de la science de tant de docteurs, soutenu par la constance de tant de confesseurs, lavé dans les larmes de tant de pénitents et qui reflète dans l'onde de ses plis, le beau lys de pureté qu'est venu y déposer la main de tant de vierges.

Jeunes gens de nos collèges, à l'âme noble, au cœur pur et à l'esprit droit, vous dont le sang brûle les vaisseaux qui le contiennent, c'est ce drapeau quin'a jamais subi une défaite que votre mère l'Eglise vous présente pour vous conduire à la

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CONCLUSION 219 victoire. Nos Seigneurs les évêques marchent de l'avant et vous appellent au combat, voyez la noble attitude que ces chevaliers sans peur et sans reproche tiennent dans la lutte actuelle, soit devant la magistrature, soit dans le conseil de l’Instruction publique ; ils vous font l'honneur de vous inviter à les suivre pour combattre le même combat, remporter la même victoire, participer au même triomphe et partager la même gloire.

Amis lecteurs, je suis obligé de terminer ici ma visite.

Voyageur par état, je reprends demain la haute mer.

Vous trouverez que ce petit livre n’est pas complet, je suis de votre avis.

Mais, comme j'entends déjà de ma chambre les aboiements de la meute, j'ai cru bon de garder un peu de munitions pour riposter à la fusillade dans une nou-

220 DANS LE CAMP ENNEMI velle Mine ‘AUTOUR DU DRAPEAU, que j'ai découverte ces jours-ci.

Que Marie Immaculée nous protège tous ! !

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PEAU,” que

us protège

FRIFACR, ie rond ions ee ve. dec es so < 5 CHAPITRE I. Nos ennemis déclarés, 11 CHAPITRE Il. Nos ennemis francissons… 19 CHAPITRE III. Nos ennemis cachés... 35 CHAPITRE IV. Nos ennemis réformateurs. 45 CHAPITRE V. Nos ennemis JUN rss 57 CHAPITRE VI. Nos ennemis francs-maçons.........,... 65 CHAPITRE VII. Nos ennemis écrivains... 03 CHAPITRE VIII. Nos ennemi. libraires ...…. 115 CHAPITRE IX. Nos ennemis politiciens … 131 CHAPITRE X. Nos ennemis-amis 145 CHAPITRE XI. Nos ennemis à Ja Saint Jean-Baptiste et à la frégate italienne... 173 CHAPITRE XII. Nos ennemis dans la famille 193 CHAPITRE XIII. Nos ennemis les esclaves du luxe et de l'intempérance. 203 PRO BTON dnne dissem Door 213

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