‹ Dans le far-west américainChapitre 24 sur 40 · PP · texte numérisé non relu

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blait pas impossible d'arriver. L'idée de m'emparer d’un aiglon, idée qui avait déjà failli me coûter cher à Elkantara en Algérie, me tenta, el Je résolus d'entreprendre l’escalade.

Muni d’un bâton pointu, tant pour m'aider à grimper que pour combattre les aigles s’ils voulaient m'attaquer, et d'une corde pour attacher l’aiglon, je me rends à l’endroit d’où il paraissait le plus facile de descendre dans le canyon. Quelques-uns de mes amis, auxquels j'avais fait part de mes intentions, m’accompagnaient pour me regarder faire. :

Je descends le long des rochers, m'aidant de mon bâton, et, non sans peine, je parviens au promontoire. Mais à ce moment deux des aigles qui vo-

laient au-dessus du torrent se rapprochent et se mettent à tournoyer autour de moi d’une facon menacante.

C'était évidemment le père et la mère de l’aiglon. Je m'attendais à leur attaque, et, prenant mon bâton à deux mains, Je m'apprête à combattre. Mais ils continuent à tourner en poussant des cris, sans approcher toutefois. « Bon! me dis-je, ils ont peur, tant mieux! » — Et je franchis la distance qui me séparait du pied du rocher.

Je m'aperçus que l’escalade en serait fort difficile. Cette pointe qui, vue d’en haut, n’était rien, avait cinq ou six mètres de haut ; c'était une espèce de tour perpendiculaire et, pour arriver au sommet, 1l me fallait à toute force poser mon bâton et grimper à l'aide

des pieds et des mains. Cette perspective n'avait rien de bien terrible en soi, mais Je regardais avec inquiétude les aigles, en me disant qu'il leur serait facile de m’attaquer à ce moment où je serais sans défense. J’eus un instant envie de m'en aller ; mais la pensée que mescompagnonsme regardalientme donna du courage. Je prends le rocher à deux mains et je m’apprête à grimper. Mais, saisissant l’occasion, les deux aigles s’élancent vers moi d’un air si terrible que Je m'empresse de lâcher ie rocher et de reprendre mon bâton. Les maudites bêtes sentaient parfaitement leur avantage et s’éloignèrent aussitôt. Si seulement j'avais

eu un pistolet !

« Allons, venez donc! » m’écriai-je;

et pour les exciter, Je leur Jetai des pierres. Ils s’envolèrent un peu plus loin. « Voilà le moment », me dis-je, et Je fais une seconde tentative. Je ne m'étais pas élevé d’un pied que les aigles étaient là. J’eus encore le temps de descendre. Mais cette fois leurs srandes ailes noires étaient venues battre si près de moi, J'avais si bien vu leurs becs crochus et leurs serres recourbées, que mon ardeur belliqueuse se calma subitement ; oubliant mes compagnons, Je renonçai à atleindre l’aire que ces animaux défendaient si bien. Je dus me résoudre à revenir péniblement sur mes pas et à remonter Jusqu'en haut sans rien rapporter. Vous pensez si on se moqua

de moi !

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Nous aurions voulu rester longtemps au camp des chutes et du canyon, mais il ne fallait pas nous attarder, car nous voulions encore faire l’ascension du mont Washburn.

C'est une ascension pour rire puisqu’on y monte à cheval ; pourtant le sommet du Washburn est à plus de 3,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, il y a de la neige au sommet, et la vue est certainement une des plus belles que Je connaisse. Grâce à la pureté de l’air, on distingue parfaitement les formes des montagnes même très éloignées ; le canyon est juste à nos pieds, puis vient un vaste panorama qui s'étend bien au delà des limites du paré; la vue n’est guère limitée qu’à l’ouest, où les cimes les

plus hautes des monts Rocheux forment comme un rideau impénétrable.

Un accident, peu grave heureusement, se produisit pendant que nous étions au sommet du Washburn.

En descendant de cheval, M€ Tolman se foula le pied, et comme nous étions bien loin de toute habitation, la situation devenait gênante. Nous parvinmes bien à la remeitre sur son cheval, et après avoir mis nos noms dans la boîte d’étain placée à cet effet au sommet de la montagne, nous redescendîimes du Washburn, cette fois par le nord, en passant devant la ravissante cascade de Zower-Crik. Mais il était bien certain que, le lendemain, M° Tolman

serait incapable de franchir à cheval

l'étape qui nous séparait encore des sources de Mammouth.

Fort heureusement, en arrivant dans la vallée de la VYellowstone, qui, en aval du Washburn, est ouverte et large

et non plus encaissée comme elle l'est.

plus haut, nous retrouvâmes le président Arthur. Il avait quitté le canyon un jour avant nous, et, passant à l’est du mont Washburn, 1l avait pénétré dans la vallée et campait près du pont construit quelques années auparavant sur la rivière par son guide Baronette. Très gracieusement, en voyant notre embarras, 1l mit à notre disposition une voiture d’ambulance avec un homme et deux mulets; Me Tolman y fut installée, et nous pûmes

continuer notre route sans encombre.

Un peu plus loin que l'endroit où campait le président, un homme nommé Yancey a bâti une cabane en troncs d'arbres, une vraie /og cabin, qui sert d’abri aux voyageurs lorsqu'ils se rendent des sources au canyon ou du canyon aux sources.

Après les rudes étapes de la Journée, nous fûmes heureux de nous reposer.

Pour Kimber et moi, cette hutte offrait tout l’attrait de la nouveauté, nous n'avions Jamais vu l’intérieur d’une log cabin; tandis que pour miss Holmes, qui était née dans une habitation tout à fait semblable dans l’État d'Ohio, elle réveillait des souvenirs d'enfance.

Yancey nous fit les honneurs de son « hôtel » de la meilleure grâce du monde, et bientôt, après avoir placé

notre malade sur l’unique lit de l’établissement, nous étions confortablement installés sur des chaises, des tabourets et des sacs, autour d’une table boiteuse sur laquelle fumaient des tranches d’élan rôti et du café noir dans des tasses d’étain ; le tout, éclairé par deux chandelles plantées dans des bouteilles.

On fit honneur au diner, puis un feu de camp fut allumé, et nous nous réunimes pour écouter les chansons allemandes de Herrmann, les récits des uns, les poésies des autres. La veillée se prolongea tard, ce devait être notre dernière soirée autour du feu de camp, et 1l nous en coûtait de l’abréger. Du reste, nous étions de fort bonne humeur, et notre situation originale excitait notre gaieté à tous.

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Ce fut bien autre chose quandil s’agit de se coucher ! Comme je vous l'ai dit, 11 n’y avait qu'un lit, qui fut naturellement réservé à Mu° Tolman. Pour les autres dames on étendit par terre, dans la cabane, des peaux d’élan et de bison, etquelques couvertures de laine.

Nous autres, nous devions rester dehors. Gray et Herrmann construisirent une espèce de tente avec la voiture d'ambulance et un morceau de toile ; Yancey et le guide allèrent se mettre sur un tas de foin; Chace, Sumner, Kimber et moi, après avoir ravivé le feu, nous nous étendîimes tout autour, roulés, qui dans une couverture, qui dans un grand manteau, qui dans un burnous algérien. Nous ne tardâmes pas à nous endormir, malgré les deux

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