ACTE IV, SCENE î
Fais l'anger , près d'ici , mon armée en batc-iille ; Soudain aux ennemis (ju'on ouvre la muraille; Là, parmi le désordre et l'iiorreur et l'effroi. Lorsqu'il voudra sortir, ami ! frappons le roi ! Au vainqueur aussitôt présentons la victime. J'obtiendrai son appui pour le prix de mon crime ; Et d'un tel ennemi quand je verse le sang , Je puis bien, Barzanès, asjiirer à son rang.
BARZANÈS. Mais la reine, Bessus, après ce coup funeste ■•...
BESSUS.
Que me dis-tu, cruel?... mais non je la déteste. J'ai perdu tout espoir, et mon cœur indigné Veut se venger enfin de se voir dédaigné : Quand la mort d'un époux semblait briser sa chaîne , Je lisois dans ses yeux son mépris et sa haine. J'ai fait pour l'enlever d'inutiles efforts , Et même auprès du roi j'observais ses transports ; Trois fois en m'accusant son indigne furie Aux vengeances du prince allait livrer ma vie, Quand j'ai su détourner... Tu veux donc mon trépas, Cruelle, je le vois, va, je ne te crains pas! Oui, barbare ! frémis du courroux qui m'anime, Oui , je règne déjà puisqu'il ne faut qu'un crime ; Et pour mieux mériter de me voir abhorrer , J aurai l'affreux plaisir de te désespérer.
BARZAISÈS.
Ami ! dois-je t'apprendre à connaître les femmes ? Le désir du pouvoir tyrannise leurs âmes ;
Ce n'est plus par l'amour qu'on obtient leurs i'aveurs,
L'intérêt et l'orgueil sont leurs seuls séducteurs.
Juge mieux Statira , que ton cœur lui pardonne ,
Elle pleurait, l'époux bien moins que sa couronne .
Un jour, quand tu pourras la montrer à ses yeux,
Tu verras s'approcher ce cœur ambitieux.
Va, de Sémirarais l'exemple n'est point rare ,
Et souvent la beauté décore inie barbare ;
jNos foi'faits, j'en conviens, excitent leurs juépris ,
Je ne les vis jamais en refuser le prix.
On vantait la pudeur de ce sexe timide,
Aujourd'hui pour de l'or il devient intrépide ;
Ses penchans criminels ont remplacé l'amour ,
Et s'il a des vertus ce n'est pas à la cour.
BESSUS.
Cesse de me flatter d'une espérance vaine , Oublions mon amour, ne songeons qu'à ma liaino : Pour charmer ma lureur, pour calmer mon courroux,, Viens repaître mes yeux du sang de son époux :
Cet hoi-i'ible spectacle a pour moi mille charmes
Mais je la vois, grands Dieux ! je lui coûte des larmes; Oui, cruelle., regarde, il est-là, le vois-tu ! Renversé dans sang, immobile, abattu ; Mais sais-tu qu'elle main a frappé la victime ? Sais-tn bien que c'est moi qui suis l'auteur dii crime? J'en fais gloire , il me venge. — A)i 1 dans mou désespoir Des tonrmens sur loi-même essayons le pouvoir, Viens, approche, cruelle ! Arrachons-lui le cœur. Voyons s'il est sensible au moins à la douleur