‹ Dante et Béatrix drame en cinq actes et en versChapitre 7 sur 68 · DANTE, BÉATRIX · texte numérisé non relu

DANTE, BÉATRIX

DANTE. { I

Béatrix ! Vous détournez les yeux.... 1

•Ma présence aujourd’hui peut-elle vous déplaire? •

Pourtant, je ne mérite en rien votre colère ; ! !

A cet accueil si froid je ne m’attendais pas, '

J’ai tant souftert !

BÉATRIX, à part. I

Hélas! • I I

DANTE. ^ I

Un mot, de grâce! • '

BÉATRIX. I

. , Hélas!

Mon pere le delend....

DANTE

Eh! quoi! moi qui vous pleure.

Mais que votre présence a ravi tout à l’heure.

Je ne pourrais plus même entendre votre voix.

Moi que vous appeliez votre frère autrefois!

BÉATBM.

Frcre !

PANTE

Oh! inerei, merci! Votre douce pasole.

Je l’ai bien secounue, an seul mot me console;

Si vous saviez conabien je souffre, mais oMHbien, Béatrix, un regard de vous me fait de bien!’

Je vous dois tout, espoir, courage, vertu même.

Ma première pensée et mon premier poème!'

— Tenez, un souvenir : j’avais alors vingt ans.

Et vous quinze. C’était par un jour de printemps. Nous visitions, nos deux familles réunies,

Ec monte Caprione. Et là, mille harmonies La grande mer où vient se perdre la Magra,

Le couvent del Corvo que ce bean ciel doea.

Le bruit des eaux tombant dons les larges ravines. Tout préparait mon cœur aux extases divines!

— Quand j’eus bien écouté Dieu qui parlait en. moi. Je vous cherchai des yeux.... mais je pâlis d’effpoi. ; En abîme béant ... et de vous nul vestige!

Je m’élance, je cours, comme pris de vertige.,.. Tout à coup ! Au sommet du mont resplendissant Vous reparûtes, seule ! Et le soleil naissant Vous couronnait là-haut d’une lueur étrange.

Et — pardon, Béatrix — et je crus voir un ange! Mon cœur plus ardemment me sembla palpiter,,

Je sentis mon front plein comme près d’éclater.

Je compris que mon àme avait été choisie Par un hôte nouveau, c’était la poésie!

C’était ce don sacré, ce rayon immortel Qui, me venant de vous, semblait venir du ciel!

ACK L m

Pour moi, ce fut un signev un-OFdre de Dieu même,

Et depuis ce jour-Ià, Béatm, je tous aime.

BÈAXRn.

Un souvenir aussi, Dante : c’était le soir.

Vos parents et les miens étaient allés s’asseoir Là-bas, au bord du fleuve, et l’on vous dit : « Poète » Voilà longtemps déjà que ta voix est omette,

» Dis-nous un de tes chants. » — Et j’entendis .bientôt

Votre voix, et mon cœur s’émut au premier mot.

Qui donc ouvrit pour vous les portes de L’abîme, I

O Dante? Sur ces vers, sur ce tableau sublime ■ <

• Où lui-même en pleurant l’Amour se condamnait, i

Quelque chose d’austère et de tendre planait ! . ^

— A c€s graves accents pâlit plus d’une femme.

Et moi dans le secret je vous donnai mon âme T ; .

— Mais vous m’aviez promis — vous en souvenez-voust— De me donner ces vers, récit terrible et doux.

L’histoire des amants de Rimini.... Quel charme Dans ces vers ! Chaque mot tombe comme une larme !

Et puis, quelle leçon !

DANTE, prenant une de ses feuilles de parchemin. Béatrix, les voici.

■ÉATRIX.

Poète gracieux,. nous vous disons merci!

Puisse toujours le ciel inspirer votre lyre!

Ces vers que nous aimons, nous allons les relire.

Notre âme se complaît à ce récit touchant.

DANTE, à part.

O moA Dieu, quelle est belle !

BEATRIX, lisant.

Ekfes. Cihquièmb chant *.

Alors je dis, ému de ces spectacles sombres :

« Poète, je voudrais parler à ces deux ombres » Qui cèdent au vent noir en se touchant du front.

— Il Dès que tu les verras passer plus près ensemble,

1) Appellc-les nu nom d’ Amour qui les rassemble,

•1 — Me répondit Virgile — appelle, elles viendront. »

Dès que le tourbillon vers nous les eût portées :

« Si rien ne le défend, âmes déshéritées,

U — Criai-je — arrêtez-vous, parlez-nous un moment. »

Comme, d’un môme essor montant à tire d’ailes Au doux nid des amours, doux colombes fidèles Fendent, d’un aoI rapide et sûr, le firmament;

Ainsi, quittant la foule où l’adultère souffre, '

Traversant la tempête horrible et le grand gouffre.

Les deux âmes vers nous ont dirigé leur vol :

« Mortel compatissant et gracieux qui daigne M Nous visiter aux lieux où la tourmente règne,

>> Nous dont le sang rougit naguère un autre sol ;

U Si notis étions aimés du souverain dos mondes,

U Payant mieux ta pitié, nos prières fécondes » Demanderaient pour toi le repos qui nous fuit....

» Du moins, nous t’écoutons; parle, ou, si mieux tu l’aimc.s, » Mortel, selon tes vœux nous répondrons nous-mêmes,

M Puisque s’apaise un peu le vent noir de la nuit !

>> La terre où je naquis s’étend près des rivages » Où l’Eridan, avec ses compagnons sauvages » Qui l’enilcnt de leurs eaux, s’élance dans la mer;

* Je donne, tout an long, cette traduction de IMplsode de Françoise de ‘ Klminl; il est évident qu'il faudrait en rcti-ancher lu plus grande partie, au premier et au troisième acte, si la pièce était représentée.

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