‹ Dante hérétiqueChapitre 1 sur 37 · A SA SAINTETÉ PIE IX · texte numérisé non relu

A SA SAINTETÉ PIE IX

Très-Saint Père,

Trois ponHfes ont daigné agréer la dédicace de travaux critiques sur le poème de Dante, à savoir : Paul III , ceux de VelluteUo, Pie IV, ceux de Sansovino, et Clément XII ceux de Venturi. Peut-être me sera,-t- il permis démettre à vos pieds ces révélations sur des temps encore bien incomplètement connus, ou l'Église, combattue et menacée par des ennemis aussi nombreux que redoutables, a du son salut, après la divine Providence, à l'énergie et à la prudente habileté de vos illustres prédécesseurs. Comme eux Votre Sainteté a eu sa part d'épreuves et de périls, et, comme eux, elle en est sortie triomphas ce: les mêmes causes ont enfanté les mêmes effets.

Ces -vertus évangéliques, cette charité éclairée, qui la faisaient aspirer à rendre à la patrie italienne sa vie de nation, Lv iLv doter d'institutions destinées à r acheminer par degrés dans la voie d'une sage liberté, ont été méconnues par ces hommes que ne touche aucun bienfait, par ces aveugles impotents qui veulent, non pas marcher, mais courir, avant d'avoir des yeux pour se diriger, des membres pour se mouvoir. Elle est tombée déplorablement , cette gent ingrate, toute folie et toute impiété, lutta ingrata, tulta matta ed impia, puis on a vu la main paternelle s étendre vers ceux dont le repentir avait racheté Terreur.

C'est à ces nobles aspirations que je rends hommage, c'est

sous le patronage de cette inépuisable bonté que je mets ce livide, dans lequel j'ai cherché surtout à faire ressortir la vérité au milieu des ténèbres, perfidement épaissies.

Il est comme une protestation contre l'erreur et le mensonge, que le génie même ne saurait absoudre. Destiné à venir en aide à cette milice du Christ, qui, mettant le droit au-dessus du fait brutal, le devoir au-dessus des avantages terrestres^ souffre pour que ce qui est à Dieu soit rendu à Dieu, sans refuser à César ce qui est à César, peut-être, à ce double titre, semblera-t-il moins indigne de paraître sous les auspices du représentant ici-bas de Celui qui, là-haut, est toute justice et toute véîité.

Loin que cet hommage, entièrement spontané de ma part, puisse en rien engager Vopinion de Votre Sainteté comme homme, et encore moins son jugement comme successeur de saint Pierre, il témoigne de ma confiance respectueuse en ses lumières, en sa doctrine littéraire, de ma profonde soumission envers son autorité suprême en matière de foi, et de l'empressement avec lequel je rétracterais, au montent où elles me seraient signalées, les erreurs dans lesquelles j'aurais pu être entraîné à mon insu, quoique m'étant abstenu soigneusement de toute discussion sur le dogme.

Tels sont les sentiments de vénération et de soumission dont est animé, et dans lesquels espère mourir,

De Votre Sainteté, Le très-obéissant et très-respectueux fils en Jésus-Christ,

Eugène AROUX.

Paris, ce 4 décembre 1853.

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