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Chapitre IX

Jésus dit à l'aveug-le de naissance qu'il vient deeruérir: « Crois-tu au Fils de Dieu?» Celui-ci demande : « Oui est-il. Seigneur, pour que je croie en lui? » Et Jésus répond : « Tu l'as vu, et celui qui te parle, c'est lui-même. »

Cette dernière parole est écrasante pour notre esprit. Ainsi donc Jésus aurait éclai-

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1 é cet aveugle, ce mendiant aveugle qui n'avait jamais rien vu, pour que le premier objet qu'il pût voir fût précisément le Fils de Dieul Le Fiis de Dieu voulait la virginité du reisârà de ce pauvre. Les regards des autres, de ceux qui avaient ru tant d'autres objets avant qu'ils le rencontrassent, ne lui suffisaient pas. Cette multitude avait pu voir toute sa création, depuis les animaux jusqu'aux plantes et jusqu'aux pierres. Elle avait pu voir toutes les étoiles du firmament, mais nul n'avait eu ce privilèg-e inouï de la vision du Fils de Dieu antérieure à toute vision. Xul excepté, sans doute, le Père, qui voyait indiciblement son Fils avant qu'existât une création visible...

L AVKUOLE-NE

On demande à cet aveugle éclairé : « Où est-il cet homme qui t'a ouvert les veux? » et il dit : « Je ne sais pas. » On lui affirme que cet homme est un pécheur et il répond : « Je n'en sais rien. Je ne sais qu'une chose, c'est que j'étais aveugle et que, maintenant, je vois. » On interroge ses parents et ils disent qu'ils ne savent rien, sinon que celui-là est leur fils et qu'il est né aveugle. Les interrogateurs eux-mêmes déclarent qu'ils ne savent d'où peut venir celui qui a opéré le prodige. Personne ne sait rien.

Cependant on veutapprendreaumoinsce que le pauvre homme pense de celui qui lui a ouvert les yeux et il dit : « C'est un

prophète. » Il ajoute que « si celui-là n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire». Voilà, certes, une obscurité bien étrang-e et sûrement elle aug^menterait jusqu'à ^devenir les Ténèbres palpables de la Neuvième Plaie, si quelque docteur extraordinairemenl inspiré s'avisait de demander à cet aveugle devenu clairvoyant ce qu'il est luimême et que celui-ci vînt à lui répondre ce qui est écrit dans rÉvangile : « Il est admirable que vous ne le sachiez pas. »

Avant de tenter, avec une audace qui peut ressembler à de la folie, une interprétation quelconque, je veux penser encore à ce privilège unique, déconcertant et inconcevable de r Aveugle-né, admis,seul par-

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ini tuus les hommes, à contempler la Face de Jésus virginalement, c'est-à-dire n'ayant jamais v» aucune autre chose sur terre. Ils étaient innombrables, ceux qui, déjà longtemps avant lui, l'avaient contemplé, — s'il est possible, toutefois, de se servir d'un tel mot.

La contemplation dans son essence n'est ni affective ni active et la raison n'y a point de part non plus que la volonté. « La contemplation », disait Rusbrock l'Admirable, « est une connaissance supérieure aux manières de connaître, une science supérieure aux manières de savoir... C'est une ig'norance illuminée, un miroir magnifique où reluit l'éternelle splendeur de Dieu; elle

n'a pas de mesure et toutes les démarches de la raison sont impuissantes là où elle est. » Toutes les facultés du contemplateur sont dans les serres irrésistibles de la Colombe qui va où elle veut, qui fait ce qu'elle veut, et qui vient on ne sait d'où, n'ayant ni commencement ni fin.

Sans doute les premiers adorateurs de Jésus enfant, avertis par les Anges comme les Bergers, ou illuminés au fond d'euxmêmes comme les Mages, l'avaient réellement contemplé. Aucune autre expression n^ peut être admise. Mais la foule immense des autres sans excepter les Apôtres et les Disciples, que pouvaient-ils jusqu'à sa mort dont ils furent effrayés et scandalisés,

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sinon le voir de leurs yeux de chair, ainsi que pouvaient le voir les animaux, objet visible qu'ils étaient forcés de comparer à tous les objets visibles qui avaient passé de leuis yeux dans leur mémoire, avant qu'il leur ap|>anit'?

Privilège déjà infini. A la distance des siècles, aujourd'hui surtout, les chrétiens capables d'amour ne peuvent se défendre d'envier ces bienheureux hommes qui voyaient le Seigneur tous les jours et ceuxlà même qui ne le virent qu'une seule fois. Les Patriarches et les Hébreux des temps très anciens soupiraient, dit-on, après sa venue et pleuraient de désir en appelant le Bien-Aimé sur les montagnes ou dans les

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profondes vallées. Quand il fut porté tout petit enfant, à Jérusalem, le juste vieillard Siméon en mourut de joie.

L'espérance, il est vrai, doit nous suffire, à nous autres pauvres chrétiens venus si tard! Mais en ce qui concerne la Face du Christ incarné, ses adorables Yeux, sa Bouche divine qui ne s'ouvre que pour proférer des paraboles ou similitudes, sa Main de Fils Unique du Dieu vivant qui guérit les plaies des corps et les plaies des âmes, son ineffable Cœur palpitant et tout son Corps d'Ag-neau mystique devant être immolé pour le rassasiement des hommes qui croiront en lui; pour ce qui est de tout cela, notre espérance bien singulière est, si

on peut le dire, à rebours, en ce sens que nous désirons voir ce qui a été vu trentetrois ans par tout un peuple, il y a vinjj-t siècles.

Nous savons, parla foi, que nous le verrons plus tard, si nous f avons mérité, et voilà la difTérence. Et encore, l'ayant mérité, nous le \erTons autrement. Ce ne sera plus dans sa chair passible, comme autrefois. Heureux Judas! Heureux Caïphel Heureux Hérode! Heureux Pilatel qui l'avez vu de vos yeux ! Peu importe que vous souffriez actuellement d'horribles tourments. Ce que vous avez eu, sans le comprendre, n'est pas trop payé par une éternité de supplices.

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Le cas de l'Aveugle-né est énormément différent de tous les cas imaginables. Il était devenu clairvoyant pour voir Jésus, c'est-à-dire d'une clairvoyance telle qu'il n'y en avait pas de comparable et qu'en ce sens on peut penser qu'il n'avait pas cessé d'être aveugle pour tout ce qui n'était pas Jésus.

Le Seig-neur en avait guéri d'autres, celui du chemin de Jéricho, par exemple. Mais celui-là n'était pas aveugle de naissance et il savait très bien qui était Jésus, puisqu'il l'appelait « Fils de David ». Puis le miracle fut opéré d'une toute autre manière. « Que veux-tu que je te fasse? » demande Jésus à celui-ci. « Seigneur, que je voie! » Et

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Jésus lui dit : « Vois, ta foi t'a sauvé. » Aussitôt il vit. Une parole, sans un geste.

Mais pour l'aveugle-né, c'est une sorte de cérémonie liturgique : « Tant que je suis dans le monde, je suis la Lumière du monde. » Jésus, ayant dit cela, cracha par terre, fit de la boue avec sa salive, puis étendit cette boue sur les yeux de l'aveugle et lui dit: « Va et lave toi dans la piscine de Siloë (mot qui veut dire Envoyé). » L'aveug-le y alla, se lava et revint, voyant clair.

Que signifie cette salive de la Lumière du monde, qu'est-ce que cette boue, et que faut-il penser de cette piscine? Il paraîtque la réponse est difficile, puisque saint Augustin lui-même tourne court dans ses

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Les nveugles par accident ou maladie ne sont pas vraiment des aveugles. Ils ont vu ce qu'ils avaient à voir et ils continuent par les empreintes de leur mémoire. Ils sont comme des hommes pri es d'un de leur membres dont ils firent tel ou tel usage. Leur situation n'a rien d'analogue ni de comparable à celle d'un aveug-le-né. Celuilà est vraiment inimaginable. Qu'on veuille appeler ses ténèbres intérieures ou extérieures, il est l'habitant des ténèbres, de toutes les ténèbres, et c'est l'empire de Satan. S'il est enfant de chrétiens, il reçoit le sacrement de baptême dans les ténèbres ; il est confirmé dans les ténèbres; le Corp; lumineux de Jésus-Christ lui est donné dans les

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ténèbres; il meurt enfin à tâtons dans les plus épaisses ténèbres. Il n'a rien vu et ne peut pas même concevoir ce que c'est que d'avoir vu quelque chose. Il ne sait pas comment sont faits les hommes, ne sachant pas comment il est fait lui-même. Il ignore les femmes, les petits enfants, la couleur du sang, la couleur du feu, la couleur des larmes, la couleur des cieux, et il n'arrive pas à conjecturer seulement l'apparence de son Rédempteur. Or la compréhension de quoi que ce soit semble impossible sans le don de la vue physique. Ce n'est pas une misère excessive, que la sienne. C'est un monstre de misère.

Que penser alors de l'aveugle-né de l'É-

vangile qui n'avait pu rien recevoir dans son caveau de la Synag-ogue, appelé soudain à envisag-er le Fils de Dieu, sinon qu'il fut, par un miracle non moins grand que la création des soleils, institué d'un moment à l'autre, le Clairvoyant de la Divinité douloureuse? « Credo ^ Domine, je crois, Seig:neur », dit-il, et, se prosternant, il l'adora. A cette minute grande comme les siècles, que pouvait-il voir, n'ayant jamais eu le pressentiment ni peut-être même le désir d'une vision quelconque et la Face du Christ emplissant devant lui tout l'horizon?

Rien d'autre sans doute que cette Face chargée de tous les crimes du monde.

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incomparablement plus suave et plus terrible à ses yeux purs qu'elle ne devait l'être dans l'avenir pour les plus saints visionnaires.

La Face de Jésus menaçant le vent et se faisant obéir de la mer, pleurant au tombeau de Lazare et suant le sang- à Gethsémani ; la Face livide et conspuée du Maître flag-ellé, crucifié, mourant, prononçant les Sept Paroles infinies qui correspondent aux Sept jours de la Genèse ; devant être manifestée à la fin dans une gloire impossible à imag-iner, infiniment au-delà des collines d'or de la Résurrection, en un lointain mystérieux et formidable, pour le Jugement de tous les hommes.

Et il fallait bien qu'il en fût ainsi, puisque le Seigneur, pour donner la vue à cet aveugle, rien que pour lui donner la vue, avait opéré tout juste comme pour la Création de la Race humaine. Il avait pris de la terre, mais, en même temps, parce qu'il avait assumé toute la coulpe de cette race, la Rédemption étant à ce prix, il avait fallu qu'il y mêlât sa salive, en accomplissement de la loi formelle de Moïse promulguée dans le Lévitique : « Si un homme jette sa salive sur celui qui est net, il sera immonde jusqu'au soir. »

La stature de ce pauvre aveugle atteint à cet instant des proportions inconnues. Tout à coup on ne voit plus que lui, et sa cécité

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devient un pliare pour éclairer l'Évangile. L'humiliation infinie du Fils de Dieu, son étal d'opprobre et de vermine prophétisé par David, et son infamante mort dans les ténèbres du soir ; tout cela serait donc déterminé symboliquement par sa g-uérison miraculeuse! Alors qui est-il vraiment, cet aveugle, ainsi que je l'ai dit plus haut, en appliquant à lui-même ce qu'il dit de son sauveur : « Il est admirable que vous ne le sachiez pas.»

Dans cette histoire étonnante que je crois toujours lire pour la première fois, l'ayant si souvent relue, je suis très particulièrepient impressionné par le lémoig-nag-e des

parents et par la protestation furieuse des docteurs de la Synag-ogue. « Nous savons que celui-ci est notre fils », disent les premiers. « ... Interrog-ez-le, œtatem habety ipse de se loquatur ; il a l'âge, qu'il parle DE LUI-MÊME. )) Quaud OU Sait l'Absolu des Textes sacrés et leur concordance lumineuse, il est difficile, en cet endroit, de ne pas penser à « l'âge de la plénitude du Christ», selon l'expression de saint Paul, et il est tout à fait impossible de ne pas se rappeler qu'il n'y a que Dieu qui puisse parler de lui-même — sens profond de toute la Révélation écrite.

Alors, oh ! mais alors, cet aveugle, à qui Jésus ouvre les yeux, signifierait donc

l'avkuglk-nk aSy

Jésus lui-meine,coinme son imag-e énigrnalique reflétée dans un miroir ! Et ses parents qui savent que c'est là leur fils, mais qui semblent ne pas savoir autre chose, par crainte des Juifs et de leurs docteurs, comment ne pas les assimilera ceux de Jésus, quand il avait douze ans et qu'il leur fallut le chercher trois jours dans la ville deJérusalem, aveug-les eux-mêmes ou le croyant peut-être devenu aveug-le, pour le trouver enfin dans le Temple, assis au milieu des docteurs qu'il étonnait de sa clairvoyance.

On a souvent reg-ardé comme une difficulté g-rave la réponse de cet adorable Enfant à ses parents éplorés : « Ne saviez-

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VOUS pas qu'il faut que je sois aux choses de mon Père ? » C'est le même sens que l'autre réponse du même Jésus dans l'âg-e de sa plénitude : « Il faut que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui », en cet homme qui est aveugle de naissance et dont les yeux ouverts par moi vont me renvoyer ma propre image incontaminée.

« Il a l'âge. » Cette affirmation des parents a une importance telle que l'évangéliste la mentionne deux fois, comme si l 'Esprit-Saint qui l'inspire voulait qu'on pensât aux deux Testaments. Et c'est là, sans doute, ce qui exaspère les g"ens de la

l'av£Ugle-.vé «ôg

Synai^oî^ije : « Toi, sois le disciple de celui qui t'a ouvert les yeux et que nous ne vouions pas connaître », disent-ils à l'illuminé en le maudissant ; « sois son disciple tant que tu voudras ; nous autres, nous sommes les disciples de Moïse. » Et ils le jettent dehors où il est aussitôt recueilli par Jésus.

« Il a l'âge », encore une fois. Ce fils né dans les ténèbres, grandi dans les ténèbres et délivré maintenant des ténèbres, quel âg-e peut-il donc avoir ? Certainement il doit avoir l'âge de Jésus et Jésus a précisément l'âge de Dieu, de la plénitude de Dieu, l'âge de la Création, l'âge de tous les Patriarches, de tous les Prophètes, de tous

les peuples et de tous les mondes, l'âge de la Trinité et de l'Éternité.

Aussitôt qu'on a vu ou entrevu cela, on est forcé de conclure à l'impossibilité de débrouiller cette histoire qui est, comme tous les récits paraboliques de l'Écriture, sans exeption, humainement impénétrable.

On ne sait plus où est Jésus, on ne sait plus où est l'aveug-le-né. Quand on lit que celui-ci est jeté dehors par les disciples de Moïse, c'est l'histoire de Jésus qu'on croit lire ; quand les mêmes disent de Jésus : « Nous savons que celui-là est un homme pécheur », ils ont beau mentir, ils ont tout de même raison et plus que raison, puisque le Fils de Dieu, assumant tous les

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péchés du monde, a été fait réellement pécheur au point d'être le Péché même, ainsi que ratdrme saint Paul. Lorsque les voisins, vicini, de l'aveugle-né, — c'est-àdire tous les Prophètes de l'ancienne Loi qui l'avaient vu mendier, — disaient :

« N'est-ce pas lui qui était assis et qui mendiait ? » les uns répondaient : « C'est lui. » D'autres : « Pas du tout, mais il lui ressemble. » Alors le nouveau clairvoyant disait à son tour : « C'est moi. Ego sumI » A cette parole tout à fait divine capable d'arrêter les cataractes et de faire reculer les montagnes, on tombe par terre, comme les compagnons de Judas au jardin des Oliviers, et on pleure, ne sachant plus en pré-

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sence de qui on se trouve... Il n'y aurait pas de vie assez longue, s'il fallait tout dire.

Quelqu'un sait-il ce que devint cet aveugle éclairé qui fut réellement un homme, ce qu'on a quelque peine à croire, lorsque, d'infiniment loin, on se demande ce que signifie symboliquement son passage dans un chapitre entier de l'Évangile? Devint-il, comme il semble l'annoncer lui-même, un disciple de Jésus, ou devint-il un de ses bourreaux ?

Car il étaitselon la nature humainequ'un nombre, plus ou moins grand, de ceux qu'il avait guéris ou consolés le crucifiassent avec fureur un peu plus tard. Nulle

l'aveugle-ne

tracede lui au-delà du IX* chapitre desaint Jean.

Je n'ai rien dit encore de la piscine de Siloë. Peut-être obtiendrons-nous de ce côté un peu de lumière. Le mot employé dans laVulgateestassez étrange.. Va/a/ona.

Strictement, c'est un endroit où on nage, un lieu de natation. Il y avait une fontaine deSiloë,au pied de la montagne du Temple, au sud-est de Jérusalem, en dehors des murs. Son nom, probablement très ancien, sig-nifie Envoj'é, ainsi que le fait remarquer révangéliste, particularité fort mystérieuse pouvant expliquer sa situation en dehors de Jérusalem, quand on considère, dans

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cette figure, rexjDulsion judaïque, obstinée, viijgt fois séculaire, de Jésus qui est l'Envoyé par excellence.

Celte fontaine prédestinée ne peut signifier que Marie, de qui est sorti Jésus, Marie continuellement et immémorialement symbolisée dans les Livres saints par toutes les eaux des sources, des fontaines, des fleuves ou des océans, au point que Moïse racontant la Création ne peut s'empêcher de donner le nom de Maria à l'universelle « cong-régation des eaux »... Quand Jésus dit à l'aveugle de se laver dans la piscine, c'est donc comme s'il l'envoyait à sa Mère. Celle-ci qui préside souverainement aux immersions baptismales et qui a enfanté

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la Lumière du monde prend à cet homme sa cécité pour la conférer en exhalant les soupirs immenses desaTransfixion — à la Race Juive, sa propre race, dès ce moment forcée d'attendre que s'accomplisse inefFablement la Première Parole du Rédempteur en sa Croix, pour être délivrée enfin des ténèbres de son terrible Velamen.

Voilà donc tout ce que je parviens à discerner dans cette histoire de l'Aveugle-né. Un mendiant qui n'a jamais rien vu et qui paraît être, en une manière très cachée, Jésus lui-même aperçu dans le miroir énig-matiquede saint Paul; ce mendiant, privé de toute lumière jusqu'alors, devenant

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soudain clairvoyant, parce que Jésus, Lumière du monde, a frotté ses yeux avec de la terre conspuée par lui et qu'il lui a dit d'aller à sa Mère qui ne pouvait pas être bien loin, pas plus loin, je pense, que la fontaine de ses propres yeux tout pleins des larmes que bientôt il répandrait sur le tombeau de Lazare; et tout deux, le Mendiant et le Seigneur, les Ténèbres et la Lumière, devenant l'un pour l'autre deux miroirs, au point que Jésus,ayant l'air de tout transposer,déclare, à la fin, qu'il est venu pour que ceux qui ne voient pas soient des voyants et que les voyants deviennent aveug-les,et que ^ c'est en cette sorte qu'il jugera le monde; affirmation qui promet d'étrang es surprises.

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l'iiis des parents qui savent que cet aveugle-né qui vient de naître à la clairvoyance est bien leur fils, mais qui ne savent rien de plus, paraissant croire qu'il est perdu pour eux, maintenant qu'il voit, et s'éloignanl de cet enfant qui n'a plus besoin d'eux, puisqu'il a l'âge où il peut parler de lui-même, attitude respectueuse qu'on doit supposer celle des Prophètes, à l'apparition du Sauveur qu'ils avaient été chargés d'annoncer. Puis encore des disciples de Moïse, manifestement enragés de toutes ces choses et se sentant avec désespoir devenir aveugles à leur tour, quand l'Aveugle-né qui les condamne voit enfin, croit et adore.

Tout cela, esl-il besoin de le dire? se passe sur les cimes vermeilles de la Contemplation, à d'énormes distances de l'interprétation strictement morale ou doctrinale du Texte saint et infiniment au-dessous de la claire Vision Béatifique. C'est comme une manière de pleurer en regardant le ciel, en pensam à l'incompréhensible Dieu de nos âmes qui nous consumerait comme de la paille, s'il se montrait à nous autrement qu'en énigmes ou en paraboles.

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