I. Burion, Life and Gorr. of D. Hume, II, p
se mettre au niveau des jeux les plus familiers des |
jeunes gens et se plaisait surtout à la conversation des jeunes filles.
Certain jour, comme il était venu nous rendre visite à Theure du thé et qu'il devisait avec trois jeunes filles, la chaise sur laquelle il était assis céda puis se brisa sous lui. Les demoiselles présentes étaient à la fois alarmées et amusées, lorsque Hume, s'étant remis sur pieds, leur dit avec sa large prononciation écossaise, mais en anglais (car il ne parlait jamais écossais) : (( Jeunes filles, il faut dire à M. Adam de se munir de chaises plus robustes lorsqu'il attend d'aussi lourds philosophes ». Cet épisode montre assez le caractère de l'homme; il fut sans cesse au-dessus de toute affectation ».
La peinture la plus vive et la plus plus complète du caractère de Hume nous est donnée par Ad.
Smith dans ce fragment de la lettre qui accompagnait son autobiographie :
(( Son tempérament parait avoir été plus heureusement équilibré, si j'ose ainsi parler, que celui peutêtre d'aucun autre homme que j'aie pu connaître. Même dans le plus misérable état de fortune, sa grande et nécessaire frugahté lui permit toujours d'exercer à l'occasion, et de la manière la plus efficace, sa charité et sa générosité. Cette frugalité n'était nullement fondée sur l'avarice mais sur l'amour de riudcpendance. L'exquise délicatesse de sa nature
-JMI
?ÏOTlCE SUR LA VIE DE HUME 9
n'afiaiblit jamais la fermeté de son esprit ni la sûreté de ses résolutions. Les plaisanteries auxquelles il avait rhabitude de se livrer n'étaient que Teffusion spontanée de sa bonne nature et de sa bonne humeur ; elles étaient adoucies par sa délicatesse et sa modestie naturelleset ne recelaient jamais le moindre grain de malice — qui pourtant est si fréquemment la désagréable source de tout ce qu'on est convenu d'appeler l'esprit chez les autres hommes — sa raillerie était toujours exempte d'amertume : et c'est pourquoi, loin d'offenser, elle manquait rarement de plaire à ceux mêmes qui en étaient l'objet. Pour ses amis, qui lui servaient souvent de cible, il n'y avait peut-être aucune de toutes ses grandes et aimables qualités qui contribuât davantage à rendre sa conversation si précieuse. Et cette gaîté de camctèrc qui est si souvent accompagnée de qualités frivoles et superficielles était inséparable, chez lui, delà plus sévère application, de la science la plus étendue, de la plus grande profondeur de pensée et de la capacité la plus généralement compréhensive. Dans l'ensemble, je l'ai toujours considéré, aussi bien durant sa vie qu'après sa mort, comme ayant approché aussi près de l'idée qu'on peut se former d'un homme parfaitement sage et vertueux, que, peut-être, la fragiUté de la nature humaine pourra jamais le permettre. » Si naturel et facile parmi ses amis, llumc était tout différent dans la société des étrangers. Toujours
lO DAVID HUME, MOIIALISTE ET SOCIOLOGUE
d'une correction parfaite, il se montrait alors « pensif, absorbé, presque toujours muet et gardait le front appuyé sur la main, comme plongé dans un abîme de réflexions et de sombres pensées.. * »
Il semble que Hume n'ait jamais été à Taise que parmi ses amis et qu'il ne cessa d'éprouver une timidité naturelle, presque maladive, en toutes les occasions oîi il se trouva dans la société des « gens du monde ».
Une lettre de M"® d'Epinay le montre peu brillant dans cette société légère qui lui fit fête durant son séjour à Paris : (( Le célèbre David Hume, grand et gros historiographe d'Angleterre, connu et estimé par ses écrits, n'a pas autant de talents pour ce genre d'amusements auquel toutes nos jolies femmes l'avaient décidé propre. Il fit son début chez M"'' de T...; on lui avait destiné le rôle d'un sultan assis entre deux esclaves, employant toute son éloquence pour s'en faire aimer: les trouvant inexorables, il devait chercher le sujet de leurs peines et de leur résistance : on le place sur un sopha entre les deux plus jolies femmes de Paris: il les regarde attentivement, il se frappe le ventre et les genoux à plusieurs reprises et ne trouve jamais autre chose à leur dire que : (( Eh bien ! mes demoiselles. . . Eh bien ! vous voilà donc. Eh bien! vous voilà... vous voilà ici?y> Cette
I. Diary of a lover of Lillcraluro. Gutlemans Magazine, N. S. J, i^a.