VI AVANT-PROPOS
cherches sur le fournisseur d'Espagnac, sur les députés Chabot Fabre, d'Eglantine et Julien de Toulouse, je rencontrais le nom de Danton. Ayant soumis Danton à l'enquête, je ne tardai pas à me convaincre que les accusations graves portées par tant de ses contemporains sur sa probité étaient fondées et que le Mirabeau de la populace avait été, comme l'autre, tm homme d'argent qui ne vit dans la Révolution qu'une superbe occasion de s'enrichir.
Il ne me paraissait pas encore que le grand démagogue révolutionnaire fût coupable d'autres délits ou d'autres crimes que ceux que la commune morale réprouve. Je le croyais déjà très capable de trahir tour à tour et son parti et ceux qui V employaient. Mais je n'étais pas encore arrivé à cette conclusion terrible que je vais développer dans ce volume: Danton fit, à l'occasion, bon marché des intérêts du pays ! L'étude attentive de sa condtiite dans la politique étrangère ne permet pas de douter qu'il appela de tous ses vœux et de tous ses efforts, sous la Convention, une paix hâtive, une paix prématurée, qui aurait été fatale à la France et à la Révolution, mais qui aurait servi les ambitions démesurées de son auteur.
Il y a deux Danton. Celui de la légende : le patriote ardent et cocardier qui rêve d'achever l'œuvre séculaire de la monarchie défunte en donnant à la France les frontières naturelles de l'ancienne Gaule, le tribun véhément qui jette en défi aux tyrans de l'Europe une tête de roi, l'homme de l'audace qui frappe du pied le sol national pour en faire surgir des légions de volontaires, le démagogue intransigeant qui incarne la lutte à outrance contre l'ennemi. C'est ce Danton-là que l'imagerie et la statuaire ont popularisé chez nous après i8yo, le Danton que le parti républicain contemplait et vénérait à travers le Gambetta de la défense nationale, sa réplique, le Danton des manuels scolaires ad usum