DANTE, BARDI, BRUNETTO, GUIDO, BEATRIX
BÉATBIV.
Dante! Hélas! — Que ma voix, dans l’épreuve nouvelle, Le console du moins.
Fils, le peuple t’appelle.
Le peuple, dont le sort est remis en ta main.
Du palais des prieurs va t’ouvrir le chemin.
.» DANTEIET BÉATRIX.
— Du parti bkmc tU‘ viens de tromper l'èspéranoe; Permets-moi, cependant, ô prieur de Florence,
Un conseil paternel : en sortant de ce lieu,
Dante, à la poésie il te faut dire adieu';
C’est un siècle d'airain que le siècle où nous sommes; Sois homme, s tu veux lutter avec les hommes!
Si tes rêves chéris reviennent, chasse-les.
Il le faut! — Maintenant, entre dans ce palûs.
BÉATBIX.
Entrez dans ce palais, Dante, ayez hou courage,.
Ayez le cœur plus fort,.si plus rude l’ouvraga !
Si vous souffrez, songez, pour ne pas vous aigrir.
Que vous n’ètes pas seul dans ce monde à souffrir.
Et que' nous reverrons tout ce que nous aimâmes Dans un monde meilleur où. vont les nobles âmes! Souvenez-vous aussi que je vous appelais Mon frère. — Et maintenant, entrez dans ce palais!
GUIDO
Eh bien ! puisqu’aux honneurs rien ne peut te soustraire. Entre dans ce palais. Adieu, Dante! Adieu, frère!
Entre dans ce palais, et laisse sur le seuil
Ton pauvre ami pleurant près de ta muse en deuil !
Je visiterai seul, avec ta jeune muse.
Le fleuve qui t’aimait et qui déjà t’accuse ;
Mais, pour te consoler, je viendrai bien des fois T’apporter, mon ami, les nouvelles des bois.
Je te raconterai les prés et les fontaines
Dont tu n’entendras plus que les rumeurs lointaines ;
Toute cette nature, enfin, où tu mêlais
Ton âme. — Et maintenant, entre dans ce palais!