LES VIEUX CHEVAUX
Je suis plein de respect pour la bête de somme, Et, pour moi, l'âne maigre et les chevaux poussifs Marchant devant le maître affreux qui les assomme, Sont de grands parias, résignés et pensifs.
Aux champs, dansleurjeunesse, aussi dodus qu'ingambes, Ils avaient du foin vert, ils avaient du répit. Ils traînent maintenant leur vieux corps décrépit, Le séton au poitrail, et l'écorchure aux jambeè.
Ils déferrent leur corne à force de tirer, Pleins d'ulcères hideux que viennent lacérer Les lanières du fouet et les mouches féroces.
Et l'homme, ce tyran qu'irrite la douceur,
Les flagelle à deux mains, en hurlant : « Boitez, rosses,
« Mais vous me servirez jusqu'à l'équarisseur ! »
LE BCEUF
L'œil injecté de sang, le mufle dans l'eau sale, Un bœuf, à moitié mort de soif et de chaleur, Penchait sur le trottoir sa tête colossale Devant un boucher i\Te et sourd à sa douleur.
A la fin, il tomba pesamment sur les pierres, Et, fracassé, vomit dans sa bave trois dents, Au miheu des lazzis de hideuses tripières Voyant en lui déjà des intestins pendants.
DANS LES BRANDKS. 109
Affairés et flâneurs, hommes, enfants et femmes. Heurtant le pauvre bœuf de leurs rires infâmes, Absorbaient le peu d'air qu'il tâchait de humer;
Et dans un café sombre, oblong comme une bière, Ceux qui fument pour boire et boivent pour fumer Le regardaient mourii* en dégustant leur bière.