‹ Darius; tragédie en 5 actes et en versChapitre 16 sur 69 · ACTE II, SCÈNE III. aS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. aS

» Les antiques vertus ont fait place à vos crimes ; » C'est au sang de vos rois qu'il faudrait des victimes». A ces mots , près de moi , j'entends le bruit des fers ; Je découvre à mes pieds le gouffre des enfers : Une affreuse clarté me montre les furies, Les monstres infernaux, les tourmens des impies; Et j'allais succomber à mon trouble mortel. Quand la foudre en tombant a brillé sur l'autel. Présage trop certain d'un mallieur sans exemple, La lumière éternelle a péri dans son temple. Les ténèbres, la mort l'habitent pour toujours ; Plus d'espoir !

Justes Dieux l

BESSUS.

Quel est donc ce discours !

J'ai souffert trop long-tems l'insolence d'un prêti-e Que les dons d'Alexandre auront séduit peut-être ; Mais je m'indigne enfin de sa témérité. Ce n'est plus l'heureux tems de la crédulité , Où d'un sens ambigu le mystère terrible Annonçait aux humains un oracTe infaillible. Où les jours malheureux retenaient notre bras. Où les prêtres souvent nous guidaient aux combats, he croyez point ici le peuple votre esclave ; En public on vous craint, en seci'et on vous brave; Et, s'il vous faut encore un reste de pouvoir, i\e servez que l'autel, c'est là votre devoir.

LE GRAND-PRÉTRE

De nos Dieux irrités le pontife et l'organe, J'interdis à ma bouche une lutte profane. Qui méprise les Dieux ne craint point les forfaits , Et le sang de nos rois peut-être. . . je me tais,

BESSUS.

Je respecte le ciel autant qu'il le doit être ; Mais je ne confonds point les Dieux avec le prêtre. L'on a vu trop souvent la sombre avidité Faire un trafic honteux de notre piété. Oui , je crois à ces Dieux, et mon cœur les adoi'e ; Mais je sais les venger quand on les déshonore.

LE GRAND-PRÊTRE

Téméraire ! oses-tu m'accuser ?

Cher Bcssus !

J'estime ta grande ame et connais tes vertus ; Mais laissons de nos Dieux l'interprète paisible ; jN'opposons à sa voix qu'un courage invincible. Il est beau d'espérer quand tout semble perdu j Qui méprise la motf li'est jamais abattu.

LE GRAND-PRÊTRE

Je vous plains , Darius , et mou ame étonnée IVavait craint que pour vous cette afiTreuse journée. Le devoir d'un pontife est d'instruire les rois , D'affermir leurs vertus, de défendre leurs droits.

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