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pays des épices, hébété par l’opium et guettant l'appro= che d’une armée hollandaise. Nous devions faire plus ample connaissance, mais, du commencement à la fin, mon impression fut la même; il semblait toujours sommeiller, mais toujours l'oreille tendue et sursautant à tout coup ; et que ce soit le remords ou la peur, il est certain qu'il cherche un refuge dans l’abus des drogues.
Le rajah ne manifesta aucun signe d'intérêt à notre arrivée. Mais la Reine, qui était assise à ses côtés sur un sac de pourpre, se montra plus accessible; et il y avait là un interprète d’une bonne volonté si bruyante que sa volubilité hâta notre départ. Il nous avait reçus à notre arrivée : « Voici l’'Honorable Roi et je suis son interprète », nous dit-il avec plus d'emphase que de véracité. Car il n'avait aucune situation officielle à la cour, semblait très peu familier avec la langue de l'île et se trouvait là, comme nous-mêmes, par le fait d'une simple visite de politesse. M. Williams était son nom : moricaud américain, cook échappé des cuisines de son bateau et propriétaire du bar The land we live in!, à Butaritari. Je n'ai jamais vu un homme aussi prodigue de paroles et aussi avare de vérité ; ni la mélancolie du monarque, ni mes propres efforts pour le maintenir à distance ne le décourageaient le moins du monde, et quand tout était fini, le moricaud parlait toujours.
Le ville dormait encore, on avait à peine commencé à se soulever et s'étirer; elle était toujours plongée dans la chaleur et le silence. D'autant plus vivante fut l'impression que nous emportâmes de la maison sur l’ilot, du Saül micronésien veillant parmi ses gardes, et de son David anti-mélodieux, M. Williams, jacassant au long des heures somnolentes.