‹ Daumier. 48 planches hors-texte, accompagnées de quarante-huit notices et précédées d'une introductionChapitre 43 sur 52 · PHOT. DURAND-RUE · texte numérisé non relu

PHOT. DURAND-RUE

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XLIl. — LE DRAME (Peinture)

(( Il n’est pas donné à chacun, écrit Baudelaire, de prendre un bain de multitude... Celui-là qui épouse facilement la foule connaît des jouissances fiévreuses, dont seront éternellement privés l’égoïste, fermé comme un coffre et le paresseux interné comme un mollusque. »

Daumier a épousé la foule et il en a été le peintre. A plusieurs reprises, dans ses lithographies, il a essayé d’exprimer la vie collective, soit dans un spectacle familier (planche xxv), soit au théâtre. Peintre, il a représenté tour à tour les spectateurs d’orchestre, habitués à contenir leurs sentiments et les auditeurs des galeries supérieures qui se laissent dominer par leurs émotions ; il a été particulièrement heureux comme interprète de la mentalité populaire.

« Aucun mot, a écrit Burty, ne pourrait donner une idée exacte de la diversité de ces physionomies qu’absorbe, qu’allume, qu’excite, qu’effraye, qu’amuse le jeu de la scène. La pose affaissée ou tendue, le jeu des muscles, la direction des regards, la flamme des prunelles, tout ce qui fait travailler un corps et penser un cerveau est saisi dans son infinie mobilité, fixé avec un art incomparable de l’observation morale et des conditions physiologiques... Ces cadres étroits seront un jour sans prix. On y retrouvera je ne dis pas l’habit de nos

contemporains, de nos femmes, de nos enfants, mais leur visage et leur émotion pendant un court moment de la vie vécue. »

Au moment où Daumier essayait de surprendre l’atmosphère du théâtre, Menzel peignait son célèbre Souvenir du Gymnase ; mais le Drame, que nous reproduisons, s’apparente plus directement avec le Théâtre de Belleville et l’on pourrait lui appliquer, presque sans aucune modification la belle page que M. Gabriel Sèailles a consacrée à l’œuvre de Carrière : a Par une application hardie de ses principes, ce n’est plus un individu, un groupe ; c’est un être collectif, palpitant de la même émotion, les yeux remplis du même spectacle, que Carrière fait émerger de l’ombre, la reliant intimement au milieu qu’elle anime, la montrant non dans chacun de ses éléments, mais telle qu’elle apparaît soudain, dans son ensemble, tout à la fois... Les figures ne sont pas étudiées chacune pour soi, elles n’ont de sens que i’une par l’autre, elles sont saisies d’un coup d’œil, elles se dégagent du milieu, de la buée qui monte, elles en sortent: c’est le théâtre même qui vit, qui pour un instant fait corps avec la foule qui l’anime. »

M. Sèailles ajoute : « Cette œuvre d’une singulière audace, en poussant le principe à ses conséquences dernières, nous aide à entendre les préoccupations de l’artiste, son effort pour créer avec les êtres leur ambiance, en ramenant le tableau à l’unité d’une vision dont tous les termes soient inséparables. M Cette définition et ces éloges ne pouvaient-ils s’appliquer à Daumier?

XLii. — Le Drame

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