‹ DantonChapitre 160 sur 208 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

peuple; elle cherchera et suivra sans cesse l'opinion publique; c'est cette opinion qui doit décréter toutes les lois que vous proclamez. En approfondissant ces grandes questions, vous obtiendrez, je l'espère, des résultats qui satisferont la justice et l'humanité. {On applaudit.)

Cette proposition est renvoyée aux comités de salut public et de sûreté générale.

{Moniteur du %S janvier 94.)

Est-il tombé dans un modérantisme produit par 1 cnervement erotique, celui qui vient de dire en janvier 94 : « Il faut maintenir les comités dans toute leur force, car si nous faisions trop pour la justice, nous donnerions peut-être dans le modérantisme, et nous prêterions des armes à nos ennemis? »

Convention nationale.

Bourdon dénonce un abus de pouvoir du ministre de la guerre Bouchotte.

Danton. — La Convention doit être conséquente avec ses principes, et s'en tenir au gouvernement révolutionnaire provisoire qu'elle a décrété. Si le fait dénoncé est constant , il doit donner lieu à un décret d'accusation. Mais il faut l'éclaircir. Pour moi, il me semble impossible qu'un ministre ait pu sciemment dépouiller un citoyen du grade que la Convention lui a extraordinaircment accordé pour une action extraordinaire. Il y a sans doute erreur de fait. Il est absurde, quand vous avez un comité de salut public chargé de surveiller toute l'action du gouvernement, de vouloir prendre sur cette affaire une décision précipitée. Il faut lui renvoyer la dénonciation, pour faire un rapport séance tenante. Voilà mon opinion.

Je vois que, pour ce qui regarde les membres de la Convention, soit pour ce qui concerne les ministres, soit à l'égard des individus, nous nous abandonnons à nos propres passions. L'énergie fonde les Républiques; la sagesse et la conciliation les rendent immortelles. On finirait bientôt par voir naître des partis. 11 n'en faut qu'un, celui de la raison ; la raison veut que le fait soit éclairci; la raison veut qu'un ministre ne soit pas regardé comme un coupable, parce qu'il est accusé d'un fait qui implique contradiction. Je demande donc le renvoi au comité de salut public pour faire un rapport séance tenante.

Est-ce logique? Et dans un moment où tous agissaient par passion, pouvait-on faire preuve de plus d'impartialité? Et pourtant hier il s'agissait de son ami le plus intime. Les historiens n'ont pas tenu compte de tous ces faits particuliers, préoccupés

qu'ils étaient par la lutte des grands partis ; et , voyant que Danton ne s'y mêlait pas, ils ont trouvé plus court de déclarer qu'il était devenu indifférent et pour lui-même et pour la chose publique.

Convention nationale.

Un membre de l'Assemblée demande que le prince de Talmont, depuis longtemps détenu à la Conciergerie, soit jugé.

Dawton. — Le tribunal révolutionnaire doit accorder la priorité à cette espèce de conspirateur ; je demande que la Convention décrète que le ci-devant prince de Talmont sera jugé avant tout autre accusé. ( Moniteur du 31 janvier 94.)

Convention nationale.

Raffron demande que Chasles, en mission à Lille, soit immédiatement transporté à Paris, fût-ce en litière, s'il était vrai qu'il fût malade, et dût-il mourir en chemin.

Danton. — Il ne faut pas que la Convention rende un décret insignifiant. Il faut charger les comités de salut public et de sûreté générale de prendre toutes les mesures nécessaires pour l'exécution du décret qui rappelle Chasles. Sans doute sa conduite a provoqué des dispositions sévères, car je le regarde comme constitué en retard et même en désobéissance. Cependant il peut se faire qu'il ne soit pas transportablc ; il peut être malade , il peut le devenir; le terme que vous lui prescriviez serait donc ridicule. Vous devez vous fier à vos comités et croire qu'ils ne lui feront pas grâce. {Moniteur du 1" février 94.)

Toutes ces réclamations contre les décisions trop promptes ne tendent qu'à ne pas laisser l'Assemblée se compromettre par de fausses mesures.

Convention nationale.

Un sans-culotte a été nommé à un emploi public; il ne peut le remplir faute de cautionnement.

Danton. — Je ne sais si la question du cautionnement est encore décidée. Quant à moi, je la combats; et, s'il existe une loi contraire, j'en demande

Page 1