‹ Dante et Béatrix drame en cinq actes et en versChapitre 42 sur 68 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

TORBLLO.

Mon maître, à la douceur nous sommes disposés;

Mais ne nous forcez pas, nous bourgeois de la ville,

A sortir aujourd’hui de notre. humeur tranquille. ' 11 faut capituler, Dante, je vous le di :

Ce n’est pas seulement le chevalier Bardi Qui nous attaque... mais sous les murs de Florence Sont rangés les meilleurs des chevaliers de France! Comment leur résister, nous paisibles bourgeois?

Et si nous résistons, bientôt, je le prévois.

Notre argent, nos. maisons, et nos femmes peut-être...

Et tout cela pour vous?... Non pas, non pas, mon maître !

O honte!

DANTE

TOBELLO.

L’étranger, me direz-vous! — Eh bien.

L’étranger soit.... pourvu qu’il ne me prenne rien! — Ce n’est pas en mon nom seulement que je parle. Bientôt vous entendrez....

EES AUTRES CHEFS.

Vive le prince Charle I

TOREIXO.

Vous avez entendu.

DANTE

Que m’importe cela?

Je ne ferai jamais cette lâchetc-là.

Et je trouverai bien, même aux jours où nous sommes, Citoyens florentins, parmi vous quelques hommes!

TOREIXO.

Vous n’en trouverez pas un seul, mais raisonnons. ■

Vuus nous connaissez tous et tous savez nos noms.

Nous sommes des bourgeois, gens paisibles et graves,

Et nous ne sommes pas obligés d’élre bravés!

Contre de vrais guerriers que pourraient nos efforts? , Nous nous battons... mais quand noussommeslesplusforts.

DANTE

O terre qui comptais les héros par cent mille !

Terre des Scipion, terre des Paul Émile !

Qui tressaillais d’orgueil lorsque tes grands Césars Te conduisaient vingt rois enchaînés à leurs chars ! Italie! Italie! ô reine détrônée!

Esclave maintenant du ciel abandonnée!

Terre que Dieu dota d’un éternel azur.

Te voilà désormais comme un repaire impur!

Contre leurs descendants, dont la puissance tombe.

Les Romains d’autrefois murmurent dans leur tombe ! — O peuple ingrat et vil , tu fus toujours ainsi,

Et tu feras partout ce que tu fais ici :

Les plus grands citoyens furent toujours ta proie ;

Les meilleurs, tu les a déchirés avec joie ;

Leur amour a nourri ton féroce penchant.

C’est le bien qu’on t’a fait qui t’a rendu méchant!

— Tremble! L’épuisement succède à la démence.

Et déjà de nos jours ton châtiment commence' :

Tous les peuples que Rome eût jadis sous sa loi De leur abaissement se vengeront sur toi;

Tous, amoureux un jour de la molle Italie,

Comme d’une beauté facile qu’on oublie.

Partageront, ainsi qu’un trésor prodigué.

Ton sourire banal et ton sein fatigué! '

y. . ACTE IVy:,,. ,

De l’une à l’autre mer et des, Alpes au Tibre>’, Tu seras le seul peuple indigne d’ètre libre !

' , TORJBLLO* !i ‘ ■

Allons! fînissons-cn. Signez, Dante.

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