‹ Dans les mers du SudChapitre 45 sur 68 · Capitaine de cuirassé · texte numérisé non relu

Capitaine de cuirassé

excitant plus efficace; et il y avait tout au moins un vieux gentleman, que mes luttes victoriéuses contre le:’ sommeil — car j'espère qu'elles le furent — servirent à distraire de la longueur du temps. Celui-là, quand il n'était pas occupé à attraper des mouches ou à faire des farces à ses voisins, surveillait d’un œil fixe et truculent les phases de mon agonie ; et une fois, comme le service touchait à sa fin, il me fit à travers l’église un signe d'intelligence.

Je parle du service en souriant ; pourtant j'y assistais toujours — toujours avec respect pour Maka, toujours avec admiration pour son profond sérieux, son énergie brûlante, le feu de ses yeux levés, les accents sincères et variés de sa voix. C'était une leçon de constance et de force d'âme de le voir ainsi, chaque semaine, fouetter un cheval mort et souffler sur un feu éteint. La question se pose de savoir si, la mission étant complètement soutenue, et lui-même libéré du soin des affaires, les résultats ne seraient pas meilleurs ? Pour mon compte je ne le crois pas; je crois que c’est la négligence, non la rigueur, qui a détruit le troupeau, cette rigueur qui, une fois déjà, a provoqué une révolution, et qui aujourd'hui, chez un homme si enjoué, si aimable, surprend ceux qui l’observent. Ni chansons, ni danses, ni tabac, ni liqueurs, aucun adoucissement à la vie — rien que le travail et les offices ; voici ce que dit une des voix de son visage ; et le visage est celui d'un Esaü polynésien, mais la voix est celle du Jacob d'un monde étranger. Et le meilleur des Polynésiens fait un singulier missionnaire dans les Gilbert, venant de la moins chaste des contrées à la plus stricte ; d’une race gouvernée par les sorciers vers une autre indifférente aux terreurs des ténèbres. Cette pensée s’imposa à moi une fois que j'étais à terre par un clair de lune, et remarquai la ville sans lumières, et seule, la lampe du missionnaire veillant fidèlement

auprès de sa couche. Il n’est besoin ni de lois, ni de feu, ni d’une police sur pied pour empêcher Maka et ses compatriotes de se promener, sans lumière, dans la nuit.

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