acte II
BARDI
Voilà ce qui pour lui redoublerait ma haine!
Cet homme-là n^a rien, quelques florins à peine,'
Il vit péniblement, mais il vit toujours fier,
El quand son œil s’allume, on dirait un éclair !
Tenez, quand il parlait à la foule assemblée.
Sous son geste et sa voix mon àme s’est troublée;
Il semblait regarder tout ce peuple qui bout Comme un pilote calme, au gouvernail debout;
Et sa parole, au sein de cette multitude Tombait, sans qu'il perdît sa sereine attitude !
Et, devant cette voix, ce geste, ce maintien, .
Mes trésors entassés ne me servaient de rien ! Comprenez-vous cela? qu’on ait tout : la puissance,
La réputation, les honneurs, la naissance.
Et qu’il faille, le jour des grands combats venu.
Courber le front devant un pouvoir inconnu ;
Le pouvoir du talent qui se fait reconnaître !
— Pourtant, l’or est le Dieu, l’or est en tout le maître. Il devrait donc donner génie, amour, savoir...
TOUELLO.
Oui, quand on a de l’or on devrait tout avoir!
Riche, on est bon à tout. Mais à quoi sert, de grâce.
Un homme de génie? A rien. Il embarrasse.
Le talent, dira-t-on, doit me flatter! En quoi?
L’esprit... L’esprit... Cela m’en donne-t-il, à moi?
— Ça, chevalier, je crois qu’il est temps de nous rendre Au palais...
BARDI
Allez seul, et vous viendrez m’apprendre Ici le résultat du vote.
T0REU.0> à 'part.
Il ne vient pas.^
Est-ce qu’en l'appuyant j'aurais fait un faux pas?
{Haut.)
Venez aussi...
BARDl.
Non ! non!
TORELLO
Par mon orfèvrerie!
S’il est vaincu, j’aurai fait une étourderie !...
(Haut.)
Adieu. Dans un instant vous serez proclamé Prieur, cher chevalier. *
(A part, en sortant.)
Si Dante était nommé !