A MARGUERITE DE GONZAGUE
DCCHESSE DK FERRARE.
Toi, dont l ame rayonne à travers la beauté
Ainsi que le soleil <)iii pénètre le verre,
Princesse, dont les yeux, sous leur vive paupière,
A la sphère d’amour empruntent leur clarté;
Toi, qu’un lien charmant rempli de chasteté Unit au noble duc, dis-lui qu’à ta priere Il me délivre enfin, et rende à la lumière Mon esprit qui s’éteint en cette obscurité.
Je ne crains pas la mort, mais sa longue agonie: J’arrose de mes pleurs le sol de ma prison.
Et mon cœur se remplit de deuil et de soupçon.
Homps les fers de mon corps et ceux de mon génie, Et, cœur reconnaissant, tu me verras, pour toi, Dans le temple accomplir le vœu de (iodefroi (1).
Daté de Saut’ Anna.
(1) Allusion au dernier vers de la Jérusalem délivré'.
F. qui dévolu
Il irrau scpolcrn adora, e seiojflie il voto.
l.K TASSE.
A D. LÉONOKE.
O princesse, voici la saison qui ramène Les fêtes et les bals pour les jeunes amants,
Aux clartés des (lambeaux, au bruit des instruments, Quand il gèle au dehors, par une nuit sereine ;
La jeune fille alors s’enhardit, et sans peine Ouvre une chaste oreille à mille aveux charmants;
Et son fidèle ami, qui lui dit ses tourments,
De ses lèvres attend son amour ou sa haine.
Et les vastes palais retentissent de chants;
Moi seul, dans mon cachot, retranché des vivants,
Je répète ma plainte : « Est-ce la foi jurée?
Est-ce la tout le prix d'une illustre amitié?
Longue captivité, tombe prématurée,
Appelez-vous cela récompense et pitié? »
Date île Sauf Anna
SONNETS
Km
Ai; DUC HEKCULE D’ESTE,
PÈRE I»ll DIT. ALPHONSE.
Las de s'adresser aux rivants, il s'adresse aux morts.
Ombre du grand Hercule, ici-bas tu me vois Carder pieusement ta mémoire sacrée,
Car, tant que tu vécus, cette belle contrée Se vit toujours heureuse et fière sous tes lois.
Oh ! qu’un ange aujourd’hui nous apporte, à ta voix. Pour me juger enfin, la balance d'Astrée;
Car toute autre est ici fausse et déshonorée,
Au point que la vertu n’y pèse d’aucun |>oids.
Ah ! que l’on mette alors dans la même balance Le châtiment subi, l’involontaire offense,
Le mérite et l’erreur dans chacun des plateaux,
Et que ton fils enfin pèse avec moins de haine Le bien, le mal, le vrai, l’incertain et le faux,
Ainsi que Dieu là haut le fait pour l’âme humaine.
Dali» de Saul' Anna.