I. Contre Onether
espèce d'avanlages. Les exemples des scandales, qui se multiplient chaque jour, doivent aflaiblir le scandale chez un sexe et apprendre à Tautre, par degrés, à adopter la fameuse maxime de La Fontaine en ce qui concerne la fidélité féminine :
Quand on le sait c*cst peu de chose Quand on Tignore ce n*esl rien.
Quelques personnes inclinent à croire que la meilleure manière de concilier toutes les dilTérences et de garder une juste mesure entre les qualités agréables et utiles du beau sexe, est de vivre suivant la manière des Romains et des Anglais (car les coutumes de ces deux peuples sont semblables sur ce point) ; c'est-à-dire également éloigné de toute galanterie et de toute jalousie. Réciproquement, les coutumes des Espagnols et des Italiens des siècles précédents (car elles sont aujourd'hui toutes différentes) doivent être considérées comme les plus mauvaises puisqu'elles favorisent à la fois la galanterie et la jalousie.
Et ces différentes coutumes des nations n'auront pas seulement d'influence sur un sexe. Leur idée du mérite personnel chez les hommes devra être également altérée en quelque manière en ce qui concerne tout au moins la conversation, l'adresse et l'esprit. Le peuple chez lequel les hommes vivront davantage
i'^'r^ c^ MULficcne
fi/^yiff^ de^ k^urfte^f ^erat ndlor^Ikinenl aœâ pli» ^uV%u h hf ^ûiicfr^^e: V^nîrfT ^n confr»fre a fa zsAlt^ (Atérz Vnu fa 4ir/r|)4M(rite de^ manière» sera fenae dao'»^ fa pin* h^niu^ ¥^tifne : f^uoL rdotreec' «era fa prAiie^^e. \jr^ nu^ ^ di^tin^fj^roril par fa bon gouf et fa deli- ^^if^^A^.. i/^ff^ineuce de^ premien brillera «orfoal »n ^riat : errllii!; d^ œcfmfh an ihéàîre.
(U'jiif âi^yr, ^1 fa con$ér|aence naiarelk detefles 4UfuUiuur9t. V^HT il faut bi^m avmier que le hasaid a une ffrnftâe inflarmei^ «ur le« tncenr» nationales ; ef il parfit iN; prrKlfJirc beaucoap crérénements, dans une ^^rf^lUf, qui ne doivent pa» entrer en considération d;in% fa re/rberehe des r??gles générales. Qui pourrait iuutfiUuff^ par exemple, que les Romains, qui vivaient Ir/îs librement avec leurs femmes, aient pu être p^irfaitement indilTérents sur tout ce qui touche à fa musique et estimer mr^me que fa danse est infamante: t^indis (|ue les Grecs qui ne voyaient pour ainsi dire j;iuf;jis de femmes, en dehors de leurs propres rmiisons, s'adonnaient sans cesse à la musique, au eluint et h la danneP
LeH di (r([^renccH des sen timen ts moraux , qui naissent naturellement de la forme républicaine ou de la forme monarcliique du gouvernement, sont aussi très apparentes, de rrH^ninquc celle» qu'engendrent la richesse publiqneon la ()auvret6, Tunion ou la division, Tignoranrte ou le «avoir.
(le (U)nclin*ai maintenant ce long discours en
UN DIALOfiLK 37 I
remarquant que différentes coutumes ou situations (bien qu'elles puissent influer sur quelques conséquences accidentelles) ne changent en aucun point essentielles idées générales du mérite cl n*ont guère d'influence qu'en ce qui concerne les jeunes gens, qui peuvent aspirer à posséder les qualités agréables et s'efforcer de plaire. Les manières, les ornements, les grâces, qui ont plus de vogue à cette période de la vie, sont aussi plus arbitraires et fugaces. Mais le lîiérite de Tage mûr est presque partout le même et consiste surtout dans l'intégrité, l'humanité, l'habileté, le savoir et les autres qualités plus solides et plus utiles de l'esprit humain.
— Ce sur quoi vous insistez, répliqua Palamèdes, peut avoir quelque fondement lorsque vous pratiquez les maximes de la vie ordinaire. L'expérience et la pratique du monde suffisent à corriger n'importe quelle extravagance d'un coté ou de l'autre. Mais que direz-vous des vies artificielles? (]omment concilierez-vous les maximes sur lesquelles chez différents peuples, à différentes époques, celles-ci sont fondées ^
— Qu'entendez-vous, interrogeai-jc, par une vie artificielle ?
— Je m'explique, reprit-il. Vous savez que la religion avait dans l'antiquité, très peu d'influence sur la vie ordinaire et que, après que chacun avait rempli son devoir en accomplissant, dans le temple,
les prières et les sacrifices prescrits, les citoyens pensaient que les dieux leur laissaient ensuite le soin de veiller sur eux-mêmes et demeuraient dans le fond assez indifférents à ces vertus ou à ces vices qui affectaient seulement la paix et le bonheur de la société humaine. C'était, à cette époque, l'affaire de la philosohie seule de régler la conduite ordinaire des hommes ; et nous pouvons conséquemment remarquer que ceci étant le seul principe suivant lequel un homme pouvait s'élever au-dessus de ses concitoyens, exerçait une puissante attraction sur un grand nombre et produisait donc de grandes diversités tant dans les maximes que dans la conduite. De nos jours au contraire, où la philosophie a perdu cette allure de nouveauté, elle n'a plus une si grande influence mais elle semble se confiner surtout dans les spéculations du cabinet de travail, de la même manière que les anciennes religions étaient limitées aux sacrifices dans les temples. Sa place est maintenant occupée par la religion moderne qui prend soin de toute notre conduite et prescrit une règle universelle à nos actions, à nos paroles, à nos pensées mêmes et à nos inclinations ; règle d'autant plus austère qu'elle est sanctionnée par la promesse d'infinies, bien que lointaines, récompenses ou punitions et qu'aucune infraction ne pourra jamais dans l'avenir être dissimulée ou déguisée.
Diogène est le modèle le plus connu de la pliilo-
UN DIALOGLE 278
Sophie extravagante. Clierchons un parallèle dans les temps modernes. N'infligeons de disgrâce à aucun nom philosophique en le comparant avec Dominic de Loyola, ou n'importe quel saint ou moine canonise. Comparons-le plutôt avec Pascal, qui fut liomme doué de qualité supérieures et de génie, tout comme le fut Diogène, et, peut-être aussi un homme de vertu, s'il eût permis seulement à ses qualités vertueuses de se montrer et de se faire valoir. *
Le principe de la conduite de Diogène fut un effort pour se rendre lui-même, autant que possible, un être indépendant et pour confiner tous ses besoins, ses désirs, ses plaisirs, en lui-même et dans son jDropre espri^. Le but de Pascal fut d'avoir sans cesse conscience de sa dépendance et de ne jamais oublier ses innombrables besoins et misères. L'ancien s'entretenait de grandeur d'âme, de noblesse, de fierté, enfin de l'idée de sa propre supériorité sur le reste du genre humain. Le moderne faisait constamment profession d'humilité et d'abaissement, du mépris et de la haine de lui-même et s'efforçait sans cesse d'atteindre ces vertus supposées, par tous les moyens possibles. Les austérités du Grec avaient pour but de le fortifier et le durcir contre toute souffrance à venir : celles du Français n'avaient d'autre but qu'elles-mêmes, c'est-à-dire de soufl'rir le plus pos-
I. Sur ce superficiel et extraordinaire jugement, cf. léluclc dclinitive sur Pascal de M. Em. Boutroux, in-i8, Hachette, 1900.
Lechartieu. 18
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sible. Le philosophe s'accordait les plus honteux plaisirs, même en public. Le saint se refusait les plus innocentes joies, même en particulier. Le premier croyait de son devoir d'aimer ses amis, de les railler, de leur faire des reproches et de les gronder : le second s'efforçait d'être absolument indifférent envers ses plus proches relations et d'aimer et de bien parler de ses ennemis mêmes.
N'importe quelle espèce de superstition, c'està-dire n'importe quelle forme de rehgion reconnue de son temps, servait à Diogène comme thème a d'inépuisables sarcasmes. La mortalité de Tâme était son principal sujet de plaisanterie et ses jugements sur la Providence divine ont toujours été d'une extrême licence. Les plus ridicules superstitions dirigeaient la foi et la vie de Pascal ; et un absolu mépris de cette vie, par la comparaison qu'il en faisait avec la vie future, servait de direction constante à toute sa conduite.
Ainsi ces deux hommes se présentent en parlait contraste : et pourtant chacun d'eux fut admiré en son temps et projDOsé comme exemple. Où donc alors est fixée l'universelle règle de Morale que vous vantez i^ et quelle mesure pourrons-nous jamais établir, qui puisse convenir également aux si divers et souvent si contraires sentiments du genre humain ?
— Lue expérience, dis-jc, qui réussit à l'air
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lihi'e ne réussit pas toujours dans le vide. Quand les hommes s'éloignent des maximes de la commune raison et s'adonnent à ces vies artificielles, comme il vous plaît de les nommer, personne ne peut répondre de ce qui peut leur plaire ou leur déplaire. Ils se trouvent alors dans un élément dillerent du reste de l'humanité; et les principes naturels de leur esprit ne se manifestent plus avec la même régularité que s'ils étaient laissés à eux-mêmes, libres de toute chimère, c'est-à-dire de toute superstition religieuse ou de tout délire philosophique.
TAliLK DES MATIÈRES
Notice sur la vie de Hume i
Le problème moral avant Hume i5