‹ Dans les brandesChapitre 89 sur 90 · LE LÂMENTO DES TOURTERELLES · texte numérisé non relu

LE LÂMENTO DES TOURTERELLES

Par les ombres du crépuscule Et sous la lune de minuit, Qu'elle tristesse au fond du bruit Que la campagne inarticule, Et comme alors il vous poursuit De la ravine au monticule, Ce râle exhalé par l'ennui

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L'arbre s'effare et gesticule Aussi vaguement qu'il bruil ; Dans riierbe un frisson brun circule ; L'eau n'est plus qu'un brouillard qui luit, Et le vent tiède véhicule A l'écho qui le reproduit Le roucoulement minuscule Des tourterelles !

Et moi, que la douleur conduit, Je mêle à ces voix de la nuit Ma plainte horrible où s'inocule Tout le regret du temps qui fuit Et du passé qui se recule.

ou VAIS-JE?

Sur les petits -chênes trapus Voici qu'enfin las et repus Les piverts sont interrompus

Par les orfraies.

A cette heure, \isqueux troupeaux, Les limaces et les crapauds Rampent allègres et dispos

Le long des haies !

Enfin l'ombre ! le jour a fui.

Je vais promener mon ennui Dans la profondeur de la nuit

Veuves d'étoiles !

Un vent noir se met à souffler.

Serpent de l'air, il va siffler, Et mes poumons vont se gonfler

Comme des voiles.

Au fond des grands chemins herbeux, Çà et là troués et bourbeux, J'entends les taureaux et les bœufs

Qui se lamentent, Et je vais, savourant l'horreur De ces beuglements de terreur, Sous les rafales en fureur

Qui me tourmentent !

Sur des sols mobiles et mous, Espèces de fangueux remous, Je marche avec les gestes fous

Des maniaques !

Où sont les arbres? je ne vois Que les yeux rouges des convois Dont les sifflements sont des voix

Démoniaques.

Hélas ! mon pas de forcené Aura sans doute assassiné Plus d'un crapaud pelotonné

Sur sa femelle !

Oh! oui, j'ai dû marcher sur eux, Car dans ce marais ténébreux J'ai sentis des frissons afl'reux

Sous ma semelle.

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Et je marche ! Or. sans qu'il ait plu, Tout ce terrain n'est qu'une glu ; Mais le vertige a toujours plu

Au cœur qui souffre !

Et je m'empêtre dans les joncs.

Me cramponnant aux sauvageons Et labourant de mes plongeons

L'ignoble gouffre !

Sous le ciel noir comme un cachot. Crinière humide et crâne chaud, Je m'avance en parlant si haut

Que je m'enroue.

Suis-je entré dans un cul-de-sac ?

Mais non ! après de longs flic-flac Je finis par franchir ce lac

D'herbe et de boue

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Les chiens ont comme les taureaux Des ululements gutturaux î Pas une lueur aux carreaux

Des maisons proches !

N'importe ! je vais m'enfournant Dans la nuit d'un chemin tournant Et je clopine maintenant

Parmi des roches.

Où vais-je ? comment le savoir?

Car c'est en vain que pour y voir Je ferme et j'ouvre dans le noir

Mes deux paupières I Terre et Cieux, coteau, plaine et bois Sont enseveUs dans la poix, Et je heurte de tout mon poids

De grandes pierres !

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Les buissons sont si rapprochés Qu'à chaque pas sur les rochers Mes vêtements sont accrochés

Par une ronce.

Derrière, devant, de travers, Le vent me cravache ! oh ! quels vers J'ébauche dans ces trous pervers,

Où je m'enfonce !

La rocaille devient verglas, Tenaille, scie, et coutelas !

Je glisse, et le mince échalas

Que j'ai pour canne Craque et va se casser en deux...

Mais toujours mon pied hasardeux Rampe, et je dois être hideux

Tant je ricane !

Et je tombe, et je retombe ! oh !

Ce chemin sera mon tombeau !

Un abominable corbeau

Me le croasse !

Sur mon épaule, ce coup sec Vient-il dune branche ou d'un bec ^ Et dois-je aussi lutter avec

L'oiseau vorace ?

Bah ! je marche toujours I bravant Les pierres, la nuit et le vent !

J'affi'ontais bien auparavant

La vase infecte !

Où que j'aventure mon pied Je trébuche à m'estropier...

Mais dans ce rocailleux guêpier

Je me délecte !

Rafales, ruez-vous sans mors !

Ronce, égratigne ; caillou, mords !

Nuit noire comme un drap des morts,

Sois plus épaisse !

Je ris de votre acharnement.

Car riiorreur est un aliment Dont il faut qu'effroyablement

Je me repaisse!...

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