‹ DaumierChapitre 49 sur 52 · XLVIII. — PORTRAIT DE COROT (Lavis) (KL · texte numérisé non relu

XLVIII. — PORTRAIT DE COROT (Lavis) (KL

Daumier était dans toute l'ardeur de la production, if pouvait croire éloignée encore l'heure delà retraite, lorsqu'en 1872 il fut frappé par le mal le plus terrible qui puisse atteindre un artiste. Sa vue fut attaquée et il fut condamné au repos. Il n'avait pas pu assurer la tranquillité de ses derniers jours et la sécurité de sa femme. Ses amis politiques sollicitèrent pour lui du gouvernement de la République une pension qu'il avait bien méritée comme artiste et comme militant. Il obtint une rente de deux mille quatre cents francs. Il avait depuis longtemps une petite maison à Valmondois; il se crut, un moment, obligé de l'abandonner. Il devait plusieurs termes et il allait être expulsé, lorsque Corot, navré de cette situation, racheta la maisonnette, la fit réparer et envoya les titres de propriété à Daumier avec une lettre que terminait cette boutade : u Ce n'est pas pour toi que je fais ça, c'est pour embêter ton propriétaire. — Tu es le seul homme, répondit Daumier, que j'estime assez pour pouvoir en accepter quelque chose sans rougir. »

Daumier envoya à son ami, pour le remercier, un tableau. Les AVOCATS, que Corot accrocha dans sa chambre et dont la vue quotidienne lui faisait,

jlQ — : L'ART DE NOTRE TEMPS

disait-il, du bien. Plus tard, quand Corot mourut en 1875, Daumier exprima le désir d'être enterré au Père-Lachaise, tout près de son bienfaiteur.

« Dans la maison de Valmondois, écrivait M. Wolf, Daumier a peut-être passé les seuls jours vraiment heureux de sa vie ; à droite, il avait son vieil ami Jules Dupré, le grand paysagiste, qui demeurait à l'Isle-Adam ; à gauche, son bon camarade Daubigny habitait sa propriété d'Auvers, deux maisons hospitalières où il trouva constamment la plus cordiale affection et la plus sincère admiration. »

En 1878, la situation matérielle de Daumier, devenu presque aveugle, se trouva très pénible. Il fallut que l'artiste se résignât, au printemps de 1878, à quitter son appartement de Paris et à s'installer complètement à Valmondois. L'exposition ouverte chez Durand-Ruel servait sa gloire, mais, loin de lui apporter le soulagement espéré, elle coûta, selon M. Jules Claretie, 4.000 francs aux organisateurs.

C'est, sans doute, à Valmondois que Daumier fit le vivant croquis du « père Corot ». L'image fut certainement enlevée avec plaisir : elle est digne des deux maîtres. La silhouette de l'artiste, son rustique chapeau, le banc onduleux, les branches tordues des arbres, tout vibre sous le soleil dominateur. La touche fiévreuse, frémissante, éminemment suggestive, a, au plus haut degré, le caractère de modernité qui fait de Daumier un des initiateurs les plus hardis de l'art de notre temps.

Daumier est mort le 10 février 1879.

XLVMi. — Portrait de Corot

AQUARELLE- COLLECTiO'

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