‹ David-Frédéric Strauss, la vie et l'œuvreChapitre 29 sur 50 · pANID-FRÉDÉRIC STRAUSS · texte numérisé non relu

pANID-FRÉDÉRIC STRAUSS

vant le Galiléen qui incarnait le génie de l'avenir, comment pouvons-nous — nous qui sommes nés quinze siè- cles après le César romantique — rêver encore l'avènement d’une Renaissance qu'on n'avait déjà plus le droit d’espérer de son temps? comment pouvons-nous encore: aujourd'hui prendre pour une aurore le crépuscule des dieux de la Grèce? Si la civilisation païenne est supérieure à la civilisation chrétienne — à tel point que le romantisme même de l'antiquité est plus sympathique que le romantisme moderne — pourquoi condamner comme apostat le dévot qui a voulu être fidèle jusqu’à la mort à la foi qui devait réellement ressusciler (1)? L'intention de Strauss est sans doute de concilier dans une religion de l'avenir le paganisme et le christianisme ; c'est pourquoi il blâme Julien d'avoir soutenu encore la thèse païenne, quand déjà l’antithèse chrétienne était. la maîtresse de l'heure, comme il raille Frédéric-Guillaume IV qui a voulu retenir cette antithèse chrétienne dans les coulisses, quand déjà la synthèse pagano-chrétienne allait s’avancer sur la scène du monde.Admettons provisoirement le rythme de ce drame hégélien : la partialité de Strauss n’en subsiste pas moins, car, s’il a pensé à célébrer dans son pamphlet les vertus, encore aujourd’hui exemplaires du paganisme, il n’a guère songé à sauver aussi l’âme de la foi chrétienne. D'ailleurs ce n’est pas l’histoire qui fait le départ entre l'essence impérissable et l'enveloppe mortelle , puisque jusqu'ici le progrès a procédé par des mouvements de masses ; n’a-t-il pas chassé complètement le paganisme pour introduire le christianisme intégral? Quant à la synthèse, elle ne s'est pas encore manifestée

(1) Strauss essaie d'échapper à cette contradiction en distinguant, dans le rôle de Julien, un côté matériel et un côté formel; mais ces formules ne lèvent pas la difficulté : est-on formellement un réactionnaire, si l’on veut rétablir ce qui, matériellement, est bon, c'est-à-dire réaliser un progrès ?

dans sa splendeur triomphante. De quel droit donc Strauss prononce-t-il une décision arbitraire, au nom d’une opinion personnelle, subjective et chétive, avant que l’histoire divine n'ait dicté le verdict nécessaire el souverain de la réalité objective et victorieuse, qui demeure éternellement le vrai Jugement dernier ?

Ainsi la théorie hégélienne du progrès aboutit à des conséquences paradoxales et dangereuses : on veut res pecter partout l’évolution continue, — et on Justifie les révolutions et les catastrophes qui donnent à l'allure des choses et des êtres l'air d’une danse saccadée et barbare : on veut gagner du terrain sans trêve, et on est obligé d'attendre pour avancer que l'issue de la bataille soit définitivement connue; on veut incarner la raison éternelle dans le devenir, la nécessité dans le hasard, l’idée dans l’histoire et on s'incline devant la réalité absurde et éphémère, devant le fait accidentel, devant la force brutale ; on veut animer tout mouvement de l'ardeur de la vie spirituelle, et on arrête à jamais notre élan en livrant tout d'avance à la mort; on veut maintenir Dieu au cœur de l'humanité et de l'univers, et on détruit toute foi, tout amour et toute espérance.

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