PROGRES ETONNANTS
Vers la fin de cette année, la Fédération Américaine annonce avec orgueil qu’elle a enrôlé 10,157 3 membres dans les unions internationales et ses succursales. En 1900, quatorze nouvelles « internationales »,4 presque toutes formées par elle-même, viennent chercher au pays nombre filiales. L’Ontario est littéralement envahie, puis c’est la Nouvelle- Ecosse et le Nouveau-Brunswick, et ensuite le Manitoba et le Québec. Pour la première fois elle fonde au pays 22 unions fédérales durant cette seule année.
Ces progrès étonnants du trade-unionisme américain au Canada ne découlaient pas seulement des rapports fraternels récemment inaugurés, mais surtout du profit que la F. A. T. sût tirer de la veulerie des chefs ouvriers canadiens ; du
1 Official Proceedings of A. F. of L. (1898), p. 54.
2 G. du T. vol. I, p. 65.
3 G. du T. vol. I, p. 65.
4 G. du T. vol. II. pp. 572 et suivantes.
retour de la prospérité industrielle, suscitée par le commencement d’un grand courant d’immigration et enfin du fait qu’elle dirigea sur le pays une armée d’organisateurs dont vingt déjà étaient salariés.1
Avertissement de M . Ralph Smith
Mais si, pour la plupart des chefs ouvriers canadiens, ce progrès extraordinaire de l’organisation internationale en nos murs semblait un bienfait, il était, au contraire, pour M. Ralph Smith, président du «Congrès» depuis l’année précédente, un sujet de grande crainte.
Il appréhendait le servilisme vers lequel serait conduit le travail syndiqué canadien en se livrant insouciamment à un système d’organisation insuffisant. Il croyait, au contraire, à l’opportunité d’une « union nationale » de toutes les forces ouvrières canadiennes.2