AVANT-PROPOS
Il fut un temps où les rives marécageuses de la Seine étaient fréquentées par des éléphants et des ours, que les Parisiens, qui habitaient alors les falaises de Montmartre et les dunes de Saint-Germain, venaient chasser à l'endroit où se trouve actuellement l'Opéra. Vers la même époque; le grand continent du Nord-Amérique était loin d'avoir l'apparence qu'il a maintenant. Une immense mer d'eau douce, de forme à peu près triangulaire, en occupait le centre. Bornée au nord par les collines du Canada, à l'ouest par les Montagnes Rocheuses, à l'est par les Alleghany, cetie nappe d'eau, de médiocre profondeur, s'écoulait dans l'Atlantique par les chutes du Niagara, et dans le golfe du Mexique par le Mississipi.
Le seuil du Niagara s’usant sous le frottement des eaux, quelque cataclysme renversant peut-être la barrière du sud, cette mer se dessécha peu à peu, laissant une plaine immense, sablonneuse par endroits, fangeuse presque partout, à peine ridée des quelques ondulations qu'y avaient creusées les courants sousmarins dont elle avait été sillonnée pendant tant de
siècles. Il n'en resta plus que les cinq grands lacs qui séparent aujourd'hui les États-Unis du Canada et qui alimentent le Saint-Laurent. L'œuvre du desséchement continue d'ailleurs, car leur niveau s'abaisse encore d'une manière sensible.
Ce sont les trappeurs et les missionnaires français du Canada qui, les premiers parmi les Européens, parcoururent ces plaines qui couvrent près de deux cent mille lieues carrées. Ils leur donnèrent le nom de Prairie, que lui ont conservé les Américains ; du reste, le vocabulaire topographique usuel est resté presque exclusivement français. Une colline est une butte, une cascade un saut, un affluent une fourche, etc.
A une époque indéterminée, à la suite d'une convulsion souterraine, une ile à peu près ronde, d’une centaine de milles de diamètre, surgit un jour dans cette mer, non loin des Montagnes Rocheuses. Une éruption, se frayant un passage à travers les couches horizontales superposées, les retroussa en anneaux circulaires autour du cratère qui servit d’évent. Chacune de ces couches, en venant affleurer à la surface, y amena naturellementles minéraux qu'elle contenait. Il résulte de cette disposition singulière une série de zones concentriques contenant chacune des richesses spéciales. En suivant un rayon, on traverse en quelques heures des gisements de houille, des dépôts de pétrole, des mines d'or, de cuivre et d'argent. Si, au contraire, on s'attache à l’un des filons qu'on relève à chaque pas, on rencontrera presque sans interruption les mêmes minerais, en suivant une circonférence qui ramènera au point de départ.
Ce singulier pays resta longtemps inconnu. Il était
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