VII. — Les derniers âges du psaume
Deux fois seulement depuis Salomon le psaum e recouvra, pendant des espaces de temps très courts, son élan et sa vie. Ce fut sous Josaphat et sous Ézéchias. Le temple, après de longs jours de deuil et de profanation, reconquit sa majesté et le culte sa splendeur. Ce fut à l'occasion de deux événements, signes manifestes de la protection miraculeuse de Dieu à l'égard d'Israël : la défaite des Moabites et de leurs alliés , ligués contre Josaphat, et celle de Sennachérib, prophétisée par Isaïe.
Ézéchias surtout montra un grand zèle pour la littérature sacrée. Il rétablit l'ancienne musique du temple et le chant des psaumes de David. Lui-même était poète, comme le prouve le beau cantique qu'il nous a laissé (1). On reconnaît dans plusieurs psaumes , dépourvus, il est vrai, de titres, les traces de cette époque et de ces événements.
(1) Isa., XXXVIII.
La littérature prophétique, si l'on excepte ces deux époques, remplaça presque toujours la poésie lyrique des psaumes : Israël, au milieu de ses infidélités idolàtriques, ne prêtait plus qu'une oreille distraite aux sons doux et mélancoliques de la harpe du psalmiste. Il fallait, pour réveiller les âmes endurcies, la trompette sonore et terrible du prophète. Il est vrai qu'on pourrait placer dans le psautier des cantiques comme ceux de Jonas(l), d'Isaïe (2), d'Habacuc (3): mais ces chants isolés ne sont guère que des réminiscences et des imitations, un écho mourant de la harpe de David.
Sous les coups de l'adversité, se ranime dans Israël l'amour des saints cantiques si longtemps oubliés. On ne peut douter, en effet, que plusieurs psaumes ne datent de l'époque de la captivité : nous citerons entre autres le psaume CI. Mais le plus grand nombre de ceux qui sont marqués de son empreinte se placent mieux après le retour des exilés. Lorsque les Israélites délivrés, au milieu desquels se trouvaient de nombreux rejetons d'Asaph. sentirent qu'ils formaient de nouveau une nation ; lorsque le temple fut rebâti, les harpes se rév'eillèrent et chantèrent la renaissance du peuple de Dieu. Cette tardive et dernière floraison de la poésie lyrique ne dura pas longtemps. La voix des poètes sacrés, et même celle des prophètes, devait s'éteindre, et un silence séculaire planer sur Israël, comme pour rendre plus sensible et plus frappant le cantique des anges au berceau du Christ, celui de Zacharie, et la voix si douce, si humble, si consolante de la vierge Marie dans le Magnificat.
On a partagé diversement les psaumes de David, d'a-
(1) Jon., II.
(2) Isa., xii.
(3) Ilabac, m.