LIVRE III
Autrefois l'idée qu'on avait du Moyen-Age était fausse et ridicule parce qu'on suivait le préjugé, et le préjugé est fils de la paresse et de l'ignorance. C'était, pour les beaux esprits et les sceptiques, l'âge de l'enfance des peuples et des hommes. Il n'y avait alors rien à sa place. Tout était confus, grossier, inculte en Europe. Les intelligences, moralement comme politiquement, travaillaient en silence à se former mais la servitude étendait sur elles son empire et les abrutissait. Enfin et plus particulièrement, ces siècles de barbarie et de vasselage, où la matière submergeait la pensée, étaient ceux du règne de l'Église et de la Papauté par excellence. On voyait donc conséquemment avec peine que la superstition avait pollué la foi et que les indulgences plénières se substituaient à la justice. — Quelle erreur complète et sans excuse! Encore est-il vrai que l'impiété et le philosophisme au jiviii* siècle l'avaient enracinée davantage dans nos croyances. Mais, «que les temps sont changés ! »
Plus rien n'esl debout à l'heure actuelle de ce! édifice grotesque de préventions, de mensonges et de boutades.
Oui, les peuples au Moyen-Age étaient des enfants, ayant une mère : la Religion, qui les allaitait, les consolait, défendait leurs intérêts avec sollicitude. Mais c'est surtout sur les lèvres des enfants qu'on surprend la naïveté, la modestie, la douceur et la prière. Ils parlent simplement, mais avec tant de vérité et d'innocence que nous aimons mieux quelquefois leurs piquantes et subtiles réparties que les tirades des orateurs les plus éloquents. Ainsi nous apparaît le Moyen-Age, vrai et souvent profond dans son ingénuité et sa candeur, époque de labeurs de toute espèce, sublime par ses inspirations religieuses, dont les littératures originales ou savantes méritent d'être sérieusement étudiées comme l'une des phases les plus intéressantes de l'histoire intellectuelle.