‹ DantonChapitre 169 sur 208 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pas avoir le privilège de venir se défendre devant l'Assemblée nationale.

La proposition de Legendre n'a pas de suite. .

Le rapporteur obtient la parole; un profond silence règne dans l'Assemblée. Saint-Just parle au nom des comités de salut public et de sûreté générale (1).

La révolution est dans le peuple et non pas dans la renommée de quelques personnages. Cette idée vraie est la source de la justice et de l égalité dans un État libre. Elle est la garantie du peuple contre les hommes artilieieux qui s'érigent en quelque sorte en patriciens , par leur audace et leur impunité.

Il y a quelque chose de terrible dans l'amour sacré de la patrie; il est tellement exclusif qu'il immole tout sans pitié, sans frayeur, sans respect humain, à l'intérêt public. 11 précipite Manlius; il immole les affections privées; il entraîne Régulus ù Carthagc ; il jette un Romain dans un abîme et met Marat au Panthéon, victime de son dévouement.

Vos comités de salut public et de sûreté générale, pleins de ce sentiment, m'ont chargé de vous demander justice contre des hommes qui conspirent eu ce moment avec les rois ligués contre la République.

Puisse cet exemple être le dernier que vous donnerez de votre inflexibilité envers vous-mêmes. Il faut quelque courage pour vous parler encore de sévérité, après tant de sévérité. L'aristocratie dit : il vaut s'entre-détruirc. Mais l'aristocratie ment à son propre cœur ; c'est elle que nous détruisons.

Je viens vous dénoncer les derniers partisans du royalisme; j'achèverai de vous dépeindre la conjuration, et vous désignerai les derniers complices. Beaucoup de gens ont assez d esprit pour faire le. bien; peu de gens ont un cœur propre à le vouloir opiniâtrement. Qu'on ne s'étonne plus de la chute de tant de tréteaux.

L'orateur suit pas à pas la faction d'Orléans soutenu surtout par Dumouriez, c'est la faction royaliste, puis celle d'Hébert payée par l'étranger pour corrompre la République par la subversion de toutes les idées de religion , de morale. Mais venant à celle qu'il s'agit d'immoler cette fois, il ajoute :

Les mêmes hommes qui s'étaient efforcés dès le commencement de la révolution, de la borner à un changement de dynastie, se retrouvent encore à la tête de ces factions dont le but était de vous immoler^

C'est ici que la patience échappe au juste courroux de la vérité. Quoi !

(1) Ci; discours très étenlu, renferme toutes les inculpations faites aux divers accusés; nous avons dû en dé! ailier exclusivement celles qui se rapportent à Danton. On peut lire ce discours eulier au Moniteur du xu germinal, an n.

quand toute l'Europe, excepté nous qui sommes aveugles, est convaincue que Lacroix et Danton ont stipulé pour la royauté ; quoi ! quand les renseignements pris sur l abre d'Églantine, le complice de Danton, ne laissent plus de doute sur sa trahision ; lorsque l'ambassadeur du peuple français en Suisse nous mande la consternation des émigrés, depuis la mise en jugement

de Fabre, ami de Danton, nos yeux refuseraient encore de s'ouvrir!

Danton tu répondras à la justice inévitable, inflexible. Voyons ta conduite passée, et montrons que depuis le premier jour, complice de tous les attentats, tu fus toujours contraire au parti de la liberté , et que tu conspirais avec Mirabeau, avec Dumouriez, avec Hébert, avec Hérault-Séchelles.

Danton, tu as servi la tyrannie; tu fus, il est vrai , opposé à Lafayelte; mais Mirabeau, d'Orléans, Dumouriez lui furent opposés de même. Oserais-tu nier d'avoir été vendu aux trois hommes les plus violents conspirateurs contre la liberté? Ce fut par la protection de Mirabeau que tu fus nommé administrateur au département de Paris, dans le temps où l'Assemblée électorale était décidément royaliste. Tous les amis de Mirabeau se vantaient hautement qu'ils t'avaient fermé la bouche. Aussi , tant qu'a vécu ce personnage affreux, . tu es resté muet. Dans ce temps-là tu reprochas à un patriote rigide dans un repas, qu'il compromettait la bonne cause en s' écartant du chemin où marchaient Barnave et Lamcth, qui abandonnaient le parti populaire.

Dans les premiers éclairs de la révolution tu montras à la cour un front menaçant ; tu parlais contre elle avec véhémence. Mirabeau, qui méditait un changement de dynastie , sentit le prix de ton audace. Il te saisit ; tu t'écartas dès lors des principes sévères, et l'on n'entendit plus parler de toi jusqu'au massacre du Champ-de-Mars. Alors tu appuyas aux Jacobins la motion de Laclos, qui fut un prétexte funeste et payé par la cour, pour déployer le drapeau rouge et essayer la tyrannie. Les patriotes qui n'étaient pas initiés dans ce complot, avaient combattu inutilement ton opinion sanguinaire. Tu contribuas à rédiger avec Brissot la pétition du Champ-de-Mars, et vous échappâtes à la fureur de Lafayette qui fit massacrer 2,000 patriotes. Brissot erra depuis paisiblement dans Paris, et toi tu fus couler d'heureux jours à Arcis-sur-Aube, si toutefois celui qui conspirait contre la patrie pouvait être heureux.

Le calme de ta retraiteà Arcis-sur-Aube se conçoit-il? Toi, l'un des auteurs de la pétition, tandis que ceux qui l'avaient signée, avaient été les uns chargés de fer, les autres massacrés. Brissot et toi étiez donc des objets de reconnaissance pour la tyrannie, puisque vous n'étiez pas pour elle des objets de haine et de terreur.

Que dirai ji de ton lâche et constant abandon de la chose publique au milieu des crises, où tu prenais toujours le parti de la retraite?

Mirabeau mort, tu conspiras avec les Lameth et tu les soutins. Tu restas neutre pendant l'Assemblée législative, et tu t'es lù dans la lutte pénible des Jacobins avec Brissot et la faction de la Gironde. Tu appuyas d'abord leur opinion sur la guerre. Pressé ensuite par les reproches des meilleurs citoyens, lu déclaras que tu observais les deux partis, et tu te renfermas

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