CONCLUSION
= hd LENS 2 ASHAKI est situé à une grande
4 distance de toute ligne de KA chemin de fer; mais une di- È fee conduit trois fois par semaine à à la station de Green-River, sur la ligne à du Central-Pacific.
É Pressé par le temps, je dus me ré-
soudre à la prendre, malgré le prix
exorbitant du transport (cent vingt-cinq francs pour quarante lieues environ), dès le lendemain de mon arrivée à Washaki.
Une diligence, dans les monts Rocheux, n’est qu'un chariot de montagne attelé de deux chevaux, où il n'ya même pas de sièges, si ce n’est une place à côté du cocher. La nôtre, où nous étions trois voyageurs, était en outre en fort mauvais état, au point qu'il nous fallait la réparer à chaque relai. Le cocher était encore plus misérable que la voiture. Ce pauvre homme, s'étant égaré | dans laneige pendant l'hiver précédent, avait eu les membres gelés: il avait perdu un pied, les orteils de l’autre et plusieurs doigts. Malgré cela il conti-.
nuait à travailler; mais il fallait l’aider
à monter Sur son siège et à en descendre.
Le chemin que parcourt ce singulier véhicule, n’est pas non plus semblable aux grandes routes de France: à vrai dire, il ne diffère pas beaucoup de celui que J'avais suivi depuis le Bighorn,
et plusieurs fois 1l traversait des torrents qui me faisaient penser au Wind- 1 River. | a : 5 Mais le pays n’est plus désert. On Le rencontre, de temps à autre, des villages, habités par une singulière population, mélange de blancs, d’Indiens, de Nègres et de Chinois, vivant de l’éle- vage des bestiaux et de l’exploitation de quelques mines d’argentet de cuivre.
Le voyage dure deux jours et une
nuit. Pendant la première Journée, la
voiture nous mena au fond de gorges encaissées, de canyons sablonneux où l’on souffrait beaucoup de la chaleur, et où l’on était aveuglé par une pous-
sière rougeâtre que le vent soulevait
en tourbillons. On se serait cru en Afrique. Le soir venu, la route montait sur les pentes des monts Rocheux, et la
température tombait rapidement au-
dessous de zéro. Il nous restait à franchir la ligne de partage, pendant la nuit, à 2,000 mètres de haut!
Or, nous étions trois voyageurs, un montagnard, un soldat malade et moi, et il n’y avait place que pour deux personnes derrière le siège : il fallait absolument: que l’un de nous prit place à
côté du cocher. Il eût été cruel d'y.
mettre le soldat: l’autre voyageur et
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moi, nous résolûmes de prendre ce poste à tour de rôle. Mon compagnon prit la première moitié de la nuit, de six heures à minuit; j’eus la deuxième.
J'étais bien enveloppé d’une peau de bison et de plusieurs couvertures; et pourtant, jamais de ma vie je n’ai eu si froid, pas même quand je couchais sur la terre nue dans les Mauvaises Terres!
Je m’endormis, quoique Je n'eusse pour m’appuyer que la barre de fer du siège, car on finit par s’habituer à dormir toujours et partout; mais quand Je m'éveillai le matin, j'étais raide comme un bâton, il fallut me faire descendre du siège à la station de Big-Sandy, et je fus une bonne demi-heure à me réchauffer.
La deuxième journée ne fut guère
qu’une répétition de la première. Le soir, nous arrivions à Green- River.
C'était la fin du voyage.
Certes, tout n'avait pas été rose pour moi dans cette exploration des montagnes Rocheuses; et pourtant, le croirait-on? quand J'aperçus au loin une locomotive, emblème de la civilisation,
Jj éprouvai un sentiment d'indéfinissable
tristesse. Ah! c’est qu’elle avait bien son charme, cette existence aventureuse, cette vie dans la montagne, avec ses dangers, ses souffrances et-ses an-
goisses, mais aussi avec ses grandes
beautés naturelles, ses fortes émotions, et la rude hospitalité de ses sauvages habitants. Et aujourd’hui même, si je n'étais pas marié, je ne songerais pas
sans esprit de retour aux monts Sho-
| HA et aux Mauvaises Terres du Wvyo-
ming ; Mais sl) y retournais, ] ‘emporteraie un fusil.
Le reste de mon voyage, mes chers Jeunes amis, ne vous intéresserait probablement pas; je n’ai donc plus qu'à prendre congé de vous. Peut-être une autre année, si Dieu nous prêle vie à vous et à moi, ferons-nous ensemble une autre excursion dans un pays dif- férent.
En attendant, recevez mes meilleurs ‘souhaits, et l'assurance de toute ma
Hmpatie. Adieu.
Fable des Glatières