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LA CONFIDENCE

Tu me disais hier avec un doux sourire :

« Oh ! oui ! puisqu'il est vrai que mon amour t'inspire,

« Je m'en vais t aimer plus encor !

« Que pour toujours alors, poète qui m'embrases, . « La fleur de l'idéal embaume tes extases

« Dans un brouillard de nacre et d'or ! »

68 DANS LES BRANDRS.

— Et moi, je savourais tes paroles sublimes, Mon âme s'envolait dans les airs, sur les cimes.

Et l'énigme se dévoilait.

L'étang pour ma pensée étoilait ses eaux mornes, Et fraternellement la stupeur des viornes Avec la mienne se mêlait.

Alors, je comprenais le mystère des choses. Ce verbe de parfums que chuchotent les roses

Vibrait tendre dans mes douleurs ; Ce qui pleure ou qui rit, ce qui hurle ou qui chante, Tout me parlait alors d'une voix si touchante

Que mes yeux se mouillaient de pleurs.

Le bœuf languissamment étendu près d'un saule Et clignant ses grands yeux en se léchant l'épaule

Qu'ont fait saigner les aiguillons ; Les veaux effarouchés, trottant par les pelouses Où viennent folâtrer, sur l'or bruni des bouses.

Libellules et papillons ;

Le poulain qui hennit avec des bonds superbes Auprès de la jument paissant les hautes herbes,

Les grillons dans le blé jauni ; Le soleil s'allumant rouge dans les bruines Et baignant de clartés sanglantes les ruines

Où la chouette fait son nid ;

L anon poilu tétant sa nourrice qui broute, La pie aux yeux malins sautillant sur la route,

L'aspic vif et les crapauds lourds, Le chien, la queue au vent, et l'œil plein de tendresse, Approchant son museau de mes doigts qu'il caresse

Avec sa langue de velours ;

Les ruisseaux hasardeux, les côtes, les descentes. Le brin d'herbe du roc, et la flaque des sentes,

L'arbre qui dit je ne sais quoi; La coccinelle errant dans la fraîcheur des mousses : Parfum, souffle, musique, apparitions douces,

La nature vivait en moi.

LA PROMENADE CHAMPETRE

Mai, le plus amoureux des mois, Fleurit et parfume les haies.

Allons-nous-en dans les chênaies, Égarons-nous au fond des bois !

Cherchons la source et les clairières, Dormons à l'ombre du bouleau ; Un bon soleil ami de l'eau Sourit aux flaques des carrières.

Et tous deux nous nous enfonçons Dans la campagne ! et, champs, prairies, Brandes, mares et métairies Tout ça rêve entre les buissons.

Intrigués par notre costume, Les bœufs, avec un œil dormant Nous considèrent gravement En léchant Leur mufle qui fume.

MélancoUque et cher pays,

A nous tes petites auberges.

Ta Gargilesse humble et tes berges

Si pleines d'ombre et de fouillis !

Nous deux nous sommes les touristes

Familiers de tes casse-cou.

Et nous adorons le coucou

Qui pleure dans tes bois si tristes-

— Traversons la cour du fermier :

Au fond, le chien dort sous un frêne, Lentement un crapaud se traîne Horrible et doux sur le fumier.

Ici, la cane barboteuse Glousse devant un soupirail ; Là, des bergers frottent leur ail Sur une croûte raboteuse.

Tiens ! voici venir chevauchant.

Assis sur des sacs de farine.

Le grand Pierre à qui Mathurine Songe plus d'une fois au champ.

Insoucieux, il se balance, Jetant sa voix claire à l'écho, Déhanché sur son bourriquot, Et tout rempli de nonchalance.

Angélique, au bord du lavoir, A genoux dans l'herbe et la mousse, Tape et tord le linge qui mousse.

C'est tout un plaisir de la voir!

Il sonne en vain le battoir jaune, Les grenouilles n'en ont pas peur.

Dans une sereine torpeur, Elles songent au pied d'un aune.

Que nous font les terrains vaseux Puisque chantent les pastourelles, Et qu'on peut voir dans les nids frêles Le mystère des petits œufs?

La pente est rude, mais la roche Où le pied se pose au hasard S'émeraude avec le lézard, Et voici que la Creuse est proche !

Là-bas, Margot jacasse avec Autant de feu qu'une dévote, Elle court, sautille et pivote, Hochant la queue, ouvrant le bec.

Impossible d'être plus drôle !

Elle danse, et va s'amusant D'un beau petit caillou luisant.

Et d'un brin d'herbe qui la frôle.

Du fond des chemins oubliés

Où notre semelle s'attache,

Nous voyons la vieille patache

Qui roule entre les peupliers.

Quand les coups de fouets aiguillonnent

Les pauvres chevaux courbatus.

Sur les colliers hauts et pointus,

Comme les grelots carillonnent!

Et la hutte en chaume terreux.

Abri des petites bergères, Est au milieu de ses fougères Hospitalière aux amoureux.

Dans un mystère délectable, Las de courir et de causer, Nous venons nous y reposer, Sur la paille qui sent l'étable.

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