‹ DantonChapitre 98 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

éclairés ; carie peuple est ombrageux, et l'expérience de nos révolutions lui u bien acquis le droit de craindre pour sa liberté.

Je ne doute pas que Beurnonville n'ait géré en bon citoyen : il doit être excepté de la rigueur de la loi qui défend à tout ministre de quitter Paris, avant d'avoir rendu ses comptes ; et nous ne perdrons pas l'espérance de voir Beurnonville allant aux armées, y conduisant des renforts, remporter avec elles de nouveaux triomphes. (On applaudit.) (Moniteur du 1 1 mars 93 .)

Veut-on savoir comment interprétèrent ce discours de Danton ceux qui, comme il le dit si bien, avaient profession de le haïr? Qu'on lise l'article qui va suivre, on se convaincra que s'il parle de lui à propos de Beurnonville, c'est qu'on faisait courir sur son compte les bruits les plus calomnieux, c'est que, pour la seconde fois, on avait traîtreusement profité de son absence pour l'accuser.

Ils ont cru qu'il ne s'agissait plus que de monter au trône; déjà il s étaient partagé les branches du pouvoir; leurs complices colportaient complaisamment la liste du nouveau conseil exécutif (1). A la vérité il leur fallait encore un décret; mais ils allaient l'exiger, il le croyait rendu. Danton monte à ' la tribune, sûr du succès; il demande que la Convention se réserve le droit de choisir les ministres dans son sein. Nous y voilà, s'écrient quelques membres! Personne ne doutait que Danton ne voulut être le premier minist re ; on en douta bien moins encore lorsqu'on l'entendit jurer par la patrie, que jamais il n'accepterait une place dans le ministère. Danton jurer par la patrie! La patrie d'un ambitieux! 11 m'a semblé entendre un athée jurer par l'être suprême.

[Le Patriote français, par Gircy continuateur de Brissot, n* 1308.)

Par décret du 10 mars la Convention avait déclaré qu'il fallait opter entre la fonction de journaliste et celle de député.

Cependant les désastres qu'avait fait entrevoir Lacroix devenaient une réalité; les plus sinistres nouvelles se succédaient : Liège est occupée par les ennemis, on a dû lever le siège de Maestricht, Dumouriez écrit aux commissaires de la Convention qu'on ne peut sauver les Pays-Bas qu'en envahissant la Hollande. Ces différentes lettres sont envoyées par les commissaires à l'Assemblée qui en prend connaissance.

(1) Danton était ministre des affaires étrangères , Dubois Crancé de la guerre, Jeanbon-Saint-André de la Marine, Tliuriot ou Cambacérès de la justice, Kabre d'Églantine de l'intérieur, et Collet d'Herbois des contributions.

A ce propos Danton réclame la parole. Nous demandons que l'on cite dans Mirabeau un discours plus entraînant, plus élevé que celui qu'on va lire.

Les considérations générales qui vous ont été présentées sont vraies; mais il s'agit moins en ce moment d'examiner les causes des événements désastreux qui peuvent nous frapper, que d'y appliquer promptement le remède. Quand l'édifice est en feu, je ne m'attache pas aux fripons qui enlèvent les meubles, j'éteins l'incendie. Je dis que vous devez être convaincus plus que jamais, par la lecture des dépêches de Dumouriez, que vous n'avez pas un instant à perdre pour sauver la République.

Dumouriez avait conçu un plan qui honore son génie. Je dois lui rendre même une justice bien plus éclatante que celle que jeluirendisdernièrement. 11 y a trois mois qu'il a annoncé au pouvoir exécutif, à votre comité de défense générale que, si nous n'avions pas assez d'audace pour envahir la Hollande au milieu de l'hiver, pour déclarer sur-le-champ la guerre à l'Angleterre qui nous la faisait depuis longtemps, nous doublerions les difficultés de la campagne, en laissant aux forces ennemies le temps de se déployer. Puisque l'on a méconnu ce trait de génie, il faut réparer nos fautes.

Dumouriez ne s'est pas découragé; il est au milieu de la Hollande, il y trouvera des munitions; pour renverser tous nos ennemis il ne lui faut que des Français, et la France est remplie de citoyens. Voulons-nous être libres 4 ? . Si nous ne le voulons plus, périssons, car nous l'avions juré. Si nous le voulons, marchons tous pour défendre notre indépendance. Nos ennemis font leurs derniers efforts. Pilt sent bien qu'ayant tout à perdre, il n'a rien à épargner. Prenons la Hollande, et Carthagène est détruite, et l'Angleterre ne peut plus vivre que pour la liberté. Que la Hollande soit conquise à la liberté, et l'aristocratie commerciale elle-même, qui domine en ce moment le peuple anglais, s'élèvera contre le gouvernement qui l'aura entraînée dans cette guerre de despotisme contre un peuple libre. Elle renversera ce ministère stupide qui a cru que les talents de l'ancien régime pouvait étouffer le génie de la liberté qui plane sur la France. Ce ministère renversé parl'intérêt du commerce, le parti de la liberté se montrera, car il n'est pas mort; et si vous saisissez vos devoirs, si vos commissaires partent à l'instant, si vous donnez la main à l'étranger qui soupire après la destruction de toute espèce de tyrannie, la France est sauvée et le monde est libre.

Faites donc partir vos commissaires : soutenez-les par votre énergie; qu'ils partent ce soir, cette nuit même; qu'ils disent à la classe opulente : il faut que l'aristocratie de l'Europe, succombant sous nos efforts, paye notre dette, ou que vous la payiez; le peuple n'a que du sang; il le prodigue. Allons, misérables, prodiguez vos richesses. (De vifs applaudissements se font entendre.) Voyez, citoyens, les belles destinées qui vous attendent. Quoi! vous avez une nation entière pour levier, la raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore bouleversé le monde. (Les applaudissements redoublent.) Il faut pour cela du caractère, et la vérité est qu'on en a manqué. Je mets de côté toutes

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