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X., ou madame la duchesse de Z. comprimer au balancier des rondelles pour obus aux côtés de mademoiselle Trois Etoiles et de Jenny l’ouvrière. Ici l’on coudoie un homme, qui fait pour être officier, et n'ayant pu s’engager comme soldat à cause de la faiblesse de sa vue, est devenu ouvrier dans un atelier de munitions ; sale et huileux jusqu’au bord de ses paupières, il fait marcher une pompe alimentaire dans une grande usine. Là l’on aperçoit, dans les “ cantines ” des différentes fabriques, des vingtaines de dames accoutumées depuis leur enfance d’être entourées de domestiques, qui devenues servantes à leur tour, sont en train de couper des “ sandwiches,”’ de porter des tasses de thé, et de servir les ouvriers dans les ateliers. Si les trains de voyageurs ne sont plus en aussi grand nombre, si les trainsposte arrivent très en retard, ou quand ils peuvent, si les marchandises ne parviennent qu’une semaine, ou qu’une quin- Zzaine, ou qu’un mois après leur départ, c’est que les wagons chargés de munitions encom-
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brent les voies ; c’est que de nombreuses industries ont dû disparaître, parce que l'Etat avait besoin de leurs ouvriers ou de leurs machines, —pour les munitions; c’est que dans les “écoles polytechniques ” les élèves apprennent rapidement à faire des munitions ; c’est qu’en réalité tout le pays est devenu une énorme fabrique de munitions, toujours sous pression, c’est qu'aucun homme, aucune machine, aucun outil propre à fabriquer des munitions ne fait rien d’autre. Vous pouvez être étonnés, carnarades du front, (car je l'ai été moi-même) d'apprendre que le ministre des Munitions a mis la main pour ainsi dire sur l’industrie tout entière du pays; mais c’est qu’il règne en autocrate sur la nation tout entière, comme jamais potentat asiatique n’a rêvé de régner ; c'est qu'aucun marchand ne peut acheter ou vendre quelques kilos de ferraille, ou pour vingt francs de cuivre, sans qu’aussitôt quelque fonctionnaire du ministère ne l’apprenne et ne vienne en demander la raison, comme pour G
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assouvir une curiosité insatiable ; c’est qu’aucune machine, aucun outil, propre à travailler le métal, ne peut être importé, sans que le ministère des Munitions ne demande d’abondantes explications au sujet du lieu de sa destination et de son usage futur, c’est qu’en outre, si cette machine et cet outil ne doivent pas servir à la fabrication des munitions, il est plus que prcbable que le ministre s’en emparera et les fera servir à ses desseins ; c’est qu'aucune machine ne peut être exportée ; c’est que l’on ne peut acheter ni vendre une nouvelle machine ou une machine d’occasion sans une permission du ministère ; c’est qu'aucun homme, qu’aucune firme ne peut employer un homme, ne peut se servir d’une machine à fabriquer des horloges, des gramophones, des automobiles, ou rien de semblable, si le ministère désire que cet homme ou que cette firme change son usine en une fabrique de munitions, entièrement ou en partie. Et toute cette puissance du ministre n'existe pas seulement sur le papier. Le
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ministre entend bien user de sa puissance, et il en use si bien que des milliers de machines et des milliers d'ouvriers ont dû renoncer à leur travail d’autrefois pour fabriquer des munitions. Un artisan ne peut plus travailler là où il lui plaît et de la façon qu’illuiplaît. Sil possède une machine à fabriquer des boutons de culotte et que le ministre désire qu’il fabrique des rondelles pour cartouches, il doit lui o ‘ir. Si une firme est en train de construire des automobiles, l’inspecteur du ministère peut entrer et dire à cette maison de cesser son travail et de commencer sur le champ la fabrication d’obus. Si une autre firme qui travaille déjà aux munitions emploie par jour 100 ouvriers “du métier,” et cent autres inexpérimentés, le ministre prendra un certain nombre des mécaniciens de profession et les enverra dans une autre maison où les ouvriers habiles sont rares et par conséquent absolument nécessaires. La machine fonctionne maintenant avec une régularité parfaite, mais il est facile de voir quelle ee
tâche gigantesque cela a été de la mettre en marche. Un tel résultat n’a pu être obtenu que grâce à l'accord et à la coopération des grandes firmes et des principaux hommes d’affaires du pays. Tout le monde sait maintenant comment le ministre des Munitions pria les industriels d’un district d’organiser le travail entre eux, de former des comités locaux, et de faire produire à leurs fabriques le maximum de rendement. Je voudrais pouvoir raconter comment ces comités se sont mis à leur besogne, et comment les fonctionnaires locaux du ministère ont compris leur devoir.
Mais je me demande si la nation se rendra jamais compte de la dette de reconnaissance qu'elle doit à ces hommes, pour les résultats magnifiques qu’ils ont su obtenir. Je suis entré en rapport avec un grand nombre d’entre eux pendant mon voyage, et s’il est une chose qui m'’ait frappé encore plus «ue leur compétence, c’est leur ardeur au travail. Il est évident qu’ils ont pris la chose à cœur et s’y
en intéresse de tout leur être. En de nombreux enu cas ils ont renoncé aux bénéfices que leur | des rapportait leur industrie, et partout où je suis dl. nes allé, ils ont sacrifié leurs plaisirs, leur bien- 14 in- être, leurs loisirs à l’accomplissement de leur | )ria tâche. J'ai rencontré le directeur d’une fab- 1 le rique qui depuis 6 mois n’était pas entré une l tés seule fois dans sa maison pendant le jour, ues n'avait jamais vu ses enfants que pendant leur Du- sommeil, et dont les heures de travail le premis naient depuis 6 heures du matin jusqu’à 11 res : heures du soir, le samedi, le dimanche et le ir. : lundi, tout comme les autres jours. Ces prodra . priétaires d’usines, ces directeurs, ces inspecice teurs, ces comités tout entiers avec leur préats | sident et leur sécrétaire sont l’âme de cette uis immense entreprise et font l’admiration de tous tre ceux qui les voient à l’œuvre. Ils sont les se organisateurs et la force motrice de cette m- machine des munitions ; et la guerre, à mesure est qu’elle continuera, nous révélera de plus en
plus ce qu’est ce grand organisme. J'ai sou-
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vent entendu jadis des gens s'étonner que l’on n'ait pas employé au service de la nation les principaux hommes d’affaires du pays, les “capitaines d’industrie” A qui connaît la vérité, de telles paroles semblent une mauvaise plaisanterie, car, tandis que les gens se plaignent que rien n'ait été fait dans ce sens, le ministre a justement utilisé ces hommes mêmes ; mais, ce faisant, il n’a pas embouché Ja trompette épique.
Quelques-uns des plus grands ingénieurs du Pays, (non, j'ai tort de parler ainsi, je devrais dire, de l'empire britannique tout entier), quelques-uns des hommes d’affaires les plus éminents de notre empire dirigent cette immense machine des munitions. Dans de nombreux cas, (je crois pouvoir dire, dans la plupart des cas, mais je ne veux parler dans ces articles que de ce que j’ai vu de mes propres yeux), ces hommes consacrent, sans marchander, leur temps et leur énergie à cette énorme entreprise, sans recevoir le moindre appointement, la
on moindre récompense. Ces hommes qui ont les ! soumissionné pour des millions de livres, qui les Ÿ ont gagné des milliers de livres sterling par an, ‘| la ont renoncé à leurs affaires pour travailler aux ll se munitions. Je puis donner ici un cas sur les f nt : nombreux exemples que j'ai pu observer. A 14 re : un certain endroit, que je décrirai plus tard, | is, : et qui sera bientôt la fabrique la plus énorme L te : de munitions de l’univers entier, une vingtaine
de nos plus grands ingénieurs travaillent avec lu : ardeur. Ils sont, ces hommes, des entreis : preneurs dont la tâche ordinaire est le perce- ), { ment d’un tunnel dans les Alpes ou les Andes, 1S à la construction d’un pont, comme celui sur - à 1- + le Forth, l'érection d’une rue tout entière de 18 1- 1 bâtiments “ gratte-ciel,” ou l’endiguement du h rt : Nil. Et maintenant ils construisent des routes, à S : des baraquements, des machines pour produire %l , l'électricité, apporter l’eau et la lumière, et r drainer le sol, dans tout le district, et c’est * avec acharnement qu'ils s’empressent d’achever
leur ouvrage. Et le chef suprême de l’entre-
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prise est un associé dans la firme, qui, à mon avis, est la plus grande de tous les firmes d'ingénieurs de l'empire britannique ou du monde ; la réputation de cette maison est en effet proverbiale : son activité se déploie dans tout le monde habité, et même dans une grande partie du monde inhabité : son Capital se monte à des millions de livres sterling, et ses entreprises ne sauraient se compter. Ce directeur a rassemblé autour de lui une foule d'hommes d'élite venus des quatre coins de l’univers. Dans l’amas de bureaux qu’on a construits pour abriter les commis, il serait possible d'entendre parler toutes les langues civilisées, et à demi-civilisées, du monde : il y a même des employés qui parlent certains idiomes qu’un professeur aurait peine à comprendre. On les à faits venir du Chili ou de Chicago, de Sydney ou de Santiago, des chemins de fer qu'ils traçaient au Brésil, ou des mines de Bakou > POur venir en Angleterre
ils ont abandonné les ponts qu'ils bâtissaient, les tunnels ou les puits qu'ils perçaient, les canaux qu'ils construisaient, tous les ouvrages énormes qu'ils avaient entrepris dans l'empire et en dehors de l'empire britannique. Et aujourd’hui les voici tous dans ce petit cuin de la Grande-Bretagne, en train de lever des plans, de mesurer des terrains, de tracer des chiffres, de creuser la terre et de la façonner à leur guise, et tout cela dans un seul but, celui de produire autant de munitions que possible.
Les fruits de leur énergie, de leur expérience, et de leur science se montrent de toutes parts ; ils grandissent de plus en plus chaque jour, et comme d’heure en heure. De tels hommes sont la force motrice qui fait fonctionner cette énorme machine en train de se mettre en mouvement, qui n’a pas atteint encore son maximum de rendemer‘, mais qui le fera bientôt et justifiera alors pleinement ce mot qu’on attribue à un journaliste des États-Unis
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