SECTION II
DE L'EXTENSION DE LA LOI BIOLOGIQUE DE LA LUTTE POUR L'EXISTENCE DANS LE DOMAINE SOCIOLOGIQUE OU DE L'ÉCO-
NOMIE POLITIQUE.
L'extension d’une loi biologique (et particulièrement dans notre hypothèse, de la loi darwinienne de Ja lutte pour l'existence) au domaine sociologique est-
“eile possible? ?
1. Cf. également en ce sens : la conclusion du livre de M. Vaccaro, op. cûit., p. 171.
2. Cf. à un point de vue général relatif à l’extension des lois biologiques au domaine sociologique, aux rapports intimes qui unissent la biologie et la sociologie : Auguste COMTE, Cours de Philosophie positive 1. IV, p. 489, 49° lecon et principalement : H. SPENCER, Jntroduction à la science sociale, ch. x1v. Préparation par la biologie, p. 363, 6° édit. Germer-Baillère, Paris 1882. L'’individu contre l'Etat, 3e édit., F. Alcan, traduit de l'anglais par Gerschel; Les Péchés des Législateurs, p. 113. — GUILLAUME DE Gregr. Les lors sociologiques, 2° édit., Paris, Alcan, 1896, p. 25, 26.
Si UD
Dans notre précédent chapitre, nous avons supposé cette question résolue dans le sens de l'affirmative, et cela pour mieux exposer les effets de la lutte pour l'existence dans leur ensemble ; voici rapidement les motifs qui peuvent faire admettre cette extension.
Tout d’abord, une remarque: Il est une école pour laquelle cette extension ne peut faire de doute, c’est l'école biologique, qui considère la société comme un organisme vivant. Il estalors évident que les règles et les lois qui régissent les organismes simples, s'appliquent aux sociétés qui sont également des organismes. A cette école peuvent se rattacher également les auteurs qui considèrent la société comme un organisme contractuel (M. Fouillée par exemple) où comme un supra-orgauisme (De Greef).
Mais sans assimiler la société à un organisme, comme le veut l'école biologique, ce qui nous semble plutôt une bonne comparaison qu’une réalité, on peut apercevoir entre les sociétés et les organismes des analogies suffisantes pour permettre une telle extension et la conséquence importante qu'il faut en déduire, c'est qu'étant donné les liens intimes qui unissent la biologie à la sociologie, il existe des lois d'un carac- Le Transformisme social, p. 479, ch. virt. Alcan, Paris 1895. — FOUILLÉE, La science sociale contemporaine. — EspiNAS, Les sociélés animales. — IZOULET, La cilé moderne, p. 345, liv. 11, chap. x1r. — DE LILIENFELD, Pensées sur la science sociale, 1873. — R. WoRMs, Organisme et société. Thèse pour le doctorat ès-lettres, Paris 1896.
DEMOOR, MASSART et VANDERVELDE, L'Evolution régressive, Introd. Paris 1895, Alcan.
tère assez général pour que l’on puisse en faire l’application et aux phénomènes biologiques, et aux phénomènes Sociaux.
La loi de la lutte pour l'existence n'est-elle pas une de ces lois ? S'étend-elle à l'homme et aux phénomènes sociaux ?
C'est la question du Darwinisme social, question très controversée, car la solution dépend d’une foule de circonstances (opinions philosophiques, religieuses par exemple).
D'abord, la majorité des Darwiniens admet que la loi de Darwin s'étend à l’homme, à l'humanité en quelque sorte nécessairement. Aussi, pour ceux qui considèrent comme vrai l’ensemble des théories transformistes, croyons- nous que la solution affirmative ne fait pas doute.
La théorie transformiste cousiste en effet à voir depuis la simple monère (premier échelon de la vie organique) jusqu’à l’homme (dernier échelon) une suite ininterrompue de formes intermédiaires et de métamorphoses qui les relient l’un à l’autre; à expliquer cette continuelle transformation par la sélection naturelle qui elle-mème ne serait que le résultat du jeu de deux grands facteurs : l’hérédité et l'adaptation. Or, ces deux facteurs ont un caractère de généralité tel qu'ils engloberaient nécessairement tout le monde organique. Comment alors chercher à faire à l’homme
une place à part dans le monde vivant qui le sous-
trairait aux influences de l’hérédité et de l’adaptation ? Malgré son intelligence sa supériorité qui le séparent si profondément de toutes les autres espèces immédiatement inférieures, il faut reconnaitre que la théorie ‘transformiste l’englobe en quelque sorte nécessairement.
De là cette phrase de M. Hæckel, essentiellement logique : « Si, comme nous le prétendons, la sélection naturelle est la grande cause efficiente qui a produit toutes les manifestations étonnamment variées de la vie organique sur la terre, il faut aussi que tous les phénomènes si intéressants de la vie humaine puissent s'expliquer par la même cause ; car l’homme est simplement un animal vertébré plus développé et tous les côtés de la vie humaine ont leurs analogues ou plus exactement leurs phases inférieures d'évolution esquissées dans le règne animal'. »
En second lieu, on peut faire valoir qu’il existe entre la biologie et la sociologie, au point de vue de l'évolution, des analogies fondamentales suffisantes pour permettre une telle extension.
C'est que l’évolution des organismes, comme celle des sociétés, est, comme on l’a justement remarqué, le produit du concours de ces deux facteurs que nous avons déjà signalés : ressemblance et adaptation.
« En biologie, la ressemblance entre les organismes