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construits à Paris et en province, et lorsque le 19 janvier 1784 les frères Montgolfier eurent lancé dans l'atmosphère la gigantesque montgolBère le Flesselles^ globe immense presque aussi grand ' que le ballon captif de Giffard en 1878 * (6g. 8) élevant à la fois sept voyageurs, il n'y eut plus de bornes à la frénésie de l'enthousiasme. Les fabriques de faïences de Nevers, de Lille, de Lyon, de Marseille, exécutèrent sur les ascensions de Charles, sur celles de Pilâtre et de Montgolfier, et bientôt sur celles de l'aéronaute Blanchard, ces curieuses assiettes au ballon^ aujourd'hui si recherchées des amateurs de faïences patriotiques; les graveurs de l'époque représentaient les premiers ballons, les épisodes des voyages aériens, et amusaient le public de caricatures plaisantes. On confectionnait des meubles, des montres, des bonbonnières au ballon^ et dans la collection aérostatique que nous avons formée, mon frère et moi, il n'est pas jusqu'à des meubles, des pendules, des boutons d'habit, voire même des gants de l'époque, sur lesquels on ne puisse voir, incrustés, ciselés ou peints, des ballons et des montgolfières.
4. Le ballon captif que représente notre frontispice avait 36 mètres de diamètre et 1)5 mètres de hauteur au-dessus du sol. \\ cubait 25^000 mètres, et pouvait enlever 30 voyageurs à 500 mètres d^altitude.
Les esprits étaient surexcités, et à côté des artistes qui célébraient par leurs productions les louanges de l'art nouveau, il y avait aussi de nombreux inventeurs qui song'eaient à le perfectionner.
Dès l'origine des aréostals, on s'est immédiatement préoccupé du problème de la direction de ces globes aériens. En 1783 déjà, les projets surgirent; en 1784, il n'y pas à enregistrer moins de cinq tentatives distinctes.
Blanchard est le premier en date; il expérimenta le 2 mars 1784, son fameux vaisseau volant. C'était un ballon sphérique, à gaz hydrogène, dont l'appendice portait un parachute ; on pouvait manœuvrer dans la nacelle deux ailes ou rames et un gouvernail (6g. 9). Mais le résultat obtenu fut absolument nul. Avant la découverte des MontgolQer, Blanchard avait déjà essayé de construire sans succès un appareil de vol mécanique.
Le 12 juin de la même année, on vit s'élever, à Dijon, l'appareil dirigeable construit sous les auspices de Guy ton de Morveau , par les soins de l'Académie de Dijon. Le célèbre physicien avait ima^né de fixer à l'équateur d'un aérostat sphérique un cercle de bois, portant d'une part deux grandes palettes formées de soie tendue sur un cadre rigide, et d'autre part un gouvernail. En
outre, deux rames placées entre la piroue et le gouvernail étaient destinées à battre Tair comme les ailes d'un oiseau. Tous ces organes se manœuvraient à l'aide de cordes par les aéronautes dans la nacelle (fig. 10). C'est avec ces moyens d'action que Guyton de Morveau, de Virly et l'abbé Bertrand essayèrent de se diriger dans les airs; les expériences furent continuées longtemps, avec une grande persévérance, mais sans aucun succès. L'Académie de Dijon, on doit le reconnaître, ne recula, pour les mener à bonne fin, devant aucune dépense.
Le 15 juillet 1784, les frères Robert exécutèrent à Saint-Gloud, en présence de toute la cour, une très curieuse ascension, qu'ils avaient organisée avec le concours du duc de Chartres, . amateur passionné de l'aérostation naissante, et qui les accompagna dans leur voyage. Les frères Robert abandonnaient pour la première fois la forme sphérique du ballon et employaient un aérostat cylindjnque allongé; la nacelle, également allongée, était munie de a cinq parasols ou ailes de taffetas bleu en forme de rames » qui devaient servir de propulseurs, et d'un grand gouvernail rectangulaire (fig. 11). L'ascension s'exécuta très heureusement et la descente eut lieu dans le parc de Meudon, sans que les rames toutefois aient exercé la moindre inQuence sur la marche du ballon.
On oubliait vite ces insuccès. Comme il arrive souvent, la voix de la foule, vox populi, ne se trompait pas en chantant les louanges de l'art nouveau qui venait d'accroître la liste des inventions humaines. Cette grande voix, en acclamant les Montgolfler, les Charles et les Pilâtre de Rozier, faisait entendre au monde que la conquête de l'air était accomplie.
Mais cette conquête qui avait exigé les eflForts du génie, la persévérance de l'inventeur et l'audace de l'explorateur, devait être aussi consacrée par le sang des martyrs.
C'est Pilâtre de Rozier qui, le premier, inscrivit son nom sur cette longue liste des victimes de la navigation aérienne. Ce jeune phycisien, plein d'ardeur et plein de force, avait annoncé qu il allait franchir la Manche, dans un appareil formé d'un ballon à gaz au-dessous duquel était placé un aérostat cylindrique gonflé d'air chaud. L'éclatant succès de Blanchard qui venait de traverser le Pas-de-Calais en ballon, excita Pilâtre à s'élever de Boulogne, le 15 juin 1785, en compagnie d'un de ses assistants nommé Romain. On ne sait pas quelle fut au juste la cause de l'épouvantable catastrophe qui eut lieu ; on s'est demandé d abord si le feu avait pris au ballon à gaz, ou si la soupape supérieure se brisa; quoi qu'il en soit, quand l'appareil se fut élevé à quelques centaines de
mètres dans l'espace, on le vit tomber arec une rapidité effroyable, et venir se briser sur le rivage. Quelques spectateurs épouvantés se pré-
cipitèrent vers les victimes affaissées dans la galerie de leur ballon. Pîlâtre de Rozier avait cessé de vivre. Romain respirait encore, mais quelques minutes après sa chute, il rendait aussi le dernier soupir.