ACTE III, SCENE VII, 5i
BESSUS.
Voyant votre malheur, dans l'excès de ma peine, J'accourais en ces lietix pour protéger la reine... Ft vos enfans.
STATIRA , bas.
Le traître !
PHARZÈS.
Ali I seigneur, croyez-moi.
L'on admire un héros, on adore un bon roi. De vos tristes sujets épargnez le carnage , Trop de sang répandu montre assez leur courage. Oui, quelque soit le prix de leurs faits glorieux , Le devoir du monarque est de les rendre heureux... Les ombres de la nuit environnent la terre. Et suspendent du moins les horreurs de la guerre : D'un combat inégal évitons les hasards.
Le fidèle Mazée est aux pieds des remparts ; Mais peut-être demain ne saurait les défendre ; Permettez qu'à l'instant l'invincible Alexandre Reçoive par ma voix les offres de la paix.
Que dis-tu? Moi ! La paix ! Le cruel ! Non jamais.
STATIRA
Le destin permet donc , seigneur, que je vous voie î Après tant de douleurs, Dieux ! quel comble de joie ! Naguère , en apprenant vos funestes revers , Mon ame s'apprêtait à vous joindre aux enfers j
Kpoiise iuconsolaljle et mère criminelle , J'oubliais mes enfans pour vous être fidèle; Si vous saviez... grands Dieux !..
BESSUS.
J'en suis témoin , seigneur !
Jamais l'on n'a connu cet excès de douleur.
STATIRA
Hélas ! Puisque le ciel vous rend à ma tendresse , N'exposez plus mes jours au tourment qui m'oppresse. Au nom de votre fils, par les noms les plus doux , Epargnez-moi l'horreur de vivre loin de vous ; Un perfide...
BESSUS.
Alexandre est toujours redoutable.
Et la paix...
STATIRA
Oui, la paix, elle est indispensable ; Seigneur , ayez pitié de ma mourante voix , Je me prosterne aux pieds du plus juste des rois ; Mes tourmens , vos malheurs , le devoir, l'honneur même . Tout demande à la fois, seigneur! ce bien suprême, Oui , la jj'iix.
Juste ciel ! qu'osez-vous proposer ? Alexandi-e vainqueur croit pouvoir tout oser : Voudra-t-on qu à ses pieds Darius s'humilie , Et gouverne sous lui la moitié de l'Asie ? Ah ! plutôt mille fois retournons aux combats.