ACTE V
Vois-tu ce ciel qui doit nous réunir bientôt? le vais t’attendre, frère, adieu.... Là-haut ! là-haut!
DANTE
Béatrix! ô mon Dieu! Beatrix!...
Elle est morte.
DANTE
Puisse mon cœur s’ouvrir pour qua la vie en sorte! Accordez-moi la mort, ô mon Dieu! Permettez Que j'aille dans le ciel m’asseoir à ses côtés!
— Béatrix m’apaisait par son auguste empire....
Le meilleur de mon âme en deviendrait le pire!
Je sens, moi qui croyais ne pouvoir pas haïr.
Les démons violents malgré moi m’envahir !
— Ah! ma douceur venait de mon doux esclavage! — Mon âme est comme un champ qu’un ennemi ravage ; I.C méchant semble avoir triomphé sans retour,
11 triomphe aujourd’hui.... Mais demain à mon tour! Dans mon sein, sourdement, la foudre déjà prête Va briller, va frapper! Et déjà dans ma tête.
Fiers lions dont l’ardeur ne peut plus s’amortir.
Mes tercets furieux grondent prêts à sortir !
BARDI
Dante, écoute, regarde, apaise-toi : je pleure !
J’ai senti défaillir mon âme tout à l’heure;
De la mort éprouvant l’auguste majesté,
■ Dante, rien de moi-même en moi n’est plus resté ! Je^fus méchant, je fus lâche, je fus infâme,
— Pardonnez-moi du haut du ciel, ô sainte femme! — Je croyais la haïr, hélas! et je l’aimais;
Mes jours au repentir sont voués désormais!
■■■■ififiaaSSSSS
Je le reconnais bien, j'étais indigne d’elle ;
Son seul époux, c'est toi, toi qui lui fus fidèle;
Ah! que mes pleurs amers vous servent de témoins ; Soyez unis tous deux, devant la mort du moins!
— Cet anneau t’appartient; prends, je te l’abandonne.
Tu l'aimais, as-tu dit? Alors, je te pardonne.
Reste près de sa tombe et sois-en le gardien,
Fais qu'en la visitant ton pas ressemble au mien ! Moi, je pars; mon exil me convient et m'attire, L'exil.... Prison qui marche, allongeant le mjirtyre!
Viens dans mes bras, Guido ! — Mais laisse-moi seul, frère, Qye.rien de ma douleur ne puisse me distraire. Laisse-moi seul, je veux être seul à souffrir.
Et vivre désormais triste jusqu'à mourir!
L'àme mieux qu'à la joie aux larmes s’accoutume; J'éprouverai combien de sel et d’amertume Au pain de l'étranger, et combien dur l’ennui : Dtf descendre et monter par l’escalier d’autrui !
Du ^oins, je flétrirai, je poursuivrai sans cesse La peur, la trahison, le crime, la bassesse;
Mes ennemis, plongés vivants dans mon enfer.
Verront leurs noms écrits de mon stylet de fer;
Leur supplice à mes maux servira d’allégeance;