‹ Danton & RobespierreChapitre 74 sur 117 · ACTE IV, SCÈNE I. I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. I

Le bourgeois. — Attends un peu — mais ne sais^u pas lire, gamin f Qu'y a-t-il d'écrit sur le socle ?

L'enfant. — « E-é-é ^ —

Le bourgeois. — Eh bien ? ^ Egoïsme » Et là ? « Impiété ». Vois-tu, Robespierre brûlera ces deux figures quand il montera là pour proclamer TEtre suprême.

L'enfant. — Ce n'est pas dommage, elles sont très laides. — Qu' est-ce donc que TEtre suprême, père ?

Le bourgeois. — Maintenant^ ials-toi, gamin. Patience. Robespierre expliquera tout cela. —

Une femme (i une autre), — Vous voilà aussi, voi^ sine ?

L'autre. — Mon Dieu, oui ! Cest aujourd'hui une lête qui s'adresse au cœur !

La femme. — Ah I Robespierre pense à tous, La semaine dernière il a fait nourrir les pauvres qui n'avaient pas de pain.

Un libre penseur {qui a écouté en souriant^ à son voisin), — Et aujourd'hui il prend soin des pauvres d'esprit {Ils passent),

{Les deux royalistes qt^on a vus au i^^ acte s^avancent).

Premier royaliste. — Il semble se rapprocher un peu de notre parti.

Second royaliste. — A la Convention et au Comité de Salut public règne un singulier décontenancement.

Premier royaliste. — Oui. Les modérés lui en veulent à cause de son terrorisme, les terroristes à cause de ses « fantaisies » réactionnaires, comme ils nomment cela.

Second royaliste. — Et Taraoureux Tallien, par ordre de sa belle comtesse Cabarrus, s'agite contre lui de toutes ses forces.

Premier royaliste. — Ils ne peuvent maintenant,

l6o DAl^TON ET ROBESPnERRE

tous ensemble, que lui montrer le poing. N'est- il pas Tidole du peuple !...

Second royaliste. — Et n*a-t-il pas trouvé, même dans le camp aristocratique, des admirateurs —

Premier royaliste. — Et des admiratrices —

Secomd royaliste. — Comme la marquise de Saint- Amaranthe. Nous nous verrons chez elle aujourd'hui? {Ils passent).

Un sans-culotte {à son voisin). — Aujourd'hui tout fourmille de bourgeois et d'aristocrates —

Un second sans-culotte. — C'est qu'aussi c'est fête pour eux !

Premier sans culotte. — Et pour les femmes.

Second sans-culotte. — Oui, elles pleurent de joie à la pensée qu'elles vont ravoir un bon Dieu. Si les femmes ne peuvent pas prier, rouler les yeux, faire de temps en temps un léger acte de contrition, le péché n'a plus de saveur pour elles. Quel est ton avis sur Dieu, Jacques ?

Premier sans-culotte.. — Je ne le connais pas. Mais je connais Robespierre. Et celui qui ne criera pas aujourd'hui aussi fort qu'autrefois : « Vive Robespierre ! », celui-là je l'assomme comme un ennemi de la République.

Second sans-culotte. — Oui, si c'était un autre qui commît pareil enfantillage, je demanderais certainement : Hé ! que signifie cela i Mais nous devons, nous autres, passer à Robespierre ces légères bizarreries.

L'amputé {conversant avec le sans-culotte qtùon a vu au /«f acte et s' avançant avec lui). — Frère, qu'est-ce en réalité que cette fête de l'Être suprême ? Elle ne me plaît pas beaucoup, à moi —

Le sans-culotte. — Naïf ! V « Etre suprême », c'est

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